Par Laurent Samuel (chroniqueur exclusif) - Consultant secteur associatif
Dans cette chronique mensuelle, j’évoquais cet été la direction que me semble emprunter le nouvel Internet, en relation avec ce qu’il est convenu d’appeler Web2.0.
J'avais le projet de continuer à adopter le même point de vue naïf et quelque peu ethnocentrique et de reprendre ici ce dossier. Je veux essayer de démontrer que plus le concept du Web 2.0 se précise, plus il emprunte un modèle associatif.
Hier le Monde a publié l'interview d'un sociologue, J.C.Burgelman, qui évoque une révolution communautaire à propos du Web 2.0, et s'interroge lui-aussi à propos de son modèle économique.
Si on en parle dans le Monde, c'est bien que le web 2.0 existe. J’aime bien la définition qui en est donnée ici par les gens de CleverAge :
L’internet 2.0 c’est, pour
faire simple, une nouvelle utilisation d’Internet, plus centrée sur
l’utilisateur qui pourra, de plus en plus, y gérer ses informations personnelles
ou professionnelles en les partageant et en y accédant depuis tout type de
terminal. - ouf -
Cela comprend :
des nouvelles interfaces web plus
intuitives et plus rapides (AJAX, DHTML, JavaScript, ...),
les blogs (la dernière grande
convention des bloggeurs à eu lieu à Paris et s’intitulait "Les blogs
2.0") et tout ce qu’on peut associer à cette mouvance (podcasting,
vidéoblogging, ...),
les sites de partage de données
comme Flickr ou Blogmarks et les sites de
"réseautage" comme 6nergies ou LinkedIn,
tout ce qui favorise
l’interactivité (comme les forums), le travail collaboratif (wiki) et la
recherche d’informations transversales (tags, flux RSS, ...),
tout ce qui est peu nouveau
(gasp !) et met en oeuvre des technologies peu courantes (comme Google Earth par exemple).
Je veux essayer de pousser plus en avant l’identification du modèle économique qui résulte de la révolution 2.0 (parce que je pense que c’en est une) et de ces changements dans la manière de produire de la valeur, autant la quantité que la nature des informations produites.
· Ils valorisent la communauté horizontale plutôt que les organisations verticales
· Ils sont portés sur des petites infrastructures proches de leurs utilisateurs plutôt que les gros organismes centralisés
· Ils organisent le partage et l’échange des informations dans le but de créer du lien social plutôt que de privilégier une relation bilatérale de type « client/fournisseurs ».
· Ils reposent sur un échange non monétarisé plutot que sur une logique marchande,
· Ils favorisent les comportements participatifs aux dépends des attitudes consommatrices. Il transforme le consommateur en acteur/utilisateur en le replaçant au cœur du processus de production de valeur
· Ils attribuent la majeure partie de la valeur ajoutée aux utilisateurs/producteurs de contenus plutôt qu’à l’infrastructure technique (système de l’appropriation)
· Ils favorisent le buissonnement des initiatives de terrain en permettant aux individus d’inscrire leur action individuelle dans une dimension collective et sociale
Aujourd’hui, le web 2.0 trouve l’économie numérique dans
un contexte technologique tout différent.
Première différence, le taux de connexion des ménages. En 6 ans, le nombre de foyers accédant à l’internet haut-débit a explosé. La concurrence entre opérateurs a permis une baisse significatives des coûts techniques (hardware, développements spécifiques, temps machine et bande passante). La clientèle de niche que se disputaient les colosses du web 1.0 s’est muée en une clientèle de masse, rompue aux outils en ligne, consacrant un temps et un budget croissants aux achats en ligne
Seconde différence, les technologies disponibles. Depuis quelques années, on assiste à l’émergence de technologies et de standards nouveaux qui permettent facilement de créer et de d’échanger d’importants volumes d’information.
Ces technologies visent souvent à démocratiser la production ou le partage de contenus en ligne : Peer to Peer, blog, open source, CSM libres, XML, java contribuent à transformer l’ancien ‘utilisateur/client’ en véritable producteur de contenu/de valeur. Ces technologies se caractérisent souvent par une forte accessibilité (gratuité, interface intuitives ne nécessitant pas de connaissances techniques). Elles sont donc vertueuses ; en tournant le dos au modèle propriétaire, elles suppriment la fracture entre experts (en charge des infrastructures) et utilisateurs des contenus (mue exclusivement par une logique et facilitent l’implication des utilisateurs dans le développement de l’outil.
La vertigineuse augmentation des contenus disponibles en ligne Ces deux premiers facteurs produisent une situation inédite dans nos sociétés humaines : des contenus de plus en plus nombreux sont de plus en plus accessibles. Chaque internaute est tour à tour récepteur et émetteur de l’information ; il participe ainsi à un gigantesque réseau d’échange de valeur qui croit à une vitesse exponentielle : des milliards de pages en ligne, des millions de blogs, des centaines de milliers de forums, des centaines de réseaux d’échange et de partage. Rien qu’en France, 3,2 millions de personnes actives sur le Web (voir ici l’étude de médiamétrie) Des millions d’utilisateurs, de par l’usage qualifié qu’ils font d’internet, produisent une myriade de contenus éparpillés sur la Toile. Cette phénoménale quantité d’informations représente une valeur économique incalculable que chacun peut s’approprier quasiment librement pour produire à son tour de la valeur ajoutée (un véritable cercle vertueux !).
Dernier facteur technologique, les progrès des outils de recherche et d’indexation qui rendent exploitable (en l’indexant) la formidable logorrhée numérique. Nous en reparlerons à propos du modèle économique de Google.
Aujourd’hui je veux évoquer le modèle d’affaires de quelques entreprises présentes sur internet pour étudier comment le web2.0 installe progressivement dans l’économie numérique un modèle résolument associatif.
E-bay ou comment valoriser
la constitution d’un réseau
E-bay, plate-forme d’enchères en ligne entre particuliers, constitue à mon sens un modèle de transition entre 1.0 et 2.0. Une infrastructure technique (la plate-forme) accueille des utilisateurs, acheteurs et vendeurs de tous types de biens. La valeur ajoutée réside dans la mise en ligne du plus gros catalogue d’objet à vendre du monde, l’intermédiation réalisée entre les acheteurs et les vendeurs ainsi qu’un ensemble de dispositifs fonctionnels permettant d’élever la sécurité juridique et financière des transactions. Cette valeur ajoutée est monétisée auprès de ceux qui tirent le plus gros avantage du service, les vendeurs. Ils bénéficient en effet de cette vaste galerie marchande en ligne, très bien achalandée, et d’un bon niveau de sécurisation des transactions. Toutefois, on note qu’une grande partie des utilisateurs, les acheteurs, bénéficie du service sans bourse délier pour la raison évidente que la valeur économique produite par la plate-forme est fonction –entre autres choses- de la quantité d’acheteurs qui y sont présents.
On voit donc émerger un modèle où la valeur ajoutée résulte de l’existence d’un vaste réseau de millions d’individus sur une place de marché virtuelle, l’accès à cette myriade de clients potentiels étant monétisé exclusivement auprès des vendeurs qui en tirent un avantage économique bien concret. Pourtant le modèle reste bien classique, des utilisateurs payent (assez cher) une commission pour rémunérer un service qui leur est rendu. Mais ce qui m’intéresse ici, c’est qu’E-bay valorise l’accès à une vaste communauté constituée de manière horizontale. La valeur ajoutée qui est ici monétarisée n’est en fait rien de plus que du lien social.
Le modèle E-bay est l’archétype des réseaux sociaux qui déclinent à l’extrême le modèle de production de valeur à partir du réseau, de la valorisation d’un tissu de liens sociaux. Tous les types de relations sociales sont successivement interrogés : copainsd’avant exploite la veine nostalgique, de nombreux services couvrent le créneau des violons d’Ingres et centre d’intérêts partagés. Le domaine professionnel est largement couvert par des opérateurs comme Linkedin ou Viaduc. Avec Alternatives numériques, il est d’ailleurs intéressant de se demander à quel point le modèle économique qui consiste à faire payer les utilisateurs pour leur permettre d’échanger des informations personnelles est viable sur le long terme. Il contredit notre principe et je pense également qu’il sera de plus en plus difficile de faire passer les gens « à la caisse ».
Le moteur de
recherche : ou comment couper la queue du chien pour la lui donner à
manger, en lui en confisquant la moitié sous prétexte qu’il n’a pas eu l’idée
lui-même
Avec le moteur de recherche apparaît l’un des archétypes du proto-web2.0 : une infrastructure (le moteur) propose un accès à des contenus qu’elle ne produit pas elle-même. Dans le même temps, elle indexe ces milliards de recherche de contenus avec un système de mots-clé, un indice de pertinence et un autre de fréquentation. La valorisation des informations ainsi accumulées (des listes d’URL) alimente l’offre de service du moteur, dans un cercle vertueux parfaitement exponentiel.
La firme ne fournit que l’infrastructure ; elle ne produit pas de contenus et la valeur ajoutée résulte uniquement du traitement des informations collectées et de leur remise à disposition.
On note que les firmes exploitant des moteurs de recherche s’approprient en général la totalité de la valeur ajoutée, les utilisateurs/fournisseurs de contenus sont dans leur majorité bénévoles. Quand vous tapez des mots-clé dans votre moteur de recherche, vous ne vous attendez pas à recevoir une quelconque contrepartie (en dehors des précieux résultats de la recherche). Avec des milliers d’autre internautes qui cherchent comme vous sur la toile, vous contribuez à la valeur produite par le moteur ; en fait, à votre échelle individuelle, cette valeur économique est en général suffisamment négligeable pour que l’échange tacite soit équilibré : vous donnez au moteur vos recherches, il vous restitue des résultats. Le moteur ne rémunère pas le fait que dans la liste proposée apparaissent des annonces publicitaires, le fait que vous ayez combiné tel et tel mots-clé, que vous ayez choisi tel lien plutôt qu’un autre, etc.
Les utilisateurs profitent du service gratuitement. La valeur économique produite par le moteur est bien monétisée par la firme mais d’une autre manière, par l’hébergement de publicités. Cette gratuité pour l’utilisateur est possible parce que la firme confisque la valeur pour la monétiser auprès d’un tiers, l’annonceur publicitaire. Nous avons bien là un changement de paradigme par rapport à l’économie traditionnelle (je ne trouve pas d’exemple d’entreprise classique où le bénéficiaire du service rendu n’est pas celui qui rémunère la firme pour la valeur économique mise à disposition).
Pourtant, Google reste sur un modèle traditionnel parce que la firme s’approprie l’essentiel de la valeur ajoutée. Pour moi, la « confiscation » de la valeur ajoutée par la firme mettant à disposition l’infrastructure technologique reste typique du secteur marchand et du web 1.0. Pour moi, ce modèle n’est viable que dans un certain contexte technologique. Ce contexte sera rapidement dépassé et je crois qu’il sera de plus en plus difficile pour des firmes fonctionnant de manière verticale et centralisée de s’approprier la valeur économique des contenus mis gratuitement en ligne par tout un chacun. ON peut consulter ici une intéressante étude qui selon moi indique l’apparition de nouvelles logiques pour l’accès et l’utilisation de sa bibliothèque hybride personnelle.
Le paradigme du moteur de recherche, produisant de la valeur à partir d’une multitude d’initiatives individuelles, constitue un pas supplémentaire vers l’émergence d’un modèle résolument associatif : le moteur de recherche combine la valorisation d’une large communauté d’internautes, tout en offrant la gratuité pour les utilisateurs. Il s’agit d’un modèle économique fréquent dans le secteur associatif. Parce qu’elles s’adressent à des publics non solvables ou que leur but est général/philanthropique ou encore que leur valeur ajoutée n’est pas monétisable pour des raisons opérationnelles, de nombreuses associations rendent à leurs usagers/bénéficiaires un service gratuit. Elles se financent alors auprès de tiers, organismes publics ou privés, qui trouvent un intérêt à soutenir « la cause ».
Wikipédia : le
projet d’une communauté sur une base bénévole
Illustration de ma réflexion avec un second archétype, l’indispensable Wikipédia. Même combat : une infrastructure (le Wiki), bon marché et ergonomique, est mise en place pour permettre à des client/utilisateurs de partager facilement de vastes contenus informationnels. Quand on regarde le coût de la moindre encyclopédie « papier », on réalise que la valeur économique offerte par l’infrastructure est significative Pourtant ici le modèle économique est différent ; on quitte la logique du secteur marchand. L’infrastructure ne rémunère pas les contenus apportés par les contributeurs mais elle ne monétise pas non plus la valeur ainsi produite, ni auprès d’annonceurs publicitaires, ni auprès des usagers/consultants. Le bénévolat des contributeurs fait pendant à la gratuité des consultations (nous sommes réellement sur un modèle associatif). Ici l’appropriation est exclue (statutairement, je crois). Mais d’un point de vue socio-économique aussi, la confiscation de la valeur ajoutée parait a priori impossible. Je pense en effet que Wikipédia ne pourrait générer significativement des recettes avec les contenus mis en ligne, sans devoir tôt ou tard en reverser une fraction aux contributeurs.
Toutefois, dans le cas de Wikipédia, l’éparpillement des contributeurs et la dilution des sources de contenus facilite la mainmise de l’infrastructure sur l’ensemble du système dans un esprit ici encore parfaitement associatif.
Comme dans de nombreuses associations, on note par exemple la présence souvent marquée du (des) père(s) fondateur(s), il s’agit souvent des inventeurs de l’infrastructure technique, à l’instar de Linux, Bittorrent ou Joomla. Ensuite, comme dans le tiers secteur, l’infrastructure assure à la fois un juste équilibre entre les intérêts/motivations des différentes catégories d’utilisateurs, tout en garantissant le respect de ses propres valeurs.
L’archétype wikipédia se décline dans un état d’esprit participatif, où l’avis de chacun compte. Nombreux outils donnent aux utilisateurs la possibilité de s’exprimer (sondage et chat), les mettent en avant (défilement nouveaux inscrits), voire les associent directement au processus de commercialisation. Regardez ici ce nouvel état d’esprit qui est à l’œuvre dans les stratégies marketing http://prospects2.typepad.com/index/2006/10/participation_m.html
L’open-source et la
communauté du libre : partage, bénévolat, entraide et indépendance Troisième prémisse d’un modèle économique
Web 2.0., le logiciel libre et la communauté open-source. Ici la valeur ajoutée
produite est très significative ; il s’agit d’outils logiciels, de
systèmes d’exploitation, de suites bureautiques, bref le gâteau de Microsoft.
La communauté a deux types d’acteurs : des développeurs, volontaires et
bénévoles, et des utilisateurs. La production de valeur n’est plus fortuite ou
anecdotique, elle résulte d’une démarche volontaire des développeurs, souvent
sous-tendue par des valeurs humanistes. Un dispositif juridique efficace
(licence GNU) interdit l’appropriation de la valeur produite par quiconque,
situant résolument le projet en dehors du secteur marchand.
Bénévolat, gratuité, valeurs humanistes, le tout encadré par une charte juridique interdisant l’appropriation privée de la valeur : nous retrouvons un modèle parfaitement associatif.
La démarche de l’open-source a installé un nouvel état d’esprit : les outils doivent être libres d’accès et gratuits. Dans un contexte de mutations technologiques et de baisse des coûts techniques, cette « vision du monde » permet le buissonnement du Web 2.0 : une vaste gamme d’applications et d’outils proposée par une multitude de micro-infrastructures.
Le modèle en "buisson" des micro-firmes du Web 2.0
Dernier modèle celui lié proprement au contexte technologique évoquée plus haut et se traduisant dans le buissonnement des initiatives individuelles, des micro-firmes et des produits et des applications (également décrit sous le terme péjoratif de « gadgetisation »). Des individus et des organisations de l’économie numérique proposent un nombre sans cesse croissant d’outils et de ressources fortement centrés sur les besoins concrets des utilisateurs. Ce foisonnement d’application permet de descendre au plus prêt des besoins des utilisateurs et d’instaurer une véritable proximité. Des besoins aussi précis que planifier un voyage, organiser le plan de table d’une réception, bénéficier d’outils bureautiques légers et ergonomiques, publier facilement des contenus sur internet, interagir avec d’autres personnes, développer son réseau en participant à des communautés, bref, de nombreuses fonctions plus ou moins indispensables sont prises en charge par une ressource en général proposée gratuitement.
Ce modèle de la gratuité s’impose chaque fois que l’infrastructure ne parvient pas ou ne souhaite pas (philanthropie, version beta) monétiser la valeur ajoutée produite (en dehors de l’habituel et trop étroit canal publicitaire). Les familiers de l’univers 2.0 pourront citer des dizaines d’exemples de firmes produisant des services dont on perçoit bien l’intérêt mais dont on voit mal qui serait prêt à payer (et combien) pour en bénéficier.
La persistance de cet « anti-modèle » est pour moi étroitement lié au contexte rappelé plus haut : la baisse significative des coûts techniques et l’apparition de nouvelles technologies (XML, java, API) permettant de réaliser simplement de petites applications à (relativement) forte valeur ajoutée ; avec quelques milliers d’euros on peut maintenant distribuer sur une large échelle n’importe quel produit ou service. On se doute que la pérennité de la firme n’est pas assurée et que ce modèle n’aurait pas sa place dans l’économie traditionnelle. Pourtant il se passe bien quelque chose et les entreprises qui fonctionnent (provisoirement, on l’espère pour elles) sur ce modèle procurent un service de proximité. Elles permettent de valoriser de la longue queue, en alimentant la logique vertueuse que nous avons décrite plus haut : production et partage des contenus toujours plus faciles sur le plan technique, augmentation des contenus disponibles et donc de la valeur mise à disposition.
Pour nous résumer, disons ceci :
Dans ce sens, des pans entiers de l’économie numérique (et non des moindres) parviennent aujourd’hui à échapper à la contrainte lucrative et la notion de gratuité du service rendu s’installe durablement dans la « carte du monde » des usagers.

La présentation du web 2.0 comme un modèle associatif est bien évidemment une vérité mais aussi un leurre. Internet a était pensé dès le début autour de concepts associatifs, techniquement, structurellement et fonctionnellement. L'une des plus ancienne application basée sur ce réseau sont les NewsGroups (NNTP). Le fonctionnement des newsgroups, bien antérieurement à l'ouverture d'internet au grand public en 1994, n'est basé que sur l'échange d'informations produites et consommées gratuitement.
A l'ouverture d'Internet au grand public en 1994 a succédé une vague économique sans précédent tendant en effet à appliquer le modèle en place à l'espace numérique. Pourtant certains acteurs de l'époque n'ont changé ni de cap, ni de message dans ce que pouvait offrir Internet. Sun Microsystem répétait à qui voulait bien l'entendre: "Vous êtes le réseau". Tandis que les dinosaures, utilisateurs des premiers temps d'Internet, rappelaient avec justesse que lorsqu'on donne un objet on en perd l'usage; alors que lorsqu'on donne une information on en duplique l'usage. L'économie du produit ne pouvait s'appliquait à une économie de service. Ce fut le crash de la nouvelle économie qui n'avait rien de nouveau et qui n'avait pas intégré cette absolue vérité.
L'informatique adore se renouveller par les mots. L'invention du terme "Web 2.0" est un excellent exemple de buzz de ce type. Internet est par essence associatif. Qu'on retrouve cet esprit communautaire dans le "nouveau" web n'est que la preuve que l'économie du service est adaptée à l'information. Autrement dit la valeur ajoutée réside dans l'inrastructure supportnat l'échange (vrai pour Google, eBay, Amazon market Place, ...). Ils vendent bien un service.
Une petite correction: l'Open Source et la license GPL n'impose pas la gratuité. C'est un choix et non une obligation.
Rédigé par : JC de Maisonneuve | 23 octobre 2006 à 14:15
Un peu trop copieux mais intéressant.
Pas mal d'enjeux en perspective.
Amicalement,
Rédigé par : leafar | 24 octobre 2006 à 12:13
Il me semble que la gratuité dont vous parlez est circonscrite à un domaine relativement restreint, celui du contenu des sites. Il faut à mon avis aller plus loin et s'interroger sur le coût des infrastructures qui permettent cela : machines puissantes et gourmandes en énergie, réseaux denses et rapides, logiciels complexes. Tout ceci demande beaucoup de moyens. On peut aussi parler du financement par la publicité, qui n'a rien de gratuit (ce sont les consommateurs des produits promus qui payent).
Ainsi je dirais que cette gratuité n'est qu'illusoire. Le financement des activités Web 2.0 est on ne peut plus opaque. Car finalement quelqu'un paie, mais il est très difficile d'établir précisément qui, combien, et à qui. N'oublions pas non-plus le coût environnemental, généralement peu étudié (par exemple, on peut jeter un coup d'oeil à "Projet E-dechets : Ecologie des infrastructures numériques", http://www.int-evry.fr/lsh/recherche/Etos/Axe%202/INT_Flipo_Edechet_final_av06.pdf ).
Disons que c'est le même genre de raisonnement partiel qui permet de dire que les progrès techniques on multiplié de manière colossale les rendements agricoles par agriculture : on oublie ainsi toutes les personnes travaillant en amont et en aval (production des engrais, machines et pesticides, réseaux de distribution permettant l'écoulement d'importantes monocultures, etc) et nécessaires à la tâche agricole.
Comme vous le dites, il est de plus en plus difficile de faire passer les gens à la caisse. Mais si chacun personne disposait d'une évaluation précise du coût réel qu'elle paie pour ces services (qu'elle les utilise ou pas), continuerait-elle à soutenir un tel modèle économique ? Je ne sais pas si ma question est bien formulée, mais je pense que ce sujet (l'opacité du financement) est important.
Rédigé par : Laurent | 25 octobre 2006 à 10:54
Désolé j'ai été coupé. Donc je disais : Comme vous le dites, il est de plus en plus difficile de faire passer les gens à la caisse. Mais si chacun personne disposait d'une évaluation précise du coût réel qu'elle paie pour ces services (qu'elle les utilise ou pas), continuerait-elle à soutenir un tel modèle économique ? Je ne sais pas si ma question est bien formulée, mais je pense que ce sujet (l'opacité du financement) est important.
Rédigé par : Laurent | 25 octobre 2006 à 17:52
Testard avait fait un commentaire sous cette note que j'ai malencontreusement effacé. Qu'il veuille bien me pardonner...
Laurent Samuel
Commentaire de Testard
Bizarre, pas de réponse de l'auteur de l'article aux remarques précédentes de Laurent. L'auteur semble plus intéressé par l'émergence de nouveaux business model, que par les implications d'une infrastructure matérielle qui reste dans l'angle mort de ses considérations très classiquement économiques (nouvelles technologies, vieilles pensées). Qu'il y ait des petites boucles de gratuité ne renseigne aucunement sur la globalité du phénomène technique : croissance sans fin des infrastructures et de leur emprise sur les espaces naturels, radicalisation de la division du travail, condition de rouage du travailleur -y compris quand ils bricole des logiciels libres-, impuissance politique à tous les étages et tartines et bol de chocolat tous les matins.
Rédigé par : Testard | 06 septembre 2007 à 15:01
A ceux qui se sentent concernés par un "autre partage de la VA en entreprise..."
je suggère de consulter sur le "net" l'un des titres que j'ai pu écrire récemment...et qui traitent du "partage de la valeur ajoutée", par exemple:
-"Les attendus d'une gouvernance d'entreprise revisitée fondée sur le resserrement des liens entre actionnaires et salariés"(voir/site "capital social")
-"Pour un autre partage des risques et des profits en entreprise"(voir/site ed. l'Harmattan")
...où le modèle de répartition de la VA proposé vise une équité circonstanciée et négociée entre les partenaires...
L'auteur: Rémi Guillet
Rédigé par : Rémi Guillet | 21 février 2009 à 17:07