Par Lionel Bruel (chroniqueur exclusif) - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
Une minute. C'est généralement ce qu'il faut pour exposer un collaborateur à la marque d'estime. Appelez cela une marque d'intérêt, une marque de respect, ou bien une valorisation, une gratification personnelle. Le monde anglo-saxon appelle cela les strokes, entendez les caresses et/ou les coups, qui sont aussi des signes de "considération". Stroker, c'est interagir.
Et tout le monde fonctionne à ça, dans votre équipe y compris. Pourquoi ? Parce que le ressort ultime de l'homme, c'est de sentir que sa place est voulue. Les nouveaux-nés sont braqués là-dessus, à tel point qu'avoir le regard ou la voix ou la caresse parentale, c'est survivre. Je peux vivre parce que j'ai une origine, une trajectoire pré-inscrite avec au moins ceux qui m'ont voulu, ainsi qu'une finalité possible, une visée probable, une projection hors de moi : un projet. Puisque les autres m'imaginent, je m'imagine capable de choses. J'existe. Imagination de soi, avec les autres et par soi-même, existence (actes oscillant entre le vivre-ensemble et l'autonomie) et vie (activité du système nerveux, pulsions diverses) sont un tableau en trois parties, articulées par l'intimité de ce qui fait l'homme. Tout est lié : dont acte.
Revenons-en au regard des autres. Manquer de cette acceptation dans le monde, de ce "retour" sur sa propre existence, c'est se sentir absent de l'univers de l'autre, donc de l'univers tout court. C'est être mort dans l'oeuf. C'est pour cela que l'ostracisme fait du mal. Isoler un collaborateur, c'est le tuer. Volontairement ou non d'ailleurs. Que l' ostrakon, motif de condamnation (étymologiquement inscrit sur un tesson de poterie), bref que cette raison soit claire ou masquée, dissimulée (comme dans un procès silencieux), le résultat est le même : la personne dépérit.
Parlez, vivez, dites. Interagissez avec la secrétaire, le comptable ou la commerciale : vous analyserez leurs retours plus tard. Montrez-leur qu'ils ont une place, réprimandez-les, félicitez-les pour ce qu'ils font d'utile, quoi que ce soit. Les retours seront manifestes. Une entreprise, c'est un organisme dont chaque cellule a un rayon d'action. Pour commencer, veillez à ce que chacun soit confirmé dans sa place. Son territoire professionnel, c'est sa membrane et c'est son périmètre de vie.
Or travailler, c'est vivre. Faire autre chose que tout ça, ce n'est pas travailler.

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