Comment faciliter l’appariement entre investisseurs et entrepreneurs ?
Par Carl-Alexandre Robyn (contributeur) - Ingénieur conseil financier
En allant bien plus loin que ce qui a déjà été tenté…
Les organismes existants d’aide à la création et au financement d’entreprise doivent avoir le courage de remettre en cause leur modèle et la volonté d’explorer des pistes audacieuses…
1) Développer l’activité de « coaching » pour les entrepreneurs
Une foule d’aspirants entrepreneurs ne parvient pas à obtenir de financement à la création simplement parce que les starters ne savent ni exprimer leur concept correctement, ni construire un argumentaire convaincant.
Les plus chanceux parmi les créateurs non retenus décrochent un refus poli tandis que les autres n’ont aucun feedback sur les raisons de leur élimination des procédures de sélection.
C’est bien dommage, puisque cette information en retour permet de mieux se préparer pour les approches ultérieures.
On rendrait un grand service aux candidats entrepreneurs en les formant aux négociations avec des business angels, en les accompagnant tout au long de leurs discussions avec des capitaux-risqueurs.
Cette formation spécifique aux porteurs de projet doit aller bien plus loin que la préparation des candidats à formuler des slogans accrocheurs du type « elevator pitch ». Dans le discours de promotion dans l’ascenseur, l’idée est de réussir à convaincre l’investisseur potentiel grâce à un argumentaire concis et percutant dans un laps de temps extrêmement réduit ; la durée d’un trajet unique en ascenseur.
Pour susciter la confiance en eux, il est nécessaire d’entraîner les futurs entrepreneurs à répondre aux questions inquisitrices des business angels, sans se laisser décontenancer…
En Europe, quelques réseaux d’investisseurs individuels proposent ce type d’accompagnement, malheureusement peu de porteurs de projet sont retenus pour bénéficier de ce coaching particulier.
1) Multiplier les possibilités de rencontres et de dialogue entre investisseurs et entrepreneurs
La sollicitation des investisseurs informels doit être plus constante.
Les business angels ont besoin d’être incités tout le temps pour être motivés.
Il faut donc multiplier les rencontres !!
Or les demandes instantes au travers des Business Angels Networks (BAN) sont trop espacées, trop formalistes, trop consensuelles.
Les forums du capital-risque, de la création d’entreprise ou du financement de celle-ci ne sont que des manifestations ponctuelles, annuelles. Une fois celles-ci terminées, le soufflé retombe.
Le problème avec les plateformes de rencontres existantes est qu’elles écartent beaucoup trop de candidats. La machine à trier les projets a opéré un grand nombre de coupes claires avant d’en arriver aux « happy few » invités à venir faire une présentation orale devant un public d’investisseurs potentiels.
Il faut admettre que les procédures de sélection sont, malgré bien des efforts, hautement subjectives. Ainsi, maintes fois dans le circuit formel, des projets pourtant prometteurs sont ignorés pour des raisons de forme et non de fond.
Quand on se focalise sur des projets à même de se calibrer dans un business plan classique et consensuel (pouvant convenir au plus grand nombre de membres du réseau), on coupe en fait une très grande part d’originalité des projets…
2) Exploiter les dernières innovations technologiques
Les réseaux officiels de business angels sont de type « matching » et ont pour vocation première de servir d’intermédiaire entre l’offre et la demande de capitaux.
La viabilité économique des réseaux classiques dépend du nombre des deals conclus grâce à leur concours.
Cependant, l’évolution des technologies Internet est telle que l’on observe une tendance généralisée vers la désintermédiation et vers la facilitation des relations interpersonnelles.
Cela va impliquer un changement fondamental dans le modèle économique des BAN.
La conséquence en est, que les BAN, comme tous les métiers d’intermédiation, doivent évoluer vers un apport plus important de valeur ajoutée s’ils veulent rester dans la partie.
Les nouvelles technologies informatiques et de communication (NTIC) devraient permettre de sortir les bases de données antédiluviennes des BAN actuels de leur léthargie et de faire un grand bond en avant vers la facilitation des relations interpersonnelles.
3) Impliquer davantage le grand public dans le marché des capitaux à risque
Beaucoup d’épargnants sont à la recherche d’alternatives de placements ou à tout le moins sont disposés à recycler une partie de leur patrimoine. Certains parce qu’ils ont été sensibilisés par la réussite spectaculaire de quelques business angels. D’autres, parce qu’ils sont plus simplement à la recherche d’une occupation ou de reconnaissance sociale.
Beaucoup de gens veulent rêver ou plus modestement partager les rêves d’autrui.
Si on permettait à tous ces individus d’investir des montants modestes dans un pot commun, par exemple un fonds public de capital à risque, ce serait là pour eux une façon simple et originale de se lancer dans l’aventure du financement d’entreprises.
Le fonds public dédié au capital-risque se chargeant d’investir l’argent récolté dans des sociétés non cotées en Bourse mais également dans de jeunes pousses.
Les épargnants auront ainsi la possibilité de superviser la progression du portefeuille d’entreprises privées géré par le fonds commun de placement en capital-risque et d’en apprendre beaucoup sur la façon de trier et de sélectionner les entreprises en phase de création ou de démarrage.
D’un point de vue macro économique, ce genre d’initiative augmenterait sensiblement la manne des capitaux à risque disponible pour les jeunes pousses, puisqu’au travers de l’achat de parts du fonds commun de placement, à un prix démocratique (par exemple 5 euros l’unité), l’épargnant aventureux deviendrait indirectement, à moindre coût et surtout à moindre risque un business angel.
Les perspectives d’implication du grand public dans le marché des capitaux à risque sont favorables si on se rappelle le succès de l’emprunt obligataire émis par le Fonds Starters en juin 2004 visant à renforcer les moyens d’action du Fonds de Participation. Cette émission obligataire, qui portait sur un montant de 65 millions d’euros, a été souscrite par plus de 120 000 épargnants et elle a même été clôturée anticipativement.




Bravo pour cette critique constructive et le bienfondé de la plupart de vos idées.
Une piste de réflexion m'intéresse plus particulièrement; un nouveau concept de BAN (Business Angels Network)est-ce envisageable dans un avenir proche? Je partage votre avis sur la médiocrité des outils existants.
Merci,
Thierry
Rédigé par: Thierry de Saint-Hilaire | 29 septembre 2007 at 14:51
Bonjour,
je viens de créer une entreprise qui est la solution exacte à l'ensemble de vos remarques. Avec un plus, la cohérence investisseur / entrepreneur, vraie clé de réussite pour l'avenir d'un projet. Je vous invite à aller voir mon site : www.audaciae.fr et à la disposition de tous ceux que le sujet intéresse ! Sébastien - 06 31 08 04 63
Rédigé par: Bonte | 09 octobre 2007 at 23:58