Par Lionel Bruel - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
Les quatre dimensions du profilage ou comment créer vos propres questionnaires
Le management
(en particulier quand il s'agit de cartographier la motivation des
équipes) utilise bon nombre de filtres : beaucoup de modèles détachent
un profil sommaire de vos troupes, individu par individu.
Mais les quatre axes à retenir, selon moi, sont les suivants :
1. Motivation générale. Qu'est-ce qui motive la personne dans la vie [1], tout registre confondu ?
2. Champs professionnels [2] privilégiés. Aime-t-elle plutôt
prévoir, analyser voire modéliser les choses, ou bien les lancer, ou
encore les réaliser elle-même, ou bien les contrôler, voire les
améliorer ? Aime-t-elle faire elle-même ou faire faire ? Est-ce vrai
dans le domaine intellectuel (les idées), dans le domaine technique
(les chiffres, les processus), dans le domaine opérationnel (les
actes), dans le domaine humain (les échanges, les signes de
reconnaissance, l'attachement) ? M'est avis que le modèle du
psychanalyste Yves Enrègle [3], particulièrement simple, peut être d'un
grand secours pour commencer large.
3. Leviers de motivation socio-émotionnels. Un gros morceau.
Il s'agit là du programme individuel de la personne, de son style, de
sa grille de lecture du monde [5], de ses valeurs [4], de ses penchants
intrinsèques. Autant dire de sa personne, au sens le plus intime (et
inconscient, voire réflexe) du terme. Un conseil ? Combinez puis
synthétisez librement les modèles - particulièrement opérants - de l'Ennéagramme et de Taibi Kahler.
Cela peut donner des choses du type : aime (et déteste manquer de)
maîtrise intellectuelle, aime les défis personnels ou encore l'aide
égalitaire aux autres (sur un mode adulte-adulte, voire - vitesse
supérieure - gagnant-gagnant) ou bien affectionne le fait de materner.
Quelques autres ? Aime se retrouver en soi-même au calme. Ou encore
aime jouir de la vie, sans contrainte, à toute vitesse, en permanence. Et caetera.
4. Modes de leadership à privilégier. Il faut revenir au modèle [6] de Paul Hersey et Kenneth Blanchard : le management situationnel. Pour nous en parler, en trois mots, je redonne la parole à Christiane Grau et Alain Métral : 1. celui qui débute a grand besoin de directivité, 2. celui qui sait peu mais veut bien progresser doit se faire expliquer les choses (notamment par de la formation), 3.
: celui qui sait faire et qui a envie de faire doit être laissé en
paix, vous intervenez auprès de lui seulement s'il le demande. Ceci
étant dit, où en est chacun de vos collaborateurs ?
Récapitulons : qu'est-ce qui enthousiasme votre collaborateur ?
Quels sont ses modes comportementaux privilégiés, au travail ? Quel est
son profil socio-émotionnel ? Comment aime-t-il (et comment a-t-il
besoin [8]) être ou d'être guidé ?
A vos neurones. A vos jambes aussi, car vous devrez parcourir les
services, questionner les gens et peaufiner votre questionnaire au
contact de minies-populations test. Voire d'experts. Mais c'est un
autre débat...
[1]
Souvenez-vous de l'anecdote qu'Eric Berne rapporte de ces salariés qui,
immergés dans leur entreprise, se sentent écrasés et cotonneux. Une
fois au bowling, entre copains, ils rivalisent d'enthousiasme et
d'énergie (cf. Des Jeux et des hommes). Il y a là détection d'un déclic motivationnel fort. En l'occurrence en dehors de l'entreprise.
[2] Il faut envisager ici quels penchants la personne affectionne,
dans un contexte de travail (sous semie-contrainte). C'est le
psychosociologue anglais Meredith Belbin (voir également ici),
qu'il faut - pour le coup - distinguer. Avec lui, son cortège de
Priseurs, Concepteurs, Experts, Organisateurs, Propulseurs,
Perfectionneurs, Promoteurs, Coordonateurs et Soutiens : des rôles
d'équipe - typés 'entreprise' -, potentiellement indépendants de ce que
les gens aiment faire 'dans la vraie vie' (cf. [1]).
[3] D'après Yves Enrègle, les équipes se découpent en polarités de
réalisation, de guidage, d'organisation et de mobilisation. C'est le
Village gaulois (si !) - Détails ici.
[4] Mieux que tout autre modèle de communication, c'est la
programmation neurolinguistique (PNL) qui cartographie le mieux les
grilles de lecture que nous jetons sur le monde : les métaprogrammes
(ou filtres cognitifs induisant une action). Cela confine, à mon sens,
à de la philosophie, au sens le plus élevé du terme. (Note - Sur le
fécond dialogue qui se produit entre sciences humaines et philosophie,
la vision d'Emmanuel Ferraguti est exemplaire.) Quelques métaprogrammes ? Les consultants Christiane Grau et Alain Métral les indiquent clairement. Il y a (p. 79) : 1. l'orientation (je tends vers ; je me retire de), 2. l'opérateur modal (je peux faire ; je veux faire ; je dois faire), 3. la modalité d'implication (je prends la main ; les autres le feront), 4. cadre de référence (j'agis comme je veux ; j'agis en fonction des autres), 5.
rapport au temps (j'accomplis un vieux rêve, produit dans le passé ;
j'agis ici et maintenant, on verra bien ; j'ai des objectifs pour le
futur, qui me poussent à agir), 6. base de motivation (je veux
m'apanouir avant tout ; je veux influencer les choses et les gens ; je
veux du lien avec certaines personnes et cheminer avec elles).
[5] Qu'est-ce qui, outre l'éthique (version systémique), analyse le mieux les points de tension entre nos valeurs, à l'oeuvre tant à l'intérieur de nous-mêmes (cf. seuils) qu'en friction avec l'extérieur ? Ma réponse ? Rien.
[6] Je reprends une note importante, sur la motivation. (La voici :) Comme le pense le cadre RH d'une mutuelle belge (voir ce forum),
l'on peut (doit ?) coupler le leadership situationnel au process
communication management (PCM), qui analyse les motivations
individuelles. La valeur ajoutée du PCM étant de considérer les canaux
de communication comme un levier de management à part entière. Ce cadre
estime donc qu'une application trop littérale du leadership situationnel [ndlr - primat de la mâturité sur les motivations intrinsèques] peut générer de véritables catastrophes. Prenons un exemple. N'importe qui, poursuit-il, peut se trouver à un moment donné en situation de - débutant - et avoir besoin de directives claires (compétence faible, focus sur la tâche). Ainsi, un manager formé 'à la hussarde' - pourrait-il - être
tenté d'utiliser systématiquement un style directif, anxiogène et
froissant pour environ... 85 % des managés. En plus de la maturité
professionnelle, il faut aussi tenir compte du tempérament propre à
chacun. Conclusion : lorsqu'on sait jongler avec les 'Voudrais-tu bien
me faire cela pour demain ?' et les 'Faites-moi une proposition !' on a - déjà - fait un grand pas.
[7] Voir Les objectifs sont des contrats entre humains. C'est par ici.
[8] Ce qui est souvent la même chose, étant entendu que vos managés
attendent de vous une cohérence face à leur situation (cohérence =
clarté cognitive, prévisibilité des choses).
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:-)
Rédigé par : Jean 2000 | 08 décembre 2005 à 17:06