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Web 2.0 et associations loi 1901: de formidables opportunités

Par Laurent Samuel - Consultant secteur associatif

Profitant de l’air de liberté que donnent les vacances, je voudrais interrompre ma chronique habituelle consacrée à l’utilisation d’une association dans les stratégies de création d’entreprise pour faire un peu l’école buissonnière du côté du Web 2.0 et de sa place dans les logiques de réseaux des organismes à but lucratif. Je quitte donc mon domaine d’expertise pour témoigner en simple utilisateur d’internet, sans prétentions techniques particulières.

Reprenons depuis le début : à partir de 1990, on nous a répété que l’internet allait bouleverser les anciens modèles économiques, que la manière de créer de la valeur allait radicalement changer, puis la bulle a éclaté et on en a moins parlé. Aujourd’hui, 5 ans après l’éclatement de la bulle, chacun peut voir un nouveau modèle se mettre en place, même s’il reste difficile d’identifier et définir l’internet des 10 prochaines années. Pourtant force est de constater que les outils du web 2.0 offrent à tous de nouvelles perspectives, en privilégieant un modèle économique différent.

Je vois trois concepts qui me paraissent bien résumer la direction d’ensemble empruntée par le web depuis quelques années : la mise en commun, le partage et la création de lien social.

Pour illustrer ces thématique, je cite pêle-mêle : le P2P, la place prise désormais par Google dans l’environnement des utilisateurs, l’essor des messageries instantanées et de la téléphonie IP, le grignotage du monopole de Microsoft par Linux et Firefox, l’explosion des forums, groupes de discussion et autres communautés virtuelles, l’émergence d’une blogosphère, le développement du logiciel libre, l’apparition de véritables réseaux sociaux en ligne, l’essor d’E-bay, les outils collaboratifs comme Wikipédia et d’une manière générale le buissonnement du Web 2.0 autour de gadgets et d’outils visant à partager et à échanger.

Bref, une conjonction de phénomènes d’ordre économique, social ou technologique, dont le retentissement est différent mais qui contribuent tous ensemble à l’émergence d’un nouvel internet, une sphère dont le modèle économique repose sur la gratuité ou l’échange, se situant le plus souvent dans une logique non monétaire.

En tant que spectateur du secteur associatif, le parallélisme ne manque jamais de me frapper : la logique à l’œuvre dans le nouvel internet est souvent celle du « tiers secteur » : mise en commun, partage, échange ou gratuité et pour finir, une valeur ajoutée forte, reposant essentiellement sur la création de lien social ; on reconnaît là les ingrédients du projet associatif.

Je donnais un exemple de cette ressemblance en évoquant les forums d’entraide technique (ici un résumé d’une précédente chronique dans mon blog). Ces forums (informatique, cuisine, violons d’Ingres) fonctionnent sur une logique parfaitement « associative » : des contributeurs/modérateurs bénévoles partagent leur savoir et procurent gracieusement leurs compétences aux clients/utilisateurs. Ces derniers ont également vocation à se transformer un jour en contributeurs/modérateurs dans une dynamique exponentielle. Selon la qualité des interventions, le forum peut devenir une référence dans sa catégorie et générer un trafic substantiel. Les revenus indirects tirés de la fréquentation (régie publicitaire) permettent plus ou moins de couvrir les frais fixes du fonctionnement. Comme dans les associations recourant au bénévolat, le don de soi effectué par quelques uns permet au plus grand nombre de profiter d’un service de qualité, rendu gratuitement.

Pour les petites et moyennes structures à but non lucratif, cette similitude de fonctionnement est programmatique : les outils du nouvel internet paraissent parfaitement adaptés aux besoins des associations; ils empruntent les mêmes chemins. Il paraît donc évident que le nouvel internet présente une opportunité pour tout le secteur associatif : la possibilité de se doter à moindre coûts d’outils d’organisation interne et de communication d’une efficacité sans précédent.

L’organisation interne du projet et la communication de l’association constituent en effet les priorités stratégiques de tout dirigeant associatif. C’est en réussissant sur ces deux fronts que le projet collectif pourra s’épanouir et venir enrichir la collectivité. Pour cette raison, les associations sont avides d’outils, si possible simples à mettre en œuvre et gratuits.

L’organisation interne pour commencer.

Quel qu’il soit, le projet associatif est complexe à conduire et confronte les dirigeants à des défis organisationnels quotidiens. Prenons l’exemple des associations de pratique (sportifs, loisirs, activités artistiques et culturelles) qui proposent à un public plus ou moins large la pratique d’une activité (entraînement et apprentissage, séances de pratique, conférences, voyages, randonnées). La prestation rendue par l’association suppose toujours une certaine logistique (salle, matériel et matières premières, planning, invitations, affichage, réception et prise en charge du public, relations financières, etc). Ce besoin d’organisation est ressenti d’autant plus clairement que l’association se montre créative et que son projet emprunte des chemins divers et variés. L’infrastructure rendue nécessaire par les activités est inventée par les dirigeants qui peuvent s'appuyer sur l’équipe des bénévoles et le budget de fonctionnement. Il s’agit pour les pilotes du projet associatif de faire une utilisation optimale de ces ressources (on économise ce qui est rare), notamment en se dotant des outils d’organisation appropriés.

Lorsque l’équipe de l’association est nombreuse, que les taches sont éclatées et appellent une certaine coordination, l’association peut se doter d’un outil en ligne comme Basecamp. Cet outil, gratuit dans sa version de base, permet de gérer des projets avec de nombreux collaborateurs ; on peut ainsi publier des listes de taches, suivre leur accomplissement, évaluer la participation de chacun et partager des documents de travail.

C’est un moyen idéal pour piloter les « gros » projets (spectacles, opérations humanitaires, etc) mais également pour le suivi quotidien des activités récurrentes (organisation et suivi des cours, entraînements, compétitions sportives, édition d’une publication régulière, cycles de conférences, etc). Le partage de la liste des taches, du calendrier des échéances et l’assignation nominative des taches aux personnes garantissent un fonctionnement efficace et transparent. La gestion des permissions permet de partager l’outil plus ou moins largement entre les membres, selon la nature de leur implication ; des fonctions statistiques peuvent servir de support à une évaluation comptable des contributions bénévoles. L’outil est convivial, bien conçu ; sa prise en main est intuitive.

Deuxième exemple, Triporama pour les associations qui organisent des voyages ou des visites. Elles sont nombreuses : les associations « voyagistes », les associations de jumelage, les associations pour la pratique des langues étrangères, les randonneurs (Pédestres, VTT) et toutes les autres structures qui à titre exceptionnel proposent à leurs adhérents un voyage d’agrément ou de découverte.

Triporama permet de stocker et partager les informations relatives au voyage (transports, hébergement, activités), de recueillir l’avis des participants à propos de toutes questions (notamment une fonction intéressante de sondage sur les dates du voyage « date poll ») et d’informer les participants de l’avancement du projet.

Ici encore, l’outil est gratuit, parfaitement interactif, convivial et ludique. Lacune à combler cependant, il manque une gestion du budget du voyage et le calcul des participations individuelles. Un produit un peu similaire est proposé par Yahoo ! : Yahoo Trip Planner

Autre exemple d’outil typiquement Web 2.0 conforme à une logique non marchande, le wiki. Une communauté élabore collectivement un document de format texte. Le contenu en est modifiable à l’infini et librement distribuable ; chacun peut participer à l’élaboration et la diffusion du document.

En rendant possible la rédaction véritablement collective d’un texte, le wiki est un bon outil pour garantir la collégialité de l’expression associative. Cet avantage sera précieux dans tous les moments-clé de la vie de l’association : rédaction du projet de statuts, préparation des résolutions d’assemblée générale, déclarations de principe à propos de l’objet et des valeurs de l’association.

En plus d’une organisation efficace et efficiente, l’association obéit à une seconde priorité stratégique : soigner sa communication et se situer dans une logique de réseau.

Notre époque est celle des réseaux. C’est devenu un tel truisme qu’on ne sait plus comment l’écrire. Du plus modeste demandeur d’emploi aux plus grands groupes bancaires, en passant par les créateurs d’entreprise, les leaders d’opinion et tous les acteurs économiques, chacun cultive soigneusement son réseau.

L’association n’est pas en reste dans cette logique d’ouverture sur l’extérieur, dans ce paysage en toile d’araignée. On pourrait même dire que plus que toute autre organisme, l’association doit mobiliser son réseau pour la porter, la soutenir et la faire grandir. La réussite ne sera au rendez-vous qu’à condition de fédérer un groupe de personnes, les adhérents, qui -par leur engagement bénévole ou leur cotisation financière- constitueront les principales ressources du projet associatif.

Les structures de la loi de 1901 sont donc condamnées à rayonner dans leur zone d’influence, créant cette valeur ajoutée sociale, typique du secteur non marchand. Pour cette raison, l’organisme doit sans cesse recruter de nouvelles ressources humaines, mais également des personnes qui puissent servir de relais et diffuser le projet de l’association. Les dirigeants de la plus modeste association de quartier ont compris qu’il fallait inscrire la constitution et l’entretien d’un réseau digne de ce nom au rang des priorités stratégiques.

Ici aussi, les outils du Web 2.0 font merveille. A nouveau quelques exemples pour illustrer mon propos.

A tout seigneur, tout honneur ; le Weblog doit être cité en premier lieu dans les nouveaux outils de communication de l’association. J’ai abordé sur mon blog dédié aux dirigeants bénévoles le concept de « blog associatif ». De tous les outils de communication en ligne, le blog est le plus simple à mettre en œuvre ; il ne requiert aucune compétence technique et ne nécessite pas d’hébergement, certaines plateformes sont même gratuites (par exemple Blogger). Quelques minutes et une dizaine de clics suffisent pour mettre en ligne un espace d’information agréable à consulter et interactif.

L’intérêt du blog dans les logiques de réseaux est décrit ici par JFRuiz :

... le blog est un outil de communication sociale qui permet de rapprocher les personnes qui gravitent autour des mêmes informations. Blogger c’est échanger, c’est donner une information dans un article et c’est recevoir d’autre informations dans les commentaires publiques (ou par une remarque privée). Je pense que la base de l’interaction sociale, c’est également l’échange et donc en ce sens le blog est un catalyseur de relations sociales.

Le secteur associatif n’a pas attendu pour s’emparer de l’outil. Voici quelques exemples de blogs associatifs, une association régionale d’usagers des transports, une association humanitaire, une association de défense de locataires. Dans ce billet de l’INJEP, une autre dimension du blog associatif est développée, son rôle de catalyseur interne du projet associatif et sa vocation pédagogique.

Idéalement le blog associatif est collectif (plusieurs auteurs exprimant différents points de vue), illustré (les réalisations de l’association, les moments forts), interactif (les commentaires permettent aux tiers de se lier, même furtivement).

Sur le plan interne, la mise en place d’un blog dans l’association permet aux bénévoles impliqués dans le quotidien de témoigner de leur engagement et des valeurs portées par l’association. Ce témoignage valorise l’engagement bénévole et peut constituer une forme de contrepartie pour le bénévole, une récompense sociale.

Sur le plan externe, le blog permet de mettre en scène le projet associatif, de l’illustrer de manière vivante et interactive. Le tagging des billets (association d’étiquettes thématiques aux contenus développés, voir plus bas) et l’adjonction d’un fil RSS (système d’abonnement à une mise à jour des contenus) permettent aux lecteurs de coller à l’activité de la structure, de suivre en temps réel le développement de ses projets et d’appréhender jour après jour ses centres d’intérêt et ses valeurs.

Le blog est la solution définitive à la « brouille » des associations avec internet. Fini les sites en dur, coûteux à développer et délicat à maintenir, terminé les forums envahis par le spam et dont l’actualité poussiéreuse remonte à plusieurs mois. Le blog est simple à mettre en œuvre, collaboratif dans son esprit et ses structures, facile à mettre à jour.

Autre « gadget » du Web 2.0, les nuages d’étiquettes ou tag-cloud, qui sont constitués à partir de mots-clé apparaissant dans les contenus mis en ligne sur le blog (les fameux tags évoqués plus haut). J’ai développé ici les avantages de ces petites applications, ultra-simples à installer, comme Zoomclouds par exemple, qui permettent de résumer le contenu d’un site en une liste de 10, 20, 30 ou 50 mots-clé dont chacun constitue un lien dynamique vers du contenu. Chaque association peut ainsi publier ses valeurs, documenter son action et offrir en témoignage son expérience intime.

Dans un contexte associatif, le nuage est un formidable outil pour catégoriser les centres d'intérêt de la structure et les présenter au public de manière rapide et accessible. Dès que l'association possède un blog, un forum ou un site générant un flux RSS, il est possible avec le nuage de construire une liste vivante et dynamique des grands axes du projet associatif. Je me suis amusé à "éditer" les nuages des associations dont je parle plus haut. Consultez ici le résultat. Je le trouve intéressant : le nuage révèle bien à la fois les thématiques récurrentes de l'association et son dynamisme à communiquer en ligne, la dimension du projet associatif, sa zone de rayonnement...

Dernier exemple, le positionnement géographique ou géolocalisation.

De nombreuses associations ont pour objet l’entretien et l’exploitation d’un réseau de personnes : associations d’anciens élèves ou salariés, associations de défense d’intérêts collectifs, d’entraide et de soutien (riverains, malades, victimes, etc). Lorsque l’association a une zone d’influence nationale, il peut être intéressant de visualiser la communauté dans sa dimension géographique, en présentant ses adhérents sur une carte.

Les mashups comme Frappr permettent de réaliser facilement cette prouesse technique. L’avantage de cet outil, hormis sa gratuité, est la possibilité d’incruster la carte sur n’importe quelle ressource en ligne, blog, forum (ici un exemple sur mon forum, dans la colonne de gauche, tout en bas), site web en copiant quelques lignes de code. Les adhérents peuvent s’inscrire eux-mêmes une fois la carte en ligne, ce qui évite au secrétaire le fastidieux travail de saisie des adresses mail.

On pourrait ainsi multiplier les exemples. Flickr, Netvibes, Memotoo, Lulu, Shopify et consorts recèlent tous de formidables opportunités pour les associations. Vous en voyez certainement d’autres : tenez-moi au courant…

PS : Je note au passage que dans cette chronique, vous pouvez remplacer le terme « association » par « projet d’entreprise » et « dirigeants bénévoles » par « créateurs d’entreprise », le texte garde tout son sens.

Comme le dirigeant associatif, le créateur d’entreprise doit lui aussi s’organiser pour être efficace et communiquer pour étendre son réseau (mettant ainsi fin à la terrible solitude du créateur « solo » décrite dans ce blog par Valérie Weill).

 

 

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Voici les sites qui parlent de Web 2.0 et associations loi 1901: de formidables opportunités:

» Web 2.0 et associations loi 1901: de formidables opportunités de marketingrama.info
Je vois trois concepts qui me paraissent bien résumer la direction d’ensemble empruntée par le web depuis quelques années : la mise en commun, le partage et la création de lien social. [Lire la suite]

Commentaires

Excellent article qui fait parfaitement le point sur la tendance actuelle du net, mais au fait c koi le web 2.0 ?

Effectivement un article très intéressant. Très honoré d'avoir été cité.

J'ai personnellement mis en place ces concepts et outils pour dynamiser les échanges auprès du premier réseau d'ingénieur en france à savoir l'INPG : www.reseau-inpg.com.

Ce site illustre le propos de cet article et combine, blog, forum, carte frappr pour la géolocalisation des membres, et donne les liens vers le wiki et les informations indispensable au réseau.

J'ai visité votre site www.reseau-inpg.com.
L'outil est impressionnant de clareté et de potentialités.Effectivement, on y reconnait bien de cette subtile alchimie entre un réseau et les outils mis à sa disposition pour créer ce fameux lien social, s'entretenir et se développer.

Ne pourriez-vous pas en distribuer une version un peu standardisée auprès des associations ?

Petite question à propos de votre carte Frappr : les membres doivent-ils obligatoirement avoir un compte chez frappr pour apparaître ou un administrateur peut-il enregistrer n'importe qui en donnant son e-mail et sa localisation.

Pourquoi ethanhunt ne trouvera pas de définition du web 2.0. La réponse sur le blog de J.B.Boisseau ici: http://web2rules.blogspot.com/2006/08/pourquoi-vous-ne-trouverez-pas-de.html

Ism :
Merci du commentaire.

"La subtile alchimie" que j'ai faite pour l'INPG est tout à fait adaptable pour d'autres associations.

Pour frappr il faut s'inscrire en effet.

JF,
Je cherchais un correspondant à INPG ou Floralis pour une collaboration dans ce domaine. SI cela vous interesse, prenons contact :-)
Michel.


Many knowledges I have found here I would come back http://strapon-crush.iquebec.com/

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