Par Michel Monette, communicateur
Sans titre
Il est vrai qu'il est endurci par leurs profits
Les consommateurs des pays riches se plaignent à juste titre du
comportement indécent des Pétrolières. Celles-ci profitent allègrement
de la conjoncture tout en déchirant leurs chemises sur la place publique. Pathétique. Mais attendez de voir le pire : l'effet du comportement des soeurs noires sur les économies des pays en voie de développement
.
Tous
les dirigeants des Pétrolières se promènent désormais avec un
dictionnaire électronique de poche qu'ils s'empressent de consulter lorsque le mot concurrence est évoqué devant eux. Il y a belle lurette qu'ils n'avaient plus à l'utiliser dans leurs conversations d'affaires.
Contraste frappant chez ces mêmes dirigeants, le sort de l'économie des pays pauvres
que la hausse cynique des prix du baril de pétrole risque de mettre à mal ne semble pas les empêcher de dormir.
En
revanche, les détenteurs d'actions de pétrolières peuvent dormir
confortablement sur leurs deux oreilles dans leur lit douillet, après
avoir pris une dernière collation pour calmer un petit creux : ces
mêmes dirigeants veillent courageusement sur leur sort.
Ces
mêmes dirigeants récitent parfaitement l'Évangile selon Saint
Développement Durable, en priant intérieurement pour que l'on aille pas
voir la merde environnementale que leurs opérations foutent, entre autres dans le delta du fleuve Niger.
Ces
mêmes dirigeants, et leurs actionnaires repus de dividendes,
lèveront-ils le moindre petit doigt pour empêcher que la hausse des
prix pétroliers ne dévaste la vie des travailleurs sous-payés des pays
en voie de développement, aussi sûrement que dix cyclones s'abattant en
même temps sur le sud des États-Unis? (Les femmes, hommes et enfants
touchés par cette catastrophe ont toute notre sympathie.)
Il est vrai que le marché tue silencieusement, lui.
Sans titre
Trois questions dans la tourmente actuelle des prix du pétrole
Où est donc passé l'éthique de la responsabilité sociétale des Pétrolières, se demande le Belge Jean-Michel Javaux, Secrétaire fédéral d'ECOLO, tout en rappelant que sur le plan politique il faut « travailler à la préparation de l'économie de l'après pétrole »?
Où sont passés les pays producteurs qui laissent les pétrolières engranger les profits sans profiter eux-mêmes de cette tendance lourde pour augmenter leurs revenus, se demande pour sa part Alfredo Calcagno, économiste de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED), ajoutant du même souffle que « ces pays ne doivent pas abandonner l`objectif d`une plus grande diversification de leurs productions, ni l`objectif de l`industrialisation parce qu`il faut savoir que cette hausse de prix, même s`il y a des demandes lourdes pour les expliquer, peuvent tout aussi bien chuter à une certaine période »?
Enfin, surtout, quel sera l'impact de la hausse sur les pays les plus pauvres de la planète si les prix devaient demeurer élevés dans les années à venir? Surtout « qu'une augmentation du baril de 10 dollars sur un an retire environ 0,5 point à la croissance mondiale », et qu'au-delà de 30$ US sur une année « il est clair que de nombreux pays et/ou zones auraient à en souffrir », rappelle Marc Touat de Natexis Banques Populaires de France.
Or le prix du baril de WTI à New York — pour prendre cette référence — est passé de 45$ à plus de 70$ en un an.
Passe encore qu’elles abusent de nous ; les Pétrolières pourraient à tout le moins aider à atténuer le choc sur les pays pauvres en participant au fonds destiné à protéger ceux-ci des fluctuations des cours du pétrole et des autres matières premières, mis sur pied par le G8 en juin dernier.
Mais leur coeur bat au rythme de celui de leurs actionnaires.
Les Pétrolières poussent ce zèle amoureux bien au-delà de la limite du raisonnable.

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