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Management (2) : Où commence le mensonge

Dureau_laurent Par Laurent Dureau (contributeur) - Manager de Transition et Serial Entrepreneur

A la lecture de cet article, les directeurs d’écoles de management pourront hurler. Les marchands du temple de l’illusion et de la réussite chercheront moult raisons pour justifier pleinement leur métier. La virulence de leurs propos sera à hauteur du mensonge sous-jacent.

Ces 10 dernières années, les DESS, MBA and Co se sont développés à une vitesse fulgurante devant une demande croissante de personnes désirant atteindre une reconnaissance afin d’accéder à un statut.

Une école qui se veut sérieuse doit maintenant d’avoir une formation de management à son catalogue pour ne pas paraître ringarde.

Comme les autres je suis tombé dans le panneau. Fin des années 1980, je me préparais activement pour entrer dans la meilleure école MBA française située à Fontainebleau : l’INSEAD. Véritable challenge qui m’a poussé à l’école américaine de Paris pendant plus d’un an afin de parfaire définitivement mon anglais.

Enfin prêt à affronter mon rêve, mon employeur d’alors ne l’a pas vu d’un bon œil et me refusa le congé-formation. Loin de m’arrêter, je commençai à m’intéresser au montage d’une entreprise pour m’apercevoir qu’il était préférable que je me lance directement dans l’action avec le pécule que j’avais accumulé. Démission donnée, je me retrouve chef d’entreprise avec 1 an plus tard 7 employés et mes premières revenus.

Jusque-là rien de grave, mais 8 ans plus tard, je me suis rappelé qu’un MBA ou Mastère serait sympathique. Et me revoilà sur les bancs de classe fin des années 90. Ma déception fut importante tant les décalages entre ce qui était enseigné et ce que j’ai vécu.

Cela relevait du même style que l’Education Nationale concernant les cours d’éducation sexuelle. On vous montre des beaux dessins en coupe des organes, on vous décrit le principe de fonctionnement et basta, on considère que vous êtes au parfum. Aucune photo de la réalité (à part l’observation directe que ce que l’on avait entre les jambes) pour des raisons probablement de gêne à montrer la réalité. Alors imaginez le monde de décalage entre théorie et réalité ! La question cruciale du comment en s’en sert était totalement ignorée.

Il en est de même pour le management appris à l’école.

  • On vous en met plein la tête sur la théorie des organisations mais pas comment en créer une et de comment la manager.
  • On vous fait des grandes tirades sur l’analyse de bilans comptables sans rien vous dire de comment gérer votre affaire pour la faire grandir.
  • On vous assassine avec des exercices de mise sous pression comme lire 5 livres américain épais comme des bottins et d’en faire un résumé pour le lendemain matin.
  • On vous demande en marketing de faire la typologie des consommateurs type d’un supermarché alors que le business BtoB est totalement ignoré.
  • On vous parle de benchmarking avec emphase alors que le commun des mortels un peu commercial a appris cela depuis la maternelle.
  • On s’appuie sur des tas de théories issues des américains au XXème siècle (début et milieu) en omettant de dire qu’aujourd’hui tout a changé et que ces théories sont inapplicables. Le seul fait de dire qu’elles arrivent d’Harvard est suffisant pour ne pas exercer de critiques.

Mais

  • Quid de comment faire adhérer votre banquier à votre business plan ? Nada !
  • Quid de comment faire face à une grève qui traîne…nada !
  • Quid de l’anticipation des tendances du marché…nada.
  • Quid de l’entretien annuel des collaborateurs… nada
  • Quid de la communication face aux syndicats, aux prud’hommes ou au fisc…nada !

La liste est longue, trop longue pour démontrer que le management enseigné à l’école est totalement illusoire. Certes cela rempli la tête, occupe le temps et rempli le CV mais la réalité du terrain est tout autre !

Le management c’est-à-dire l’art de faire tourner une organisation constituée d’individu afin de rendre service à un client, relève de fondamentaux auxquels tout chef d’entreprise doit faire face.

  • Une bonne connaissance de la règle de trois,
  • Un bon feeling du marché dans lequel il opère,
  • Une connaissance irréprochable de ses collaborateurs,
  • Un bon sens des coûts (surtout cachés)
  • Une méfiance naturelle à ce qui touche l’argent facile,
  • Une capacité de convaincre ceux qui ne veulent pas prendre de risques (banquiers en tête)
  • Une capacité de résistance au stress notamment face aux prédateurs (banquier, huissier, fisc, organismes sociaux,...)
  • Une capacité à s’automotiver quoiqu’il arrive sinon bonjour la sinistrose !
  • Une capacité à encaisser les coups prévisibles et imprévisibles ainsi qu’à pardonner (sans oublier) tous les coups tordus de ses collaborateurs.

J’en oublie encore plein mais comment voulez-vous attirer des candidats en disant toute la vérité ?

Le pire c’est quand on fait croire (notamment dans la frange des bac+2) qu’ils feront du management à la sortie de l’école. Gonflés à bloc, ils s’écrasent lamentablement sur la très dure réalité d’abord que le marché les rejette et qu’ensuite ils ne savent rien du management. Après cela, on s’étonne d’avoir des jeunes désabusés !

Autant la théorie peut servir à avoir de grandes lignes directrices, le management est avant tout une expérience de terrain.

Pour revenir à mon exemple premier, je n’ai jamais vu un homme courtiser une femme en lui sortant le parfait manuel scientifique et médical de l’anatomie féminine.  Comme tout existe en ce monde, cela a pu se produire mais je crois profondément que c’est grâce à l’apprentissage et aux erreurs commises qu’un individu découvrira l’art du management. Seul son caractère fera qu’il sera broyé ou renforcé par les épreuves.

Y a-t-il des amateurs dans la salle ?

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Commentaires

Bonjour,

héhé... ca me rassure de voir que je ne suis pas le seul à penser cela ;D

Parmis les autres sujet sur le même thème:

- Le mythe des formations interne dans les grandes boites qui sont sensés vous apprendre à gérer un projet, à manager des salariés... alors que les managers qui vous font la leçons ne le mettent pas en pratique (passe encore, ca arrive à tout le monde), mais qui ne font que répéter un PPT remplis de banalité et de lapalissages... Bref moins cher que le MBA, mais avec la même efficacité, la formation en interne a une productivité d'environ 15% (grosso modo 2h vraiment intéressantes pour 2 jours de formation !).

- Le mythe du diplôme : ce syndrome français qui fait penser qu'avoir un diplome permet d'occuper un poste(ou plutôt ne pas avoir un diplome ne permet pas d'occuper un poste). Perso ca me pose pas trop de Pb (j'ai un bac +5), mais parfois ca frise la bétise.

...

Perso je conseille à tout le monde la lecture du livre "Le management pour les nuls", qui est vraiment pratique et utile (même si un peu trop américain !).

Cdlt

fred
www.conseilsmarketing.fr

C'est un peu comme le marathon...le mieux c'est de le faire. Par contre, c'est bien de se préparer un peu avant. Concernant la partie sur comment faire face à une grève, je crois que d'ici peu va y avoir de la matière pour les études de cas!!!

Bonjour,

en fait je pense qu'il y a juste une chose que vous n'avez pas comprise, et c'est dommage parce que c'est le postulat de base : ces écoles ne forment pas à la création d'entreprise, mais au management de grands groupes. Alors je comprends que vous ayez été déboussolé en entendant parler de théorie des organisations alors qu'à votre échelle, ça n'est pas du tout nécessaire. Mais il faut comprendre que vous être une exception à l'échelle d'une grande école.
En ce qui me concerne j'ai fait l'ESSEC, et son enseignement théorique mis en relief par beaucoup de stages pratiques (dont une création d'entreprise) m'ont semblé vraiment tout à fait adaptés, et bien au delà du niveau de l'éducation nationale justement. J'ai ensuite pu m'insérer (comme 400 de mes camarades chaque année) dans un milieu professionnel qui me correspond parfaitement, et dans lequel j'utilise les outils que l'ont m'a enseigné ou que j'ai appris grâce aux bases que j'ai reçues en écoles. Je pense que si ça ne fonctionnait pas personne ne paierait 8.000€ par an pour faire ce genre d'écoles... Ne soyez donc pas si frustré de ne pas avoir compris ce que l'on vous a enseigné, relisez éventuellement vos cours, et vous verrez, peut être, que vous n'êtes pas si supérieur aux profs d'excellence qui peuplent ces écoles.

Bonjour Guillaume,

En effet, il existe un univers de différence entre les grands groupes et la PME/TPE. Les élèves qui s'assoient sur les bancs ont de sérieuses raisons pour débourser 8000€ et en cela je ne les blâme pas puisque j'ai fait de même.

Il en est de même sur les profs, ils peuvent avoir de grandes valeurs personnelles et leur enseignement peut être de valeur.

Ce qui est vérifié par les banquiers, est qu'un cadre de grands groupes est loin d'avoir les qualités premières d'un entrepreneur. Les statistiques démontrent que le taux d'échec de ces "supers cadres" est proche de 100% lorsqu'ils veulent monter une entreprise.

Ce que je dis est que l'on peut certes apprendre plein de choses dans une école de management mais que cela restera de la théorie. Le premier chainon est apprendre puis comprendre afin d'agir pour enfin enseigner.

Avec le temps, et l'avenir nous le dira, les écoles de management devront intégrer "la création d'entreprise" à leur programme sous peine de mourir. Aussi prestigieuse que soit une école, il lui faudra forcément s'ajuster à la demande du marché.

Quand l'ENA disparaitra nous aurons peut être le droit d'avoir de vrai patron à la tête de nos multinationales et non des fonctionnaires surpayés avec parachute en or tout en étant totalement déconnectés des résultats négatifs de l'entreprise.

Alors aussi prestigieuse et ancienne soit l'école, elle ne sera aucunement protégé par le libéralisme de la globalisation actuelle.

Peut-être, un jour enfin, on reconnaitra les valeurs d'un individu à ce qu'il est et non seulement au CV auréolé de diplômes prestigieux.

Et puis pour enfoncer le clou, plus de la moitié des entreprises du CAC 40 ont été créées par des autodidactes. Et puis aucune des personnes les plus riches du monde n'a fait d'école de management.

Frustré j'ai été car j'ai seulement réalisé que je m'étais fait tout simplement "plumé". La mariée était belle mais elle n'a pas vraiment donné ce qu'elle était censée apporter.

Il faut de tout pour faire un monde, et à ce titre, il n'y a ni inférieur ni supérieur mais seulement des sensibilités différentes dans un monde en éternel reconstruction.

En tout cas concernant Guillaume, il devrait allé se confesser à la chapelle de l'ESSEC. Je n'en reviens pas : quelle condescendance. Il devait souvent être absent au cours traitant des relations humaines. Comme quoi les grandes écoles devraient ajouter des modules à leurs formations... La politesse est à l'ame ce que la grace est au visage (Voltaire).

Ce qui s'applique aux écoles de management, s'applique aussi aux écoles d'ingénieur. Le côté pratique des choses, le quotidien n'est pas abordé: Comment travailler en groupe, comment convaincre, quid de la relation recherche-entreprises, qu'attend réellement un client, etc... etc...

Force est de constater que de la maternelle aux multiples bac+5, l'école n'a pratiquement qu'un seul objectif: former des sujets efficaces pour les grandes organisation de ce monde. Les profs qui poussent à la créativité, à l'inventivité, à sortir des sentiers battus, à prendre en considération le caractère unique de chaque individu sont particulièrement rares (cf Le Cercles des Poètes Disparus).

A ma connaissance, aucun école de niveau supérieur ne propose de modules sérieux à la création d'entreprise comme le dit Laurent. Il faudrait pour cela qu'elles intègrent un suivi pendant trois ans de chacun des projets créés et mesurent l'efficacité de leurs enseignements et appuis post-création. Il faudrait aussi qu'elles s'entourent, à part égales, de professeurs reconnus et académiques, et, de créateurs d'entreprise de moins de cinq ans.

Combien étaient-ils au tout début chez Apple ou Microsoft ? Deux! Le génie de Jobs ou de Gates résident-ils dans l'analyse des bilans ? Bien sûr que non. Mais si l'environnement américain est parfois favorable aux jeunes pousses (c'est l'université qui a prêter son matériel lors de la première année de Google), je doute que les écoles françaises sachent redescendre au niveau du sable et de la poussière tant leurs désirs de grandeurs les éloignent de la réalité du créateur.

Bonjour,

Beaucoup d'écoles de management, y compris l'ESSEC dispensent des cours dédiés à l'entreprenariat. Certaines proposent également des spécialisations dédiées à la création d'entreprise, ainsi que des incubateurs de sociétés.
L'APEC a récemment publié une liste (incomplète) des écoles proposant ce type de cursus.

Toutes les écoles de management (généralement encore dénommées écoles supérieures de commerce il y a quelques années) font de leur vitrine l'accès de leur diplômés aux postes dans des multinationales. La raison en est simplement que la multinationale possède un nom, une image de marque, sur lequel l'école peut capitaliser, et se vendre auprès de ses prospects, clients, et partenaires (futurs élèves, étudiants, entreprises...).

Aucune école ne peut aujourd'hui prétendre que tous ses élèves trouveront un poste de "manager" à la sortie de l'école. Il manque en effet à un jeune diplômé cette expérience, qui se développe au cours des années et très peu se retrouvent directement avec un poste de manager.
La plupart passent par la case "executive", et évoluent manager d'une équipe de 2 à 3 personnes au bout de 2/3 ans en fonction de leurs résultats, puis managers de managers, etc...

Bref, avant de passer "manager", tout le monde doit apprendre son métier, et les cours de management ne concernent bien sûr que les fondamentaux. Ceci étant, les écoles de management proposent bien plus que des cours magistraux, et notamment :
_Des travaux de groupe où l'on apprend non seulement à appliquer les théories apprises en cours, mais aussi à travailler en groupe, à gérer les conflits au sein du groupe...
_Des présentations orales, où l'on apprend à présenter son travail (BP, plan de financement ou autre) de manière efficace, et à le vendre
_L'investissement dans une activité sportive ou associative. Gestion de projet, organisation d'évènements, prospection commerciale d'entreprises partenaires, motivation des membres de l'association, là encore gestion des conflits, gestion de la trésorerie de l'association, gestion de la communication presse, des relations avec la direction de l'école, avec les autres associations...
_Les stages. Vous l'aurez compris, je suis actuellement dans une de ces écoles (non non, pas dans les 10 "premières"). J'ai acquis plus de 2 ans d'expérience au travers de stages (dans 4 pays différents), à diverses fonctions marketing et commerciales, dans des entreprises de 10 salariés maximum. Et il me reste encore un an d'études, pour obtenir un Bac+5 (où je pourrai encoure effectuer un stage de pré-embauche de 6 mois).
Si 2 ans ne valent pas 20 ans, les stages permettent d'obtenir une réalité du monde du travail, d'acquérir des méthodes et des comportements que l'on n'aurait pu gagner autrement. Bref, c'est aussi de l'expérience professionnelle. Beaucoup d'écoles proposent également l'apprentissage pour acquérir une expérience professionnelle et des connaissances "universitaires".

Ma conclusion est que OUI, pour être un bon manager, l'expérience est indispensable et NON, on ne peut pas tout apprendre dans un amphi.
NON, la valeur ajoutée des écoles de management modernes ne se mesure pas à leurs amphis mais à leur cursus et à leur pédagogie.
OUI les écoles de management modernes s'intéressent déjà à l'entreprenariat.

Quid pour finir : si elles ne préparaient pas à la création d'entreprise, pourquoi y aurait-il autant d'anciens et de professeurs de ces écoles sur ce blog ?

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