Par Lionel Bruel (chroniqueur exclusif) - Formateur-conseil en management & organisation, fondateur du réseau d'affaires Absara
L'argent compte, évidemment. Et puis, quand il faut motiver, la clarté des objectifs aussi, qui développe un sens. Portefeuille et boussole : voilà de bonnes bases. Ajoutons-y le plaisir, variable en fonction des gens, de réaliser un travail, d'exercer un talent et de voir un fruit concret sortir de terre. Un peu comme une œuvre. Ou un rejeton : quelque chose de frappé de son sceau personnel. Quelque chose, pour terminer, qui satisfait ou améliore une réalité.
Oui. Tous ces leviers existent. Il y a, en outre, les félicitations, qui récompensent l'individu et valident, puis sécurisent la place qu'il occupe (sérénité à la clé). D'accord.
De plus, l'on sait depuis Kenneth Blanchard et Paul Hersey (c'est-à-dire depuis les années 1970) que la maturité du collaborateur doit, et c'est là tout le paradoxe, dicter la conduite d'un manager. Tout se retrousse : c'est le boss qui doit s'adapter (ou plutôt adapter ses ordres, son suivi, ses sanctions, ses récompenses) à ses subordonnés. Un vrai patron, c'est celui qui sait diriger fermement un bleu, expliquer clairement les choses au débutant ambitieux, négocier intelligemment avec le cador un peu molasson et déléguer pleinement à l'expert motivé. Bref s'adapter. Et faire évoluer les autres, étape par étape. Exit le patron-tout-d'un-bloc. Bienvenue au patron fin, au patron-lynx (qui vous envisage à votre prochaine et immédiate étape), au patron-caméléon, qui sait changer de style en deux secondes. Il faut voir ceci.
Revenons à cette histoire de leviers de motivation. Rare est le style verbal, je veux dire qu'on en parle peu. La tendance agaçante, c'est de faire un primat du non-verbal. Certes mon cerveau retient-il ce bain de signaux que le corps de l'autre me pulse (cf. bain sémiotique - Boris Cyrulnik). Evidemment. Il faut pour autant revenir à la base : revenir à ce qui se dit. Insistons là-dessus. A un cérébral, je donne de l'information pure, bien caractérisée, à quelqu'un qui aime le jeu, j'adopte un style envolé, drôle, impliquant, au chevalier de service, je demande fréquemment un avis et propose (je dis bien propose) une action, au timide introverti, je fixe une ambition claire et quantifiée (attentes et objectifs dans le temps), à celui qui aime vibrer de la chaleur des autres, j'indique à quel point j'apprécie sa présence et à celui que tout excite, le fort en ambition, je fixe des défis généraux. Des entreprises de dépassement de soi. C'est le grand Taibi Kahler qui affirme tout ça. Témoin, ses réussites à la Nasa (la classe).
Alors reprenons. Si je veux motiver quelqu'un, il faut que je vérifie :
1. son degré de maturité sur la tâche envisagée (un garagiste peut exceller en filtres à huile et débuter complètement dans la compta),
2. la forme que prennent mes propos quand je lui parle.
Au jeunot qui débute et qui - visiblement - engage son intégrité morale sur tout (profil du chevalier, le Persévérant de Taibi Kahler), inutile d'aboyer des ordres en rafale, comme je le vois parfois. Tout ce verbal va simplement démolir son besoin de se sentir fiable. Un bémol est requis.
Finesse et discernement sont de mise. Et c'est comme tout, un entrainement (avec son cortège d'hésitations) fait des miracles.
Tenter, essayer, garder les oreilles ouvertes : une sage attitude, finalement.


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