Par Didier Thebaut (chroniqueur exclusif) - Fondateur de joujou de Paris
Voici un domaine de l’entreprise où la commédiologie règne pleinement.
En effet, il est maintenant prouvé que le fait d’être compétent n’est pas forcément synonyme d’être reconnu comme tel.
Tout d’abord, la première chose que ferait un bon commédiologue c’est de débaptiser les services ressources humaines des entreprises pour créer des services de richesses humaines. Car, comme le disait si justement le libéral Jean Bodin, il n’est de richesse que d’hommes. Une fois ce postulat de départ entériner, il reste à faire fructifier ce capital humain. Comment ? Tout simplement comme tout autre capital de l’entreprise. Non, ce n’est pas cynique, c’est tout simplement réaliste.
Certes, nous ne prévoyons pas de l’amortir comme les immobilisations. Même si l’idée n’est pas totalement incongrue, car une personne qui a passé plus de dix ans dans la même entreprise a tendance à se lasser et donc à être moins efficace.
Et c’est bien là la clef du problème : la valorisation de l’humain dans l’entreprise. Pourquoi valoriser un bien qui ne vous appartient pas ?
Contrairement aux machines, une fois formé, le salarié peut partir ailleurs et vous n’en retirez pas grand bénéfice. A part un peu de notoriété : « les salariés de chez X, ils sont vachement compétents ». Je rappelle ici que le bénéfice est en général la vocation première des entreprises. Sauf pour certains grands patrons, hauts fonctionnaires avant d’être entrepreneurs, vous les avez aisément identifié et donc je ne citerai pas de nom.
Comment cela peut-il se traduire dans l’entreprise ? Tout simplement par une prise de conscience du capital humain et une redéfinition de son rôle au sein de la société. Pour cela, il convient de se mettre au point sur le rôle des masques de chacun.
Oui, je suis de ceux qui pensent que l’entreprise a des codes où là aussi le masque a une importance cruciale. Par exemple, lors des séminaires, chacun se retrouve à sa place…le PDG est rarement remplaçant dans l’équipe de foot. Et la secrétaire continue à faire la secrétaire, si toutefois elle a la chance d’être invitée en séminaire au Sénégal (c’est un clin d’œil aux lecteurs de 99F de Beigbeider : encore un truc de commédiologue). Ce qui n’est pas forcément un problème si tout le monde est au fait du rôle que lui confère le masque revêtu.
Aujourd’hui, tout le monde est conscient de la part de comédie présente dans l’entreprise. Il y a des normes de CV, des normes de questions (les trois défauts et les trois qualités), des normes de réponses (conséquence des normes de questions) et pire…des normes de créativités comme le CV via power-point, sur DVD ou mieux…le CV/Blog (je ne me moque pas, j’ai fait les deux). A cela, on pourrait rajouter l’importance du « dress code » dans certaines entreprises avec pour apogée le « Friday wear ».
Avant tout, il faut garder à l’esprit que la majorité des personnes viennent au travail pour gagner de l’argent, et non pour mettre un polo le vendredi.
Même si le pouvoir, l’amour du travail bien fait, la conscience professionnelle sont des ressorts importants surtout pour le DRH qui les vend à ses salariés et qui est loin d’être le dernier à aller regarder des vidéos sur Youtube. Je crois que le temps est venu pour les DRH de traiter les salariés avec plus d’intelligence.
La relation préposé commettant définit par le code du travail doit faire place à une relation d’adulte à adulte, et si possible en s’appuyant sur la relation individu à individu : le célèbre one to one cher aux marketeurs.
Pour cela, rien de tel que d’auditer ce qui fait l’implication des individus. Ecart entre les salaires, progression du salaire, intérêt des missions, connaissance de l’entreprise, connaissance des missions de l’entreprise…Henri Kaufman parle dans son livre « le marketing de l’égo »(encore la technique du piggy-back), du cas du Georges V qui a offert une nuit d’hôtel à ses salariés et qui depuis affiche un taux d’occupation proche de 100% ( c’est à la page 280 du livre).
Une fois ces éléments pris en considération au moyen d’une enquête quali, à vous de faire une grille d’audit salariale. Comme le consommateur qui est devenu adulte, le salarié lui aussi a suivi le mouvement. Il sait qu’il peut être licencié malgré de bons résultats et que ses performances n’ont pas forcément grand-chose à voir avec son licenciement. C’est justement pour cette raison qu’il faut être clair avec lui, et fixer des objectifs atteignables de manière à ce qu’il puisse se les approprier.
Le maître mot d’une politique salariale réussie est la transparence. Pouvoir expliquer au N-1 pourquoi son N+1 gagne 40 fois plus que lui. Parce qu’il est un homme, ne semble pas être une bonne réponse. Une bonne réponse pourrait être qu’il peut être virer à tout moment, qu’il a nanti ses biens, que sa responsabilité pénale est engagé en cas d’échec… Et là ça semble déjà un chouïa plus normal. De même, devoir être obligé de prendre l’avion le week-end pour aller visiter l’usine à Timisoara, puis le lendemain un rendez-vous d’affaire à Youngstown Ohio et le surlendemain une visite de l’usine de Pékin…Entre-temps dans l’avion, il faudra gérer le quotidien de l’entreprise, puis appeler votre femme et vos enfants pour leur rappeler que vous êtes toujours vivant.
Aux vues de ces nouveaux paramètres, je suis certain que le salarié lambda comprendrait bien mieux l’écart des salaires. Bien entendu, il faut pondérer tout cela à partir de la variable clef : la rémunération. Enlevez la rémunération et vous verrez beaucoup moins de monde dans l’entreprise. D’ailleurs je trouve incroyable que le slogan « travailler plus pour gagner plus » ait fait autant l’unanimité. Moi, j’aurais voté pour celui me proposant de travailler moins tout en gagnant plus. Le progrès est à mon avis dans ce sens. Ceux qui travaillent sept jours sur sept gagnent souvent moins bien leur vie que les rentiers. Mais, bon respectons le choix de la majorité.
L’idée est que de plus en plus, les individus se définissent comme tels. Ils veulent bien jouer la comédie, mais ils veulent en retirer des avantages. Comme il existe un consomacteur (consommateur/acteur), il y a un « salacteur », un salarié acteur qui essaie de jouer le moins mal possible la comédie du parfait employé. A vous en tant qu’employeur de lui dire que vous aussi vous faîtes de même vis-à-vis de votre banquier, de vos actionnaires et parfois de votre femme. Ceci créera des bases de travail plus saines et selon moi plus efficaces.
Tout d’abord expliquer à vos salariés quelle pièce ils vont jouer et ensuite leur dire pourquoi c’est une belle pièce. Elle peut être didactique comme l’avare, politique comme les mains sales ou divertissante comme le père noël… A vous de choisir votre registre. Par exemple pour moi, l’Oréal serait dans la tragédie avec une importance considérable des masques. Alter Eco serait dans la sphère politique avec une plus grande liberté dans l’usage des masques. Je suis certain que vous commencez à voir ce que je veux dire et que dès à présent vous êtes en mesure d’attribuer à votre entreprise son registre de jeu. Les publicitaires parlent de territoire de communication.
Par contre, il ne faut pas oublier de payer les acteurs et aussi de bien les former pour qu’ils puissent faire des représentations de qualité. Comme le dit l’adage : « you pay peanuts, you get monkeys ».C’est pour cette raison que je pense qu’il faut privilégier les acteurs au public et donc, les salariés aux actionnaires. Car sans acteur pas de public. Et sans public ? Il y aura toujours un public, le seul danger c’est la qualité du spectacle. Un exemple : la presse gratuite.
En résumé, la commédiologie appliquée aux ressources humaines, c’est de prendre d’avantage en considération le capital humain et par conséquent de créer le Service des Richesses Humaines en remplacement du service des Ressources Humaines. Bonne nouvelle : rien ne vous oblige à virer l’ancien DRH…Après une bonne formation il pourra devenir un excellent DRH : Directeur des Richesses Humaines.
Le mois prochain C comme « commédiologie » et comptabilité




Didier est partout :)
Rédigé par: Fubiz | 22 mai 2007 at 10:37
En salle 403 pour le cours sur les sites marchands demain à 09h.
Rédigé par: JOUJOU DE PARIS | 22 mai 2007 at 12:12