Par Pierre Breese (contributeur) - Physicien et Juriste
Un salarié imagine un dispositif original. On le félicite. Un brevet est déposé au nom de l'entreprise, avec l'accord de l'inventeur. Pourtant, lorsque ce dernier quitte, plus tard, la société, il revendique et récupère le brevet ! Cherchez l'erreur.
« Dans les affaires, traite ton ami d'aujourd'hui comme un ennemi de demain ! »
Cette maxime de Mazarin, quel dommage que Jacques Schmitt*, gérant de Propic, l'ait ignorée. Son bras droit, Claude Martin avait participé à la création de cette PME de négoce d'automatismes pour l'ensachage de poudres. Il en était même le principal agent commercial, mais son contrat de travail se résumait à une simple lettre d'embauche comme cadre. Fâcheuse légèreté.
En visitant clients et prospects, Claude Martin remarque un jour que les machines d'ensachage peuvent être améliorées pour faciliter le passage d'une série de produit à une autre.
Il imagine alors un dispositif permettant de commander le changement de production automatiquement et propose à Jacques Schmitt de breveter cette innovation. Propic dépose une demande de brevet sur une tête d'ensachage à tourelle pivotante, en citant Claude Martin comme inventeur.
Tout cela s'est fait « à la bonne franquette », car dans une petite entreprise, on n'allait pas se lancer dans des formalités et des écrits.
Attention
au régime des inventions de salariés. Trois ans plus tard, considérant
que Propic manquait d'ambitions, Claude Martin quitte l'entreprise pour
créer, avec le soutien d'investisseurs, une société de fabrication de
machines d'ensachage automatique. Considérant que le brevet déposé par
son ancienne entreprise devait lui revenir, il engage une action
judiciaire pour revendiquer la propriété du brevet.
Propic n'a pas
été en mesure de prouver qu'elle avait confié à Claude Martin la
mission d'inventer des dispositifs d'ensachage, ni qu'elle avait offert
à ce dernier de lui acheter son invention en lui versant « un juste
prix ». Les juges ont aussi pris en considération que l'objet social ne
prévoit pas d'activité de conception et de fabrication d'équipements
d'ensachage. Le tribunal a conclu que Claude Martin était le
propriétaire légitime de ce brevet. Même si le dépôt au nom de Propic
avait été fait en toute transparence, et en accord avec Claude Martin,
cité comme inventeur, le tribunal a ordonné la substitution de Claude
Martin aux droits de Propic, qui ne peut donc plus exploiter cette tête
d'ensachage ! Petite négligence, grand effet.
* Les noms cités sont des pseudonymes, mais les cas sont réels : TGI de Strasbourg, 1er décembre 2003. Patrick MULLER c/ SEGIP
Usine Nouvelle le 07/09/2006 N°3021
Points clés
- Mentionner la mission inventive dans les contrats de travail des salariés concernés
- Prévoir une « déclaration d'invention » écrite avant tout dépôt de brevet
Source
le 07/09/2006 N°3021
TGI de Strasbourg, 1er décembre 2003. Patrick MULLER c/ SEGIP
L'éclairage de pierre breese, CONSEIL EN PROPRIéTé INDUSTRIELLE
le 07/09/2006 N°3021
En
France, la propriété des inventions émanant d'un salarié est définie
par le Code de la propriété intellectuelle (article L.611-7). Ce texte
divise les inventions de salariés en trois catégories :
1. Les inventions prévues dans la mission,
2. Les inventions hors mission, mais attribuables,
3. Les inventions hors mission non attribuables.
Les
premières appartiennent à l'employeur. Il s'agit des inventions
réalisées dans le cadre d'une mission expresse confiée au salarié, soit
au titre de ses fonctions, soit dans le cadre d'instructions
occasionnelles. Le salarié a droit à une rémunération supplémentaire,
souvent une prime d'un millier d'euros.
Les secondes sont celles
réalisées par un salarié n'ayant pas de mission inventive, mais dont
l'objet concerne le domaine d'activité de l'employeur. Celui-ci dispose
d'un droit de préemption, et peut demander la propriété de l'invention
en versant à l'inventeur le « juste prix ». Ce prix prendra en compte
les aléas qui subsistent au moment de l'invention, et qui viennent
pondérer la valeur de l'invention. Les troisièmes appartiennent au
salarié.
Fixer clairement les missions inventives
Le salarié est
tenu de déclarer sans délai toute invention à son employeur, en
précisant l'objet et les circonstances de l'invention, ainsi que le
classement envisagé (dans l'une des trois catégories). Il est
recommandé de prévoir un formulaire interne pour cette déclaration,
afin de garantir le respect des dispositions légales. L'employeur
exerce ses droits le cas échéant, et pour les inventions hors mission
attribuables précise qu'il entend se faire attribuer la titularité du
brevet, en proposant le « juste prix ».
En cas de désaccord, une
commission paritaire, la Commission nationale des inventions de
salariés, émet une recommandation. Aujourd'hui, l'innovation et la
créativité sont à la clé du développement des entreprises. Il est
indispensable de fixer clairement les missions inventives, dans les
contrats de travail, dans les fiches de poste et le cas échéant dans le
cadre de notes de services explicites. Il est aussi nécessaire de
prévoir des modalités transparentes de rémunérations supplémentaires
des inventions de salariés.


Merci pour ces précisions. Cependant, mon simple bon sens (souvent battu en brêche par le droit), m'incline à penser que dans le cas relaté, l'invention appartient bien à Claude Martin et que le jugement est ... euh... juste.
Rédigé par : JC de Maisonneuve | 31 janvier 2007 à 11:50
sur le thème "on m'a volé mon brevet" voyez les infos que publie Didier FERET sur son site www.copyrightconsulting.com
Rédigé par : Paul BERMANN | 05 février 2007 à 13:50