Par Lionel Bruel - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
Mmh, compliqué. Qu'est-ce qu'un bon manager ? Une réponse façon Jacques Attali, l'éminence grise de François Mitterand, poserait que le bon management est une rencontre. Une rencontre entre un caractère d'exception (the right man - ou woman - diraient les psychosociologues américains) et une situation d'histoire : un contexte de préparation mentale, une disposition générale suscitant l'action. L'occasion fait le larron. Mais cette définition concerne avant tout l'aspect de chef opportuniste - au sens noble - voire de guide [1] collectif. Quid de la motivation des troupes, aspect pourtant essentiel ?
Souvenons-nous que la conduite des hommes prend souvent la forme d'un triangle : 1. la poigne du manager, 2. la pertinence de son projet, 3.
sa qualité d'écoute [2]. Englobons ce talent d'écoute dans le large
processus de mobilisation d'autrui. Soit la possibilité de reconnaître
chez les autres certains leviers de motivation (par exemple les métaprogrammes [3]), de les couler dans une proposition d'action commune et de remporter ainsi l'adhésion intellectuelle et psychosociologique de l'individu concerné. Quatre qualités-clés se font tout naturellement jour : 1.
avoir de la poigne, c'est-à-dire une ferme résolution (capable de faire
face - y compris de la manière douce - à des heurts [4], à des
imprévus, à des oppositions), poigne tendue vers l'accomplissement de quelque chose, 2.
avoir un projet et être en mesure de le présenter clairement, en
mettant l'accent sur tous les aspects positifs (y compris en termes de
territoires individuels - même à l'échelle de votre personne, monsieur, madame, vous y gagnez), 3.
savoir identifier les leviers de motivation propres à chacun, ou du
moins aux principaux piliers (les prescripteurs) du changement ou de
l'initiative, 4. être capable d'actionner ces leviers, pour les uns et pour les autres, même s'ils sont aux antipodes de votre propre façon de voir. Par exemple, valoriser quelqu'un régulièrement est étranger au mode de fonctionnement d'un manager qui est tout en force, tout en mérite, tout en abnégation (attention au syndrôme du chevalier autosuffisant, crispé, au-dessus de tout).
Pour rappel, la palette de qualités managériales admises par les grands cabinets de ressources humaines sont : 1. la conscience de soi (bien se connaître, surtout connaître ses seuils éthiques [5], grâce essentiellement à l'expérience et aux échecs passés), 2. la maîtrise de soi, 3. la motivation (notion à préciser - parlons plutôt de détermination), 4. l'empathie (oui, absolument !), 5. l'aptitude aux relations sociales (les disciples autoproclamés de Carl Gustav Jung qualifieraient ceci d'extraversion, cf. MBTI), 6. l'amabilité (j'appelle cela la capacité à respecter la personne humaine, couplée d'une bonne maîtrise du référentiel culturel - du contexte de normes et de valeurs - dans lequel l'acte de management a lieu), 7. la rigueur (c'est bien la moindre des choses), 8. l'ouverture à l'expérience (et pourquoi pas à l'évolution possible... des autres, c'est la délégation, la promotion, la reconnaissance professionnelle par l'extension des responsabilités d'autrui).
Si je rentre dans le détail, je m'aperçois qu'un bon manager fait preuve de : 1. sens de l'équité (il récompense les méritants, protège les faibles des forts, adapte la 'sévérité' des arbitrages à la capacité de chacun), 2. leadership et charisme (sait conduire des hommes, proposer des actions, séduire et fasciner les troupes), 3. 'intelligence' motivationnelle (sait personnaliser les signes de reconnaissance - les strokes), 4. aptitude à la dynamique de groupe (sait associer les bonnes forces entre elles, au bon endroit, au bon moment), 5. relationnel facile, extraversion, écoute attentive, intuition, 'sixième sens ' à fleur de peau, 6. exemplarité absolue.
<p><p><p><p><p><p><p>Sans titre</p></p></p></p></p></p></p>
Fig. 1 - Promethea, un bel archétype de la sagesse,
de la sensibilité personnelle et de l'expérience collective
(c) Alan Moore et Alex Ross
Ce qui m'amène à conclure qu'un manager est certes l'homme ou la
femme de la situation, capable de savoir si ses collaborateurs, dans un
contexte d'entreprise - par exemple une phase d'évolution -, ont besoin
de ceci ou de cela. A un moment donné, s'entend. Le manager doit en
outre savoir saisir le contexte interpersonnel (la mâturité de la
personne, de même que son profil motivationnel) et groupal : la
dynamique de groupe en direct.
Intègre, travailleur, extraverti, fin 'psychologue', tendu vers la
réalisation concrète des choses (qualités intrinsèques), le manager
réalise au quotidien une synthèse de ses propres aspirations, de celles
de l'entreprise, de celles du groupe en temps réel, de celles des
individus isolément.
Ce qui me fait dire que le manager est une locomotive et un acteur ouvert
de la sphère éthique - l'éthique est une saisie intuitive ou analytique
des enjeux contradictoires portés par les uns et les autres. C'est un systémicien. C'est un opérateur plongé dans l'entreprise et dans l'humain. C'est un homme ou une femme... en marche.
Mais un doute me saisit : le manager sait-il rire de lui-même ? Hum, hum.
__
[1] Yves Enrègle et William Rockwell Torbert sont d'excellents théoriciens du leadership en tant qu'art de guider. Ajoutons-y peut-être Richard Barrett et son Sage visionnaire.
[2] Manier la carotte et le bâton, un art délicat - 1e partie, 2e partie.
[3] Les consultants Christiane Grau et Alain Métral, déjà cités, les identifient comme tels : 1. je tends vers ; je me retire de, 2. je peux faire ; je veux faire ; je dois faire, 3. je prends la main ; les autres le feront plutôt, 4. j'agis comme je veux ; j'agis en fonction des autres, 5.
j'accomplis un vieux rêve, formulé dans le passé ; j'agis ici et
maintenant, on verra bien ; j'ai des objectifs pour le futur, qui me
poussent à agir, 6. je veux m'apanouir avant tout ; je veux
influencer les choses et les gens ; je veux du lien avec certaines
personnes et cheminer avec elles. Cette grille est tout à fait
intéressante. Vous pouvez la compléter avec les apports de Paul Hersey et Kenneth Blanchard : 1. individu ne sachant pas, ne voulant pas, ayant besoin de directivité, 2. ne sait pas mais veut bien agir, besoin d'explications ou de formation, 3. sait faire les choses mais ne veut pas, besoin de rencontre - voire de confrontation - et de négociation, 4.
sait et veut faire, besoin de prendre des responsabilités, d'évoluer,
de saisir une promotion. Très utiles, en outre : les outils de Taibi Kahler et de la nébuleuse fort dynamique de l'école contemporaine de l'Ennéagramme. Ce qui donne, si on synthétise librement ces deux approches, des personnes en recherche de : 1.
maîtrise intellectuelle, informations claires et retours rationnels sur
le travail effectué (Travaillomanes et Perfectionnistes), 2.
valorisations affectives, porteuses d'une bonne ambiance humaine,
favorisant le sentiment d'utilité et l'épanouissement socioémotionnel
de la personne, y compris dans l'aide aux autres (Empathiques,
Altruistes, Médiateurs), 3. défis personnels, emprise sur les
choses concrètes et sur les gens, sensations de dépassement de soi,
voire de domination - même par le charisme et le charme -, besoin d'un
management musclé, 'viril', pragmatique, favorisant le mérite et les
actions de conquête (Promoteurs, Battants, Chefs), 4. respect
des spécificités personnelles, de la spontanéité, du vrai Moi de la
personne, en autorisant les actions profondes, libres, créatives,
lentes ou - au contraire - très dynamiques et farfelues (mélange de
Rêveurs et de ceux que René de Lassus qualifie de 'Moi, j'suis comme ça', c'est-à-dire grosso modo les Rebelles, les Romantiques et les Epicuriens), 5.
attachement aux principes, aux valeurs, à l'éthique et aux repères
moraux, qu'ils soient partagés de tous ou d'un(e) seul(e)
(Persévérants, Loyaux-sceptiques).
[4] C'est le Talumd, écrit de sagesse juive, qui - dit-on - détache quatre façons de procéder face à l'hostilité : 1. la légitime défense, 2. le martyre, qui oscille entre la passivité et la non-violence à même de convertir les bourreaux, 3. la fuite, 4. la résolution par le dialogue. C'est, de mon point de vue, synthétique et lumineux.
[5] Un bon moyen de les envisager, c'est de cartographier ceci.
[ Un manager est quelqu'un capable d'impulser, de conduire et de faire aboutir le changement, notion inscrite dans la culture | Olivier Piazza commente le Manager minute et pré-publie une partie du dernier ouvrage de Kenneth Blanchard | hériter d'une équipe, les précautions | profils psychosociologiques - panorama | Umberto Eco et son mythe du surhomme | Promethea, un superbe travail sur les archétypes (En) | Je postule que la figure du manager actualise les spécificités de l'animus et de l'anima jungiens, qu'en pensez-vous ? ]

bonjour,
je prepare un master en management PME, j'ai besoin des doucument pour ce master.
que ce que vous pouvez me conseiller a lire et recherche
merci
nadia de maroc
Rédigé par : nadia | 14 novembre 2006 à 18:39
je veux devenir un maneger, je suis dans le domaine de la telecommunucation. j'ai le bagages techniques. qu'est ce qu'il faut faire ou qu'est ce que vous me conseillez pour la lecture?
merci Abakar Moussa Tchad
Rédigé par : Abakar Moussa BAGGAR | 28 novembre 2006 à 13:12
Bonjour,
Si vous avez 50 €, je recommande "Comment leur dire" de Gérard Collignon, de même que "Le Manager minute" de Kenneth Blanchard. Trouvez-vous aussi les travaux de Victor Vroom, qui sont accessibles sur le Net, souvent dans des thèses ou dans des travaux de laboratoires de psychosociologie (universités américaines ou canadiennes).
Chaleureusement,
Lionel
Rédigé par : Lionel | 18 mai 2007 à 00:17
Votre synthèse sur les caractéristiques d'un bon manager est vraiment excellente. J'aimerai ajouter par contre un point essentiel, que l'on oublie systématiquement sans doute parce que l'on considère comme acquis, avant tout le poids de l'importance de la communication dans le rôle du manager. Un manager doit organiser, et organiser nécessite la communication. Si communication déficiente, l'organisation le sera tout autant. Une communication éthique par ailleurs apportera des résultats plus significatifs surtout si elle rencontre les valeurs d'intégrité et autres que vous avez mentionnées tout au long de votre article.
www.dialethik.com
Rédigé par : Dialethik | 18 février 2008 à 13:32
Je prépare un masterII management des projets à Ouagadougou au burkina faso.
J'ai retenu comme thème de mémoire l'echec du management des projets associatifs au Tchad: cas des associations de la ville de Ndjaména. je recherche les documents qui traitent le thème. Vos conseils seront les bienvenus. Merci.
N. Logto.
Rédigé par : Noubatoingar Logto | 03 février 2009 à 00:55