Par Samir (chroniqueur exclusif) - "Jeune, Rebeu & Millionnaire"
Un lecteur de JR&M, perplexe quant à la suite à donner à sa carrière, a récemment laissé un commentaire sous forme de question sur mon blog : « as-tu un conseil d’orientation à donner pour un profil ingénieur + Science Po ». Ma réponse, bien que sincère, fut lapidaire : « fais ce que tu aimes… mais surtout ne le fais pas en France ». La première partie de ma réponse est une lapalissade. La seconde est une idée force que je développe maintenant depuis deux ans.
En me relisant, je me suis mis dans la peau de ce lecteur qui cherchait peut-être un peu plus que les platitudes que je lui avais assénées. Il m’attendait surement dans la profondeur d’une démonstration et j’en étais resté à sa surface. C’est une chose que de dire « fais ce que tu aimes »… c’en est une autre que de donner un sens à cette formule. J’aurai pu, par exemple, appuyer mon argument en invoquant la sagesse plusieurs fois millénaires de Confucius : « Trouve un travaille que tu aimes, et tu ne travailleras plus jamais », mais la « persistance rétinienne » de l’aphorisme est toute relative. Rien ne vaut une belle histoire pour illustrer un principe. Cet article est donc, pour moi, comme une séance de rattrapage pour n’avoir pas eu la délicatesse d’argumenter mon point de vue.
S’il est une histoire que j’aime pour montrer l’importance de faire ce que l’on aime (au lieu de, trop souvent, faire ce l’on doit), c’est celle de Joseph Campbell. Diplômé de la Columbia University de New York, Joseph Campbell voulu se spécialiser en Mythologie Grecque pour laquelle il s’était passionné (il était également épris d’Histoire des religions et de mythologies amérindiennes). Il voulait poursuivre son doctorat en croisant des analyses sur l’art, la littérature et la psychologie pour fonder une nouvelle vision des mythologies. Quand on lui répondit gentiment qu’une telle entreprise ne pouvait être soutenue par le corps professoral de Columbia (nous étions alors dans la première moitié du XXème siècle), Campbell ne s’en formalisa pas et décida de tirer ses propres plans. Il commença par renoncer à obtenir son doctorat puis s’isola, tel un ermite, dans une habitation reculée de l’Etat de New York à Woodstock. Seul, entouré de milliers d’ouvrages, il passa toutes ses journées à lire de 9h du matin à 7h au soir.
Cinq années plus tard, il émergea de cette période d’isolement plus instruit que quiconque sur les disciplines qu’il vénérait par-dessus tout. Les individus qui le rencontraient alors étaient saisis d’étonnement quand ils l’écoutaient discourir sur l’importance du Héros dans les mythes et des archétypes bien définis dans la façon dont chaque civilisation retraçait le parcours de ses grands hommes. Ses théories radicales bousculaient, qu’il défendait avec une passion et une érudition qui fascinaient, lui avaient valu d’être invité à plusieurs reprises au Sarah Lawrence College. D’un séminaire à l’autre, Campbell se réveilla une trentaine d’années plus tard, professeur émérite de la même école qui lui avait donné sa première chance, auteur de dizaines d’ouvrages et d’articles qui faisaient le respect de ses pairs.
Joseph Campbell a préféré défier la sagesse populaire et se consacrer à sa passion. La discipline qu’il voulait exercer à l’époque ne portait pas de nom, n’était sanctionnée par aucun diplôme et ne possédait, selon les professeurs de l’époque, aucun avenir académique. Quand tout le monde lui conseillait de s’orienter vers ce qu’il pouvait faire au lieu de persister à se spécialiser dans ce qu’aucune Université n’offrait en termes de cursus, Campbell préféra tourner le dos à l’Université… pour mieux y revenir plusieurs années plus tard, auréolé du titre de professeur et de théoricien génial d’une discipline qu’il avait lui-même créée.
C’est peut être là la seule vraie caractéristique de l’entrepreneur : faire ce qu’on aime quand le monde entier nous rappelle ce que l’on doit.


Salut Samir,
Si vrai...
Andy
Rédigé par : Andy | 17 avril 2009 à 11:30
what a beautifull mind ! :)
Rédigé par : A.M | 17 avril 2009 à 22:55
La philosophie du “Suivez votre bonheur” de Campbell fut inspirée par le personnage Babbitt, issu de la nouvelle éponyme de Sinclair Lewis, qui dans la dernière page du livre, se lamente : « De toute ma vie, jamais je n’ai fait une seule chose que j’ai réellement voulu ! Je ne crois pas avoir accompli quoi que ce soit si ce n'est d'avoir réussi à subsister. Je me rends compte que je n’ai pas fait la moitié du quart des choses qu'il m'ait été possible de faire. Eh bien, peut-être accomplirez-vous plus de choses. Je n'en sais rien. Mais j'éprouve une sorte de plaisir honteux de savoir que vous saviez ce que vous vouliez faire et que vous l’avez réalisé. Bien, ces gens ici essayeront de vous intimider, et de vous rabaisser. Dites-leur d’aller au diable ! Je vous soutiendrai. Prenez ce travail à l’usine, si c'est ce que vous désirez. Ne soyez pas effrayé par votre famille. Non, ni par les habitants de Zénith. Ni par vous-même, comme je l'ai été. Avancez, vieil homme ! Le monde est à vous ! ».
Merci Wikipédia .. et merci Campbell !
Rédigé par : MiKE | 18 avril 2009 à 07:54
J'aimerais juste savoir comment il a subsisté durant ces 5 ans à lire ?
Rédigé par : Mogore | 31 mai 2009 à 19:42
c simple kan tu as l ame d un chercheur qui c pas ce qui cherche mais qui est persuader de trouver un jour ben bizarement tu fini par
compresser le temp sans t en rendre compte en fait pour lui c 5 ans sont 1 an pour le commun d mortel
Rédigé par : ksarod | 05 juin 2009 à 21:38