Par Valérie Weill (chroniqueur exclusif) – Consultante et accompagnatrice en création/développement d’entreprise
Dans le contexte actuel des grandes entreprises, on rencontre toujours plus de concurrence, plus de recherche de performance, d’adaptabilité permanente aux changements, toujours plus de stress et de speed, tant et si bien que le temps semble s’être lui-même raccourci. Ainsi je rencontre au quotidien des jeunes de 25 ans qui ne trouvent pas de travail car ils n’ont pas l’expérience qui est demandée, sachant pour autant qu’ils n’ont que 15 ans de véritable employabilité. Au-delà de 40 ans dans certaines entreprises ou secteurs d’activités, leur ticket n’est déjà plus valable. Ils ont alors certes l’expérience, mais aussi les exigences salariales qui vont avec – ce qui est légitime -, donc ils coûtent trop chers. Quant aux quinquas, ils se retrouvent de plus en plus sur le carreau en des temps records – notamment dans le cadre de termes déguisés du type GPEC avec option « mobilité externe », quelle que soit leur fidélité, implication dans l’entreprise.
Avant la majorité des créateurs d’entreprise que je rencontrais avaient environ 55 ans, maintenant ils viennent à la création d’entreprise dès 45 ans, car ils ne trouvent déjà plus de travail. Ils sont jugés trop vieux, pas assez flexibles, pas assez malléables. Ils n’ont pourtant pour nombre d’entre eux pas forcément envie de créer leur entreprise, en raison du risque financier que cela représente pour leur famille, d’autant qu’ils croulent souvent sous les crédits et qu’ils sont en fin d’Assedic. Devant eux, c’est parfois le RMI qui s’offre en perspective. Alors forcément, créer son entreprise devient carrément pour certains la dernière planche de salut. Mais à quel prix ? Avec quel gâchis ? Quelle déperdition de savoir-faire pour les entreprises ? Quel manque de transmission ? Les quadras qui créent ainsi leur entreprise n’auront eu finalement qu’une quinzaine d’année dans le salariat et devront probablement cotiser énormément pour s’offrir une retraite décente, s’ils peuvent se permettre de la prendre à 65 ans…
Que se passera t-il en 2010 – c’est à dire demain – lorsque des milliers de personnes partiront en retraite ? Est ce que ce sera un appel d’air pour tous les jeunes diplômés qui galèrent aussi pour s’insérer sur le marché du travail ? Est-ce que l’on reviendra à une répartition équitable des emplois en fonction des âges et que l’on saura s’enrichir de toutes les expériences des uns et des autres, à l’heure où l’on prône la formation tout au long de sa vie… Est-ce qu’on n’indiquera définitivement plus son âge sur son CV ?
En tout cas, je tire mon chapeau à tous ces entrepreneurs au bord du gouffre que j’ai rencontrés et qui ont rassemblé leur force et leur énergie pour créer leur entreprise et finalement rebondir quand même. Je gage que dans le développement futur de leur propre entreprise, ils sauront tirer la leçon de ce qu’ils ont eux-mêmes subis et qu’ils ne le reproduiront donc pas.


Créer sa propre entreprise, c'est effectivement la première réflexion qui vient à l'esprit sous le coup de la déception et de la révolte après une éviction par l'employeur ; mais encore faut-il être "taillé" pour ? Ce qui n'est pas mon cas.
Licenciée à 55 ans car mon profil d'assistante de dirigeants d'entreprises ne s'inscrivait plus dans le contexte d'une réorganisation des activités du Groupe dans lequel j'étais, ma décision a été finalement d'abandonner mon métier pour valoriser mes compétences sur un autre créneau. Mais le "hic" est que cette nouvelle orientation n'est pas "reconnue" (et donc crédible) comme expérience professionnelle sur laquelle un employeur peut s'appuyer pour une embauche. Cercle vicieux de la mise en marge du monde du travail !...
Mon salut se trouvera peut-être désormais dans une association quelque peu atypique à qui j'ai proposé ma collaboration. Mais le parcours du combattant n'est pas terminé ; l'association n'ayant pas les moyens de financer mon poste, je me dois d'organiser son fonctionnement. Ma réflexion m'a menée à rechercher un mécénat de compétences, auprès d'entreprises, pour ce financement.
Dans le milieu associatif les critères de l'âge sont exclus, c'est au contraire un bon moyen de "recyclage" des seniors... Mais trouver un patron d'entreprise "sensible" à la thématique des activités de l'association en question, ça c'est une autre paire de manches !
Rédigé par : Odile Boyer | 02 mai 2007 à 12:05