Par Vincent Colot - Analyste financier
<p>Sans titre</p>
En lançant cette question apparemment provocatrice, il n’est pas dans mon intention de me (re)placer dans la perspective du conflit marxiste entre le capital et le travail. Plus spécifiquement, ne caricaturons pas le débat avec la thèse peu démontrée des « licenciements boursiers », selon laquelle un cours de Bourse augmenterait mécaniquement lorsqu’une entreprise annonce un plan de licenciements.
Le but est ici d’abord pratique : aborde-t-on de la même manière le choix d’une entreprise selon que l’on souhaite y travailler ou y investir ?
Tout d’abord, une évidence : le salarié dispose d’un choix relativement limité selon ce que proposent les entreprises comme emplois, selon sa profession/formation et selon sa localisation (sauf télétravail). L’actionnaire, lui, a un champ d’action nettement plus étendu : il peut investir un peu partout sur les Bourses mondiales càd aussi bien en France qu’en Espagne, Suisse, Etats-Unis, etc., voire en Inde ou en Chine.
Le salarié va privilégier les offres des entreprises qui ont pignon sur rue et qui offrent une certaine garantie de stabilité avec des possibilités de formation et de promotion internes. Il va donc s’intéresser prioritairement aux grands groupes en (relativement) bonne santé commerciale et financière et de préférence leaders de leur secteur comme L’Oréal ou encore LVMH, pour citer deux fleurons hexagonaux. L’actionnaire, pour sa part, doit se méfier de tout ce qui brille trop : en effet, il est probable que des groupes à succès comme L’Oréal ou LVMH soient pleinement valorisés en Bourse, dans le sens où les investisseurs ont déjà fait preuve par anticipation d’un optimisme certain quant aux résultats futurs du groupe. En pareil cas, il n’y aurait plus beaucoup à attendre en terme de potentiel boursier (à la hausse) du titre. Pire : un ralentissement inattendu de la marche des affaires et, en pareil cas, le cours peut plonger de 10 ou 15% (voire plus) en quelques heures.
Donc, l’investisseur raisonnable s’intéressera davantage à des actions d’entreprises plus délaissées car appartenant à des secteurs peu à la mode ou car montrant une faiblesse opérationnelle et/ou financière spécifique. Pour lui, l’élément de base doit être la valorisation de l’action : il cherche à acquérir des actions dont le cours boursier est inférieur à la valeur intrinsèque qu’il estime à partir de prévisions réalistes. En d’autres termes, des actions bon marché. A cet égard, une action qui est exagérément pénalisée en Bourse à cause de l’un ou l’autre problème est sans doute un meilleur choix qu’une action dont le cours a récemment volé de record en record. On doit au célèbre investisseur Sir John Templeton cette maxime radicale : « Il faut acheter lorsque le pessimisme sur la valeur est à son maximum ». Ainsi par exemple, aux Etats-Unis, General Motors, confronté à de graves problèmes de rentabilité, s’avérera sans doute à terme un meilleur choix boursier que Texas Instruments dont les puces équipent avantageusement les téléphones portables, y compris de la nouvelle génération, SI GM se tire de ses problèmes actuels. Dans ce cas, le « si » est important : il signifie que, en Bourse, pour atteindre un rendement supérieur à la moyenne, il faut le plus souvent consentir à prendre un risque également plus élevé que la moyenne. L’investisseur fortuné compensera ce risque en se constituant un portefeuille diversifié d’actions de ce type : ainsi si l’une ou l’autre action affiche une contre-performance, ce sera compensé par les autres. Par contre, un ingénieur choisira sans doute de travailler pour Texas Instruments plutôt que pour GM.
Attention : il ne s’agit pas d’affirmer que les entreprises qui traitent bien leurs employés et ouvriers constituent nécessairement de mauvais choix boursiers. On peut même dire que l’intérêt d’une entreprise pour son personnel est un facteur de résilience pour le cours de Bourse. Mais force est de constater que de meilleurs rendements boursiers peuvent souvent se trouver ailleurs.

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