Par Lionel Bruel (chroniqueur exclusif) - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
Dans Le Rêve éveillé libre, le psychothérapeute Georges Romey campe pour nous les choses. Je le cite : « La dynamique de l'imaginaire [...] résulte toujours d'un affrontement entre les deux forces dont dépend la vie : 1. celle qui sert le maintien des acquis. Elle exprime ce qu'il est convenu d'appeler l'instinct de conservation et - selon les circonstances -, on dira qu'elles manifestent la permanence (positive) ou la résistance (négative) ; 2. celle qui tend à promouvoir le devenir de l'être. Elle est pulsion de renouvellement et - suivant les cas -, on dira qu'elles manifestent l'évolution (positive) ou l'entropie (négative). »
La résistance, mes amis. La résistance est une calamité. Pourquoi ? Parce que l'évolution devient une fiction, voire un cauchemar (le nocebo, la pensée effrayante selon le psychiatre-psychanalyste Boris Cyrulnik). Résultat : les choses restent ce qu'elles sont, et meurent. (C'est normal.) Le collectif pourrit, le projet s'effondre. La faute à quoi ? A l'homéostasie, étymologiquement l'état qui reste le même (ici, configuration morbide). Homéostasie est un terme technique, que l'on retrouve sitôt qu'il y a management d'équipe et donc freins devant l'inconnu. Homéostasie égale résistance naturelle.
Si elle est naturelle, comment la vaincre cette homéostasie ? Par une action, nous dit l'économiste américain David Gleicher. Il émet une équation brillante. D'abord mesurez la force du ras-le-bol : pour pouvoir se projeter dans un futur, les gens doivent en avoir assez du présent. Ensuite, la clarté de votre vision : exposez la simplicité, les exemples concrets de ce qu'il faut atteindre. Pour terminer, incarnez votre idéal, soignez les premières étapes vers le mieux : vous réussissez l'amorce, qui préfigure l'heureux point d'arrivée. La puissance de captation devient massive.
Je reprends : vous amenez vos troupes vers le changement si : 1. elles ne supportent plus le présent (noircissez encore plus le tableau), 2. ce que vous voulez atteindre est clair, 3. vos premiers pas vers le sommet sont concluants. A notre stade, un ajout vaut de l'or. Je vous le soumets : les renforcements positifs (origine, Ivan Pavlov et son école, puis Burrhus Frederic Skinner), bref les cercles vertueux sont indispensables. Récompensez chaque avancée, même petite. Signalez à celui qui réussit sa propre progression, c'est encourageant. Il faut reconvoquer Kenneth Blanchard. C'est le 4e point : encourager tous les progrès.
Ensuite, il y a le grand Serge Moscovici. Le psychosociologue estime qu'une poignée de pionniers convaincus peut faire basculer toute une société. Y compris vers le mieux. Ah oui ? Gandhi, Martin Luther King, les suffragettes ou l'écologiste (feint ou réel) Al Gore seraient de cette trempe. Prenez des gens ouverts, qui acceptent la critique et le débat (1e condition, qui rassure tout le monde), encouragez-les à avoir des idées simples, faciles à retenir (2e condition, on comprend ce qu'ils vivent et veulent - « Ce qui est simple est efficace », dirait Marcel Dassault), ensuite veillez à ce qu'ils soient visibles tout le temps (3e condition - on entend leurs idées partout, eux-mêmes sont présents sur tous les fronts), pour terminer consolidez leur solidarité (4e règle, la pugnacité le courage et la cohésion quoi qu'il arrive). Une majorité, par le fait d'une de ces minorités persuasives, peut basculer dans des valeurs complètement différentes. La guerre idéologique est gagnée.
Récapitulons : cultivez le mécontentement, indiquez la forme claire et concrète d'un mieux, recrutez une minorité tolérante, persévérante, solidaire, animée de concepts simples, incarnant partout et tout le temps leur idéal, réussissez vous-même les premiers pas (forcément exemplaires) vers le mieux, félicitez tous ceux qui vous suivent, même chichement. J'ajoute un principe napoléonien : récompensez les grands et les petits, la bravoure prend tout son sens. Le mérite est déconnecté des galons, même un petit est important sitôt qu'il triomphe.
Tous ces cercles vertueux procurent un mieux. Changer devient enfin possible.


Bah !
Mais je te reconnais : t'as pas désaoûlé après Blogsurgaronne pour raconter des trucs pareils ! ;)
Rédigé par : NEWTOON | 07 mars 2007 à 22:56
:-) Je n'y ai quasiment pas bu.
Rédigé par : Lionel | 17 mars 2007 à 21:41