Par Patrick Rey (chroniqueur exclusif) - Consultant-Délégué Régional du Groupe ITG
Les créateurs que je vois habituellement sont des entrepreneurs individuels. Activité solo, lancement via portage ou non. Qu'ont-ils de commun ? D'où vient l'énergie qui les anime ? Que devient-elle ? Où va-t-elle ? On sait que les “serial” entrepreneurs sont d'incorrigibles explorateurs de nouvelles aventures. Aux Etats-Unis, rebondir après un échec est culturellement dans les gênes de l'entrepreneur. La récidive est un des traits de caractères de l’entrepreneur. Malgré les différences culturelles, il me semble que les créateurs en France sont dotés du même genre d'énergie renouvelable.
Il y a ceux qui envisagent de se lancer, suite à un conseil dans ce sens : bilan de compétences, accompagnement, etc. Il y a ceux qui se lancent, après avoir épuisé d'autres formes d'emploi, discriminés pour leur âge, ou pour d'autres a priori qui tombent sous le coup de la loi et que la Halde s'efforce de combattre. Dans ces deux cas, je ne vois pas d'emblée l'énergie renouvelable du créateur.
Trop souvent, les questions qu'il posent sont du style : est-ce qu'il y a un marché pour ce que je sais faire ? combien je peux facturer par jour ? quels sont les avantages des différents statuts ? si je suis “porté”, que se passera-t-il si je n'ai plus de missions ? est-ce que vous me licenciez ? etc. Centrage sur soi, crainte de l'inconnu. Sans être aussi déprimée que l'attitude des défenseurs des acquis sociaux — en pleine actualité en ce mois de novembre —, je me dis qu'ils ont besoin d'un processus de maturation, comme faire le deuil de son emploi, faire une analyse sérieuse du marché ou, en tous cas, faire monter ou avoir en eux cette forme d'énergie intérieure, prête à sortir, à s'exprimer, avec et pour les autres.
Or, justement, il y a aussi ceux qui ont cette envie en eux, pour divers motifs :

• Pour illustrer ce que disait Valérie Weill — dans une autre chronique ici même — j'ai observé des comportements différents en fonction des tranches d’âge : les jeunes, avec peu ou pas d'expérience professionnelle, ou seulement dans un cabinet de conseil ou une société de service. Impatients, parfois “inconscients”, ils ont souvent une énergie mal canalisée ; ils pensent faire l'éducation de leurs futurs clients. Attention, danger possible ! C'est une énergie d'entraînement. Elle convient mieux aux créateurs d'entreprises qui doivent se lancer à plusieurs, pour sortir un nouveau produit, mettre en place une activité complexe, entraîner les autres (associés, banquiers, fournisseurs, clients, co-équipiers).
• Ensuite, les 35-45 qui cherchent un second souffle, après avoir donné et appris en entreprise. Plus souvent des femmes, j'ai noté chez ces créateurs de solides atouts : encore assez jeunes, avec du vécu et de la souplesse pour s'adapter aux contextes des missions. Elles ont une énergie interactive. Une forte capacité de communication, de conviction, mais aussi des valeurs auxquelles elles croient et qu'elles vont partager avec leurs clients.

• Puis, les quinquas, davantage expérimentés, avec souvent une solide pratique de management humain, financier, commercial ou autre. Ceux qui n'ont pas été poussés au dehors, par la seule entreprise dans laquelle ils ont fait toute leur carrière, ont une énergie concentrée. Leur carnet d'adresses, leur réseau, le recul qu'ils ont su prendre par rapport aux modes de l'entreprise et du conseil, sont autant de “plus” par rapport à d'autres créateurs d'activité individuelle. A condition qu'ils aient clairement un “différentiateur” en terme d'offre de service ou de savoir-faire contextualisé.
• Enfin, les retraités, qui n'ont pas besoin mais envie d'entreprendre, de continuer à être utile ou de faire différemment, découvrant le conseil sur le tard. Ils ont une énergie assumée. Recul, sagesse, humour pour ne plus prendre les choses au premier degré.
Les deux derniers ont au moins une "expertise pointue" — une "pépite", comme dit ma collègue Nathalie Hâvre. Les deux premiers ont besoin de l'identifier. Les autres ont parfois aussi besoin de la préciser ou de la redéfinir. Telle est la mission des consultants délégués ou dirigeants d'ITG, parmi les intervenants sérieux du "portage salarial" qui redéfinissent leur plus-value comme celle de l'accompagnement actif de l'autonomie professionnelle choisie.
A tout âge, dans des contextes professionnels bien différents, avec des parcours personnels variés, on voit ce qui anime le moteur de la création : c'est bien cette énergie renouvelable, qui prend des formes différentes, mais qui part à la foi de soi pour aller vers l'autre et inversement. Ce renouvellement des flux, ce système de “feedback”, anime les créateurs moteurs, par opposition aux créateurs suiveurs.



Commentaires