Par Samir (chroniqueur exclusif) - "Jeune, Rebeu & Millionnaire"
Nous avons tous en tête un nombre restreint d’évènements qui ont été des tournants dans notre vie : une rencontre avec un homme, une femme… ou un livre. La création d’une entreprise… ou sa mise en liquidation. La paternité d’un enfant… ou celle d’un produit, d’un brevet qui, pour certains, méritent les mêmes égards que le fruit de leurs entrailles… « c’est mon bébé » entend-on parfois de la bouche d’un ingénieur, fier de sa trouvaille scientifique. C’est toujours plus acceptable que la réciproque qui ferait du nourrisson un produit soumis aux contraintes du Lean Manufacturing… spéciale dédicace aux parents qui transforment leurs progénitures en chevaux de compet’ : cours de piano, de danse classique, équitation le dimanche, piscine le samedi, cours particuliers de grammaire et d’orthographe… ou comment compenser la médiocrité de sa propre vie en lestant les épaules d’un gamin du fardeau de vieilles ambitions frustrées.
Mais je me disperse.
Tous , disais-je, nous avons vécu un instant de grâce qui a radicalement changé notre façon d’être. C’est la succession de ces moments « d’éveil » et la capacité à en faire la synthèse qui distinguent les entrepreneurs taillés dans le marbre dont on fait les statues de ceux sculptés dans une faïence dont on fait les lavabos.
Tu veux un exemple ?
Prenons une de ces fameuses statues au hasard… celle d’Abraham Lincoln qui trône au beau milieu du Lincoln Memorial à Washington D.C. OK… j’avoue que ce n’est pas vraiment un hasard : depuis l’élection de Barack Husseïn, je me suis intéressé à l’Histoire des Présidents américains… après avoir survolé la vie des pire d’entre eux, dont celle de « double you », je me suis attardé sur celle de ceux que le consensus des historiens considère comme les plus marquants : les deux Roosevelt, Wilson, Washington et Lincoln qui est systématiquement classé en tête des MTV Charts. Force est de constater que ce dernier, avant de devenir le vénérable 16ème président des Etats-Unis que l’on sait, a ga-lé-ré sa mère. Quand on regarde le parcours de celui qui fut d’abord un avocaillon de Springfield (rien avoir avec les Simpsons) puis la superstar du barreau de Chicago façon Karim Achoui, pour enchaîner sur une carrière politique qui fût, en réalité, une longue succession d’échecs… on ne peut s’empêcher d’avoir mal à sa place… on ne peut s’empêcher de l’admirer profondément.
En 1816, sa famille a été expulsé de leurs maison, il a dû commencer à travailler pour les soutenir financièrement. Sa mère meurt en 1818. Il échoue comme fermier en 1831 quand il s‘essaie au business de l’agriculture. Il se présente aux élections de la Législature d’Etat en 1832… et perd. Il en profite pour perdre son emploi la même année et de se faire refuser à l’Université de Droit. En 1833 il emprunte de l’argent à un ami pour monter une entreprise et fait faillite avant que l’année ne se termine… il mettra dix sept ans à rembourser son ami. En 1835 célèbre ses fiançailles avec l’amour de sa vie… elle meurt et son cœur se brise. En 1836 il est victime d’une grave dépression nerveuse qui le clouera au lit pendant six mois. En 1836 il tente de devenir porte parole à la Législature d’Etat mais se fait battre dans la course à ce poste. En 1843 il se présente aux élections du Congrès et perd. Il y sera élu en 1846 mais perdra de nouveau quand il tentera de se faire réélire en 1848. Il tente de briguer un poste de sénateur en 1854 et échoue. En 1856, il présente sa candidature à la Vice Présidence durant la convention nationale du parti Républicain et perd encore… il récolte moins d’une centaine de voix. En 1858, le retente sa chance au Sénat… nouvel échec.
En 1860, il est élu Président des Etats-Unis.
….
De quoi tu te plains déjà, toi ?
P.S : Je crois que c’est Camus qui disait que « la bêtise insiste toujours ». Comme quoi, on peut être Prix Nobel de Littérature, et dire n’importe quoi


Très bon camarade
In other words,quand on part dans la vie avec un gros déficit du compte Résultat, quand alentour nul réseau pour vous faciliter les choses ; alors, tel le marathonien kenyan, il ne te reste plus que ta capacité à t'acharner pour parvenir à tes fins.
Très bon le sytle, ça fait plaiz ! ;)
Rédigé par : mohamed | 19 février 2009 à 09:45
Bref, on peut résumer le tout par deux mots: "American Dream". Ou la glorification de l'endurance et de la persévérance face aux échecs à répétition et aux obstacles incessants. Et ça marche très bien aux USA. Malheureusement, c'est beaucoup moins reconnu en Europe de l'Ouest, d'où peut-être la fameuse phrase de Camus, citée en bas de l'article.
Si d'un côté de l'Atlantique, l'important n'est pas tant la réussite que la capacité à rebondir après ses échecs pour atteindre un objectif (principalement, devenir riche et célèbre), de l'autre, on a tout simplement pas droit à l'échec! La moindre chute et vous vous retrouvé décrédibilisé pour un bon moment. Il faut alors sacrément ramer pour regagner la confiance de ceux qui vous ont soutenu une première fois. Pire, si vous insistez, eh bien, comme Camus, on vous dira que votre entêtement ridicule, bref votre bêtise, n'a pas de limite!
Rédigé par : Ariane | 19 février 2009 à 10:49
Je suis lycéen dans un lycée, enfin plutôt une classe difficile. Et bien merci pour cette article qui m'a remotivé. ;)
Rédigé par : Renesis-3 | 19 février 2009 à 14:33
Mohamed: Thanks mate ;) Keep up the good work with "qui fait la France"
http://www.quifaitlafrance.com/
Ariane: comment dire? Tu m'as enlevé les motes de la bouches jeune fille
Renesis-3: Je suis content d'avoir été ta vitamine C aujourd'hui
Rédigé par : Samir | 19 février 2009 à 15:17
Merci pour l'électrochoc de la journée samir !
Rédigé par : Thibaut De Saint Florent | 19 février 2009 à 17:22
Le magazine "courrier cadre" dans un de ces numéros de 2008 avait édité un numéro sur la discrimination à l'embauche et traitait de l'inégalité des chances (ou un thème similaire). Il était démontré que certains facteurs empêchaient la réussite : milieu social, famille nombreuse, absence de lecture etc ...
Cependant, il apparaissait tout de même que dans les facteurs de réussite dans l'accès aux fonctions de cadre, le numéro 1 reste la motivation, et bien loin après les compétences.
Des lectures sur le thème : Pierre BOurdieu (les héritiers) et Boudon (l'inégalité des chances) et pour ceux qui aiment "financiariser" tous les domaines (n'est ce pas Samir ?):
"Avec une approche individualiste méthodologique, Raymond Boudon affirme que L'Inégalité des chances (Armand Colin, 1973) vient de ce que les différents milieux sociaux n'ont pas la même estimation des coûts, des avantages et des risques de la poursuite d'études. Les familles populaires vont surestimer les coûts (pécuniaires mais aussi sociaux, comme l'éloignement des valeurs familiales) et les risques des études longues. Elles sous-estiment aussi leurs avantages. Ainsi, ces familles et leurs enfants vont s'autolimiter en choisissant des filières courtes. A l'inverse, plus l'origine sociale de la famille est élevée, plus elle tend à favoriser un cursus scolaire long pour ses enfants. C'est ainsi que l'« effet de dominance » (impact de la famille dans le choix des études et la position sociale) prend le dessus sur l'« effet de méritocratie » (influence du diplôme sur la position sociale)..."
Pour Bourdieu, chaque participant au jeu social dispose de ressources, largement léguées par les parents.
Ces ressources sont assimilables à des CAPITAUX.
PARENTS =========== > ENFANT
CAPITAUX ( culturel, éco, social )
CAPITAL CULTUREL : ce sont les connaissances comme la maîtrise de la langue (« le choix du mot juste ») l’amour
de l’Art ⇒ cela est utilisable principalement à l’école
CAPITAL ECONOMIQUE : Ce sont l’ensemble des ressources matérielles ( Rev + Pat )
Ex : la transmission de l’outil de travail
CAPITAL SOCIAL : C’est l’étendue des relations sociales
Ex : « on hérite d’un carnet d’adresse », les clubs fréquentés…
Rédigé par : eSlave | 20 février 2009 à 15:03
Les sources :
http://www2b.ac-lille.fr/seslille/outils/term/eds/dossier/ecole.pdf
http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=12397
Rédigé par : eSlave | 20 février 2009 à 15:04
Cela me fend le coeur de voir Camus contredit...peut-être que la phrase d'Albert ne s'applique pas à Lincoln, qui a plutôt eu l'intelligence de persévérer que la bêtise d'insister?
Bel exemple Samir, un tragédien grec aurait voulu écrire le destin contrarié d'un héros antique qu'il n'aurait imaginé autant de vicissitudes pour le même homme.
Même son entrée dans la franc-maçonnerie ne s'est pas faite, il a été assassiné avant.
Et pour ce qui est des présidences américaines, on peut dire qu'après Lincoln, le déluge...
Rédigé par : Malak | 20 février 2009 à 23:23
Malak: si seulement Camus n'avait dit qu'une bêtise!
Rédigé par : Samir | 21 février 2009 à 15:22
@ Samir
Je ne me résouds pas à lui jeter la moindre pierre, une autre sorte de bêtise insistante probablement.
Rédigé par : Malak | 22 février 2009 à 01:32