Par Lionel Bruel - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
L'on peut dire que le management est l'art de bien conduire (optimiser) tout un ensemble de ressources vers des objectifs
- forcément chiffrés -, servant une finalité. Jusque là, tout est
clair. Mais deux questions surgissent : Quelles ressources considérer ?
Et qu'est-ce que projet
Les ressources, pour commencer. J'en dénombre six : l'argent (budget, coûts divers), le temps (durée de vie du projet, disponibilité de chacun, indicateurs d'avancement), les outils et méthodes (caractérisation des tâches, plannings, tableaux de bord financiers, animation de groupe, leviers de motivation), les moyens généraux (locaux, matériel) et - last but not least - les hommes (compétences, implication, interactions psychosociologiques).
Premier constat : il faut être Śiva pour manipuler tout cela. Ou chanceux. Ou travaillomane. Ou bien le gendre du PDG. Passons au second constat.
Second constat : pas mieux. Passons vite à la suite.
Qu'est-ce qu'un projet, au juste ? Eh bien, un projet, c'est une excroissance, c'est-à-dire une activité - consommatrice de ressources - complètement décalée du but habituel, commun et attendu. Exemple : une banque ouvre un cybercafé pour les jeunes d'un quartier chaud. Insolite, non ? Le projet : une espèce de boursouflure, branche annexe, qui pousse à partir du tronc commun (ressources, supports, processus), mais dans une direction différente. Est-ce que cela sert la finalité de l'entreprise ? Oui et non : certains projets sont en phase (même de loin) avec le métier de l'entreprise. D'autres, comme le mécénat... cela dépend. Par exemple, un restaurant qui développe une crèche pour ses employés, c'est - en termes de paradoxe, d'originalité, de surprise - un vrai projet. Eux, faire ça ? Non, je ne peux pas le croire, dira l'homme de la rue.
Ce qui, à l'évidence, pose un problème de compétence.
Quand je veux développer un projet, je m'assure que - humainement - mon
entrerprise ait 'les épaules'. Vous imaginez le choc culturel, l'effort
méthodologique, le temps investi, l'argent (qui est du temps, cf.
salaires), etc. ? Une gageure, je vous dis. Alors, certaines
entreprises s'offrent un consultant, c'est-à-dire un méthodologue de ce
type de cas, doublé d'un tempérament d'animateur (déterminant). Vous
imaginez, en fait, à quel point le facteur humain en prend un coup...
C'est là que Dédé de la compta vous dit : Ecoute, monter un circuit de karting dans la succursale de région, je le sens super moyen.
Et il aura raison. Un conseil : marchez sur des oeufs. Et invitez le
consultant à se 'mouiller', pour vendre le projet. Un test. Vous verrez
s'il a la diplomatie nécessaire pour ce type de mission.
Autre chose ? Oui, il y a un second cas : le système D. Eh bien oui, vous avez peu d'argent mais vous vous sentez d'un optimisme à tout casser. Ca va marcher !, vous vous dites. Peut-être est-il pertinent de regarder si les 'spécialistes' que vous avez choisis - uniquement des bonshommes en interne - ont l'envie, la compréhension des enjeux et le salaire qui vont bien : Michel et Jean-François sont bien d'accord pour s'y 'coller', mais ils veulent que la rémunération - du coup - soit aussi bonne qu'avant sinon meilleure. Ben ouais, aller dans l'inconnu ça s'monnaye. Comme le dit tout fabricant de cire, il faut que le jeu en vaille la chandelle. C'est le moment de sortir vos qualités de 'vendeur', de spécialiste du gagnant-gagnant, d'expert de la validation likertienne.
Inconnu, inconnu... Ca dépend. Peut-être avez-vous un(e) spécialiste
qui s'ignore, dans votre boîte ? Saviez-vous, par exemple, que la
commerciale du second étage était excellente dans ce truc, un peu comme
la nénette de la pub d'Adecco qui va dénicher des sons d'oiseau dans un
arbre ? C'est un fait : un être humain a plusieurs facettes. Quite à
vous embarquer dans un projet, de toute façon déboussolant - ou
excitant si vous avez des gens souples et motivés -, changez les
règles. Mélangez les fonctions, les lignes hiérarchiques, les habitudes
: jouez-la vous ' transversal '. De toute façon pas le choix : on n'est
plus dans le métier habituel de l'entreprise. Plaisanterie à part,
méfiez-vous : les tempêtes culturelles sont - pour certains employés - des sujets d'angoisse. Alors, un conseil : virez-les ! (Je plaisante.)
Ah, autre caractéristique. Un projet, c'est vivant. Et comme tout ce qui vit, il meurt. Ou plutôt, c'est à vous de le mettre à mort.
Vous saisissez le tableau. Là encore, faites-vous anthropologue. De
bons rituels de naissance (du projet), de bons symboles tout le long
(états d'avancement) et puis un bon rituel de mise à mort (symbolique)
et de deuil (pour chasser la mélancolie et se remettre dans le 'tronc'
habituel). Tout cela a du sens. Un projet, comme le bêlent tous les
poncifs du genre, c'est une grand aventure humaine. Et c'est vrai ! Je
suis sérieux.
Dernier élément, retroussable à l'envi : avant la mort, il y a la
naissance. Avant de vous lancer dans quelque chose de coûteux (comme -
au hasard - un projet), assurez-vous que celui-ci est bien caractérisé. C'est quoi le projet ??? Si Dédé vous dit cela au bout de six mois, c'est que l'histoire était bien mal posée dès le départ. Qui fait quoi
et quand et comment (et pourquoi) est une bonne base. Quite à ce que
cela 'bouge' au fur et à mesure (le moins possible quand même,
stabilité est mère de projection et grand-mère de succès ; disons que
l'improvisation, c'est bien seulement en cas de nécessité aiguë).
[ Image (c) Tuanistechnology.com | les rites, des (m)ythes qui a(b)usent ? | ethnologie, références | médecine et rites | sécularisation et nouveaux rites | excellent panorama | l'éminent folkloriste Arnold van Gennep (1873-1957) et le deuil | Absara.com, barre latérale ~ motivation , management, dynamique de groupe | idem avec le moteur de recherche interne, une foule de corrélats vous y attend ; à commencer peut-être par l'occurrence projet ]

Bonjour,
Dans un dernier billet sur mon blog, je parle du sujet en montrant que les mots on un sens, et que ce sens dépend du pays, de la culture, des personnes à qui l'on s'adresse. Et je palre du mot "projet". Si ca peut aider et enrichir ce billet très riche...
Sur le sujet "un projet vit", je suis convaincu que la communication d'un projet est essentielle à son succès. Il faut impérativement définir en amont (dans la planification et dans les ressources) des actions de communication, la première étant de définir un nom, qui constituera un point de repère, de sens et de dynamique pour tous.
Nous avons accompagné récemment une entreprise industrielle de Lille pour la mise en place d'un ERP (système d'information intégré). En interne, avant le lancement, tout le monde l'appelait "SAP", du nom du fournisseur de progiciel. Nous avons proposé de l'appeler "Contact", pour montrer que ce projet allait "mettre en contact" les femmes et les hommes de l'entreprise. Puis nous avons défini avec l'équipe un plan de communication (affiches, com des jalons, présentations powerpoint, training pour les comités de pilotage, réunions d'expression sur le changement, présence d'une rubrique permanente dans le journal interne... et com de lancement au moment de la mise en place effective).
Bonne journée,
Stéphane Nau
Rédigé par : Stéphane Nau | 07 juillet 2006 à 05:28
Bonjour, Stéphane,
Vous avez raison : la représentation du projet est importante.
Merci de votre pertinent rappel,
Lionel
Rédigé par : Lionel | 19 juillet 2006 à 16:34
il faut faire vivre le cuir
Rédigé par : Bernard L. | 09 septembre 2007 à 23:20