Le Manifeste de l'Individualisme
Par Samir (chroniqueur exclusif) - "Jeune, Rebeu & Millionnaire"
Y en a marre.
Puisqu'il faut que quelqu'un le fasse, passe moi le mic' et pousse toi de devant. C'est vrai… je me suis fait une spécialité du pamphlet : le dernier en date est le « Manifeste de l'Equation Secrète » que tu peux également consulter dans sa version iPod ou slideshare… il est donc dans la nature des choses que je prenne ma plume pour dénoncer ce qui constitue une des plus importantes supercheries de la théorie managériale… un gadget de farces et attrapes vendu en masse par les Business Schools les plus respectables (Kellogg en tête)… de quoi s'agit-il ? L'EQUIPE. Nan…pas le journal… espèce de beauf ! Le concept. L'idée selon laquelle la somme des individualités d'un groupe est inférieure à sa valeur totale collective. Cette toxique vue de l'esprit qui porte aux cieux la performance du groupe dans ce qu'il a de multiple au détriment du TALENT dans son individualité.
Mais qui nous a rempli la caboche de ces inepties ? Les gourous du Management ? Ils ont, en effet, leur part de responsabilité : à écrire des bouquins comme « The Power of We », « Organizing Genius » ou encore « X-Teams: How To Build Teams That Lead, Innovate, And Succeed» ils ont contribué à l'établissement, dans l'imaginaire collectif, de l'idée selon laquelle « ensemble c'est mieux que tout seul ». Attends… même Marvel Comics est tombé dans le vice et s'est joint à cette cause minable : Batman, l'archétype même du héros sombre et solitaire qui maintient, à la force de ses seuls poignets, l'ordre et la justice dans la Gomorre qu'est Gotham City... en a été réduit à faire partie de la Ligue des Justiciers… quant à Wolverine (Serval pour les francophones), il n'existe qu'au travers des X-Men.
Que ces dames me pardonnent, je me dois de prendre un exemple tout droit tiré du monde du ballon rond. José Mourinho, pour qui j'ai la plus grande admiration, a tout gagné avec Porto et Chelsea avant de rejoindre l'Inter de Milan cette saison. Tout au long de sa carrière, l'autoproclamé « Special One » a consciencieusement noté dans un cahier toutes les leçons qu'il a apprises quand il était assistant coach de Robson puis Van Gaal. Le fruit de ses notes est précieusement conservé dans son laptop et constitue ce qu'il appelle sa Bible. Or, comment commence cette Bible ? « The team is more important than the player »… « L'équipe est plus importante que le joueur ».
Et moi je dis le joueur est plus important que l'équipe. Après Ayn Rand et son petit épitre « The Virtue of Selfishness », je viens, à mon tour, poser un morceau sur l'instru de la supériorité de l'individu sur le groupe.
La première banderille que j'assénerai à cette fausse idée sera celle de la Dream Team : un concept sans intuition (dans le sens philosophique du terme) puisqu'il fait du recrutement des meilleurs le préalable de la constitution de la meilleure équipe qui, prise dans son ensemble, écrasera toute compétition sur son passage. Ce n'est pas ce que nous enseigne l'histoire. Le Real Madrid des Beckham, Figo, Ronaldo, Roberto Carlos a été une des plus mauvaises équipes que les « merengues » ont jamais aligné sur un terrain. De fait, les égos de chacun, les primes de titularisation, les ambitions de meilleurs buteurs, meilleurs passeurs, l'envie d'être ballon d'or ou d'avoir un maximum de temps de jeu pour prétendre à jouer en équipe nationale… tous ces éléments combinés ont parasité la performance de ce qui aurait du être une machine de à gagner. Résultat : chacune des individualités de cette équipe du Real Madrid, même prises seules, était inférieure à ce qu'elles avaient été dans leurs clubs précédents. Tu veux un autre exemple ? La Dream Team de Basket Ball américaine… ces gens là sont des extra-terrestres dans leurs équipes respectives en NBA… Allen Iverson, Carmelo Anthony, Dwayne Wade, Kobe Bryant, LeBron James… n'ont pu collectivement reconquérir leurs lauriers que cette année aux jeux Olympiques de Pékin après des années de disette. Une contreperformance qui leur avait d'ailleurs valu le sobriquet « d'underachiever ».
Steve Wozniak a publié il y a de cela deux ans un semblant de biographie qui s'intitule iWoz. Pour les novices, Woz est le co-fondateur d'Apple avec Steve Jobs. J'ouvre ici une petite parenthèse pour en recommander la lecture à nos amis les ingénieurs… les vrais : ceux qui inventent les machines qui rendront nos quotidiens plus agréables demain. Les Leonardo Da Vinci obsédés par la poussée d'Archimède. Les inventeurs géniaux qui, petits déjà, construisaient des ponts levis électriques pour leur chateaux Legos à partir de la télécommande de la télé. Si tu te reconnais : iWoz est pour toi. Je referme la parenthèse. Que conseille le deuxième Steve d'Apple à ses lecteurs dans cette autobiographie ? TRAVAILLE TOUT SEUL. Pas en équipe. TOUT SEUL. Dans l'intimité de ton atelier de création/bureau/garçonnière. Oublie les autres. On ne crée rien de vraiment innovant en groupe… trop d'avis différents, trop de susceptibilités à gérer, trop d'opinions contradictoires dont il faut tenir compte pour apparaître comme le parfait « team player « consensuel.
F*ck consensus !
Apple domine aujourd'hui le marché parce que Jonathan Ive, le designer en chef est un dictateur. Pas un homme consensuel. Ratzlaff, un ancien designer de chez Apple confirme ce qui est devenu une ligne de conduite dont il ne se départit plus aujourd'hui : "Great design comes from dictators, not democracies"
Le meilleur des design trouve ses origines au milieu des dictatures… pas des démocraties.
Quand tu lis iWoz, tu sens que l'auteur a à cœur de corriger cette fausse croyance qui fait des deux Steve (Jobs et Wozniak) les co-créateurs de l'Apple I et l'Apple II. « C'est faux » dit-il… « je les ai crée tout seul ». Woz relève d'ailleurs que ses deux bébés ont été d'énormes succès commerciaux pour la marque à la pomme tandis que l'Apple III, crée par une équipe, a constitué un retentissant échec.
Pour finir, aux Etats-Unis on canalise les individualités en leur rappelant leurs responsabilités envers leurs équipes par l'utilisation de cet aphorisme There's no « I » in « Team ». Traduction: Il n'y a pas de lettre « i » dans le mot « team »… (N.B : pour les non-anglophones le « I » anglais est l'équivalent du « JE » français.) On utilise cette maxime philosophique de bazar pour faire comprendre aux jeunes talents du sport (ou du business) que le « JE » doit se fondre dans l'équipe… doit disparaître complètement au nom du collectif. En fait, on te fait comprendre que tu dois sacrifier ce don que t'as donné Dieu sur l'autel l'intérêt général.
On raconte quand Michael Jordan entendit cette phrase pour la première fois il répondit :
There is no « I » in team… but there is an «I» in WIN
Je dédie cet article à Hatem Ben Arfa, parce qu'il peut faire gagner l'OM à lui tout seul.




Très intéressant, Samir. A méditer. Surtout qu'au jour d'aujourd'hui et vu ma situation, c'est ce dont j'avais besoin de lire comme pour me rassurer.
Bon maintenant, "J"'ai des choses à faire et seul!
Rédigé par: Nabil | le 19 septembre 2008 à 09:57
Pas franchement d'accord avec toi Samir. Même si le fond est souvent exact, tu compares des melons avec des dattes.
Tu crois vraiment qu'une équipe de trompettes peut donner une équipe de génie ? Pas si sur. Bien sur, on a vu des équipes avec des joueurs "assez" anonymes "déchirer" comme celles de St Etienne de la grande époque ou celle du PSG version Roche/Leguen/Lama. C'est l'esprit d'équipe qui a permi à ces joueurs de sortir de la masse. Mais comparer le sport avec l'entreprise est un pari risqué, osé mais il a été courageux de le franchir.
Cela fait trois ans que je lutte pour monter mon site de podcasts en langues Arabe, Française et Anglaise mais je n'ai pas d'équipe stable, ni véritabelement fiable. La faute à un manque de moyens chronique qui ne nous a pas empêcher de proposer plus de 800 émissions avec environ une dizaine d'animatrices/animateurs.
Mais devant passer à la vitesse supérieure, c'est à dire à un business plan, le hic sera peut-être l'équipe. Virtuellement elle est présente, mais dans les faits cela n'est pas aussi clair.
L'équipe est intéressante dans son approche de sigma de talents complémentaires non phagocytaires.
Il faut des individualités dans une équipe et c'est peut-être cette sauce qui est difficile à faire monter.
Qu'importe que l'on ait les ingrédients, si l'on a pas la bonne recette.
Bien à toi.
Rédigé par: Skeuds | le 19 septembre 2008 à 10:48
La même on va dire... Depuis des années on me saoule avec le travail en team, les synergies, l'échange...
Moi quand je dois taffer en équipe j'essaye tout de suite de définir ce que moi je dois faire et voilà comme ça je bosse dans mon coin. Certains diront que je loupe des opportunités d'échanges intéressantes. Peut-être mais je la préfère en solo.
Ça me fait penser l'année dernière à l'étranger, mon groupe de travail se faisait engueuler parce que certains membres n'avaient pas fait le nécessaire. Vu que moi ça allait on m'a demandé pourquoi je n'avais pas jeté un oeil au taff des autres pour le corriger, ce à quoi j'ai répondu: "c'est pas trop mon pb, je fais confiance aux autres, je fais ma part, ils font la leur".
On m'a regardé bizarrement puis on m'a dit: "OK mais ici ça ne se passe pas comme ça".
Peut-être mais avec moi si! J'ai besoin d'être seul pour être performant!
Rédigé par: Madizm | le 19 septembre 2008 à 10:52
Salut Samir,
Je suis pas sûr que la dédicace à Hatem Ben Arfa soit la meilleur, surtout pour un sport comme le foot.
Je sais de quoi je parle je suis lyonnais ;)
Il est capable de faire gagner l'équipe quand il joue pour l'équipe (n°10).
Mais il est aussi (et surtout ?) capable de pourrir le vestiaire et donc le moral d'un équipe tout en passant au travers de ses matchs.
Sa dispute avant Liverpool avec M'Bami et son match pitoyable parlent pour moi. Sans compter que M'Bami s'est troué tout comme Zubar qui s'était mêlé des histoires des 2 précédents.
Le foot est vraiment un mauvais exemple pour ton argumentaire, d'ailleurs tu n'as pas su trouver quelque chose à dire basé sur ce sport qui aille dans ton sens.
J'irais même plus loin, en foot, si un mec malgré tout son talent n'admet pas qu'il peut exprimer son talent grâce au travail de ses co-équipiers, il va se faire lâcher par ceux-ci.
Et ça vaut aussi pour Apple, sans tous les salariés d'Apple pour vendre les produits créés, la création en elle même ne vaudrait pas grand chose, ou tout du moins nettement moins que ce qu'elle vaut pour Apple actuellement.
Donc pour finir j'en reviendrais à Mourinho ou Puel dont l'idée est de dire qu'avec un collectif bien en place, les individualités auront plus de liberté pour s'exprimer et faire la différence. Et je pense que ça se vérifie dans de nombreuses équipes, y compris dans le monde du travail.
Rédigé par: Mickael | le 19 septembre 2008 à 10:54
Mais c'est qu'il va nous pourrir notre vie pro celui-là avec son article spéciale dédicasse au casse c... qui travaillent dans leur coins comme des manches. Oui car des manches y'en a à revendre dans l'entreprise. Le but du travail en équipe s'est de gommer les brelles, les manches, les fainéants, les boulets, les impétueux (aussi), les dingues... Bref travailler en équipe a ces désavantages comme le consensus permanent, la communication à outrance, la réunionnite, etc.. Mais tous cela permet d'avancer d'un seul homme dans une même direction. Tu fais, dans ton articles, deux postulats faux qui forcément biaise le débat. Tu considères que tu es bon et que ceux qui bossent avec toi sont . Ensuite tu prends des exemples ou tu peux travailler seul. Quand tu travailles sur un projet de 3000 jours/homme, tu te dois de bosser avec les autres et les autres c'est parfois l'enfer...
Bref j'en déduis qu'il doit être très difficile de travailler avec toi puisqu'on ne peut travailler avec toi mais pour toi en somme.....
Rédigé par: jérôme | le 19 septembre 2008 à 11:23
Très bon comme dab! j'espère q'un jour sortira un recueil de tes articles les plus intéressants. Merci
Rédigé par: YvooBoy | le 19 septembre 2008 à 11:36
Oulala en voilà un qui sort du rang et qui ose dire tout haut qu'il est individualiste et f£%k la team et ses boulets. Et bien la réponse toute prête est "ta gueule chui riche"
Effectivement d’acc avec toi Sam, pkoi me trainerais-je des boulets, qui m’ont freiné dans mon ascension au sommet de la boite parce qu’à l’époque je n’avais que 24 ans.
Dédicace à ces managers à 2 balles qui se pensait t’apprendre la vie parce que eux, suceur de haut niveau et lèche-cul 3è grade avait 10 ans de plus.
L’expérience n’a rien à voir avec l’ancienneté, si pour monter je dois me trimballer les 2000 peigne-cul de ma boite alors f$%k la team.
En revanche une équipe choisie et avec effectif très limité et où chacun à clairement son rôle avec résultats mesurables…alors là ptet effectivement que 1+1 = 3.
Dans une team si tu accomplis les 3/4 du boulot et les autres le 1/4 personne ne l'admettra vraiment.
Attention individualiste ne signifie pas solitaire, c’est juste une question de stratégie.
Si je reste dans la formule mathématique,
Dans la team : dans le meilleur des cas 1+1 = 3 ==> 1,5 / tête,
Seul : 1+1 ==> 1 pour l’autre et 2 pour moi.
Rapporté à qq millions…
Rédigé par: 500000dolperyear | le 19 septembre 2008 à 12:34
Salut Sam,
No Man is an one man team...
Chose désolante que MJ a appris a ses dépens entre 1984 et 1990 ou il n'a remporte aucun titre en se croyant King of the Bulls
Rédigé par: Andy | le 19 septembre 2008 à 16:21
Salut Mickael,
Merci pour ton commentaire.
Tu es lyonnais: permets-moi de mettre ta réaction sous le coup de l'émotion... c'est vrai, perdre un joueur comme Hatem pour à peine 12 millions alors que sa valeur estimée tournait autour de 25 millions d'euros. Ce garçon est un génie. Les génies, c'est bien connu, sont difficiles à gérer et instables: Rimbaud, Garrincha, Allen Iverson, Cantonna, Maradonna, Abou Nowas (le poète arabe), Michel-Ange, Mozart,j'en passe et des meilleurs. Les artistes sont des écorchés vifs, certains puisent même leur génie de leurs blessures. Alors, si l'expression de ce génie passe par le pourrissement d'une ambiance d'un vestiaire (ce qui reste à prouver), c'est peu cher payé. Entre Juninho qui pleurniche parce qu'on n'accorde pas la déférence qu'il exige à ses 34 printemps, et la 9ème symphonie de Beethoven composée par la patte gauche du diable, mon choix est vite fait.
Pour ce qui est de M'Bami et Zubar, tu es un peu hors-sujet... ils sont responsables de la défaite de l'OM contre Liverpool, certes, mais ce n'est pas le sujet.
Concernant Apple, ton argument ne porte pas. Dans toutes entreprises tu as les créateurs qui sont peu par définitions, et le reste des employés qui sont des variables d'ajustement uniquement utilisés pour faire de la vision d'un Steve Jobs ou un Jonathan Ive, une réalité profitable. Les employés d'Apple ne sont que des abeilles ouvrières... de petites mains qui s'affairent... pas des cerveaux qui inventent.
Rédigé par: Samir | le 20 septembre 2008 à 00:36
Comme dit sur ton blog, Ben Arfa (tu sembles intime avec lui pour l'appeler Hatem ;)) n'est pas du tout un génie. Ce joueur sera très vite oublié. IL a fait quoi de génial ? RIEN pour l'instant. Si tu spécules sur l'avenir, on verra bien. Pour l'instant, il ne vaut pratiquement rien de positif pour l'OM. A par croquer la balle et oublier son équipe...
Rédigé par: Nas | le 20 septembre 2008 à 09:48