Comment réussir à se faire élire
Par Bruno Salgues (chroniqueur exclusif) - Enseignant chercheur
Petit guide pour ceux qui voudraient se lancer dans la politique ou participer à une élection dans un syndicat professionnel ou une chambre de commerce…
Je ne vais pas par ce blog vous faire un petit traité de « politique », pas un truc ennuyeux, mais plutôt un résumé et un outils pour observer les prochains jours. Je voudrais tout simplement vous aider à vous faire élire comme élu de la nation, d’un syndicat ou d’une toute autre structure.
1. Il faut savoir se faire désirer. Une homme ou une femme ne peut se proposer comme candidat, il faut qu’une vague l’accompagne (Regarder en ce moment « Ségo et Sarko »). On ne choisit pas d’être candidat, on est choisi, et parfois, pardon souvent, avec un simulacre de choix.
2. Un élu est un homme qui sait reprendre pour soi les idées d’une majorité de personnes. Préparez vous à abandonner les vôtres, surtout celles auxquelles vous tenez. Dans certains cas, il peut s’engager à ne pas gêner cette majorité. C’est souvent le cas des élus à la présidence des universités…
3. Serrer des mains, multiplier des discours d’amitiés même en vue de ceux que vous n’appréciez pas. Cette dernière pratique est courante dans les ordres des professions médicales et en particulier chez les médecins.
4. Faites des discours avec des petites phrases. L’espoir est qu’elles soient répétées en bien comme en mal. L’important est que l’on parle de vous à travers vos discours et surtout pas de vos actes. Vous voyez l’intérêt maintenant de la « bravitude » de madame Royal.
5. Avoir réponse à tout, même de manière inutile. Un cours de langue de bois en trente leçons est sûrement nécessaire si vous débutez. Je vous conseille aussi un enseignement en « pipotage ». Les étudiants des Grandes Ecoles sont assez bons dans ce domaine. C’est une des raisons pour lesquelles ils réussissent bien en politique.
6. Rassembler et évincer. Faites vous des amis mais sachez que les ennemis sont le plus souvent dans votre camp actuel. Le meilleur des hommes politiques ne parle que de rassemblement, d’union avant d’être élu. François Mitterrand en est un parfait exemple. Attention aux époux et épouses, ce sont vos pires ennemis, s’ils ne se positionnent pas en tant que tel, certains le mettront en avant…
7. Incarner l’organisation ou la zone géographique que vous représenterez. La rationalité n’est pas d’usage courant en politique et en général les électeurs votent plus contre quelqu’un que pour quelqu’un. C’est comme ça que Jacques Chirac obtient un score de 80% contre Le Pen.
8. Ne donner pas l’aspect d’être lisse, vous ne serez jamais élu. Un élu fait de la politique, pas de la gestion. Le « juste milieu » conduit à un reproche par tous. Il paraît que ce fût l’erreur de Valérie Giscard d’Estaing.
9. Les militants doivent donner une image de famille unie dont le chef, le futur élu, joue le rôle de bon père. Il faut que vous soyez partisan, pour profiter des forces du groupe, mais pas trop, sinon le point suivant ne sera pas applicable.
10. Annoncez qui vous allez rompre avec le passé. Il a le plus souvent été jugé « pas bon » par beaucoup de vos électeurs. A fortiori, dénigrer vos concurrents, ils ne peuvent se situer que dans une lignée idéologique, et donc se trouver fondés sur le passé.
11. Ecrire un ou des livres. Trois versions sont possibles. Un livre avec un minimum de mots pour être compris par tous (Démocratie française de Giscard d’Estaing) ou un livre bourré de mots rares qui le rend incompréhensible par presque tous (La lettre aux français de Mitterrand). La dernière version risquée est celle qui fait pleurer dans les chaumières, style biographie très romancée donc totalement fausse. Entre, il n’y a pas de salut.
12. Etre persévérant : un échec aujourd’hui peut précéder un succès demain. Attention, en politique, les alliances changent. Vos ennemis d’hier seront peut-être vos amis aujourd’hui.
Bon courage pour la suite…




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