Par Samir (chroniqueur exclusif) - "Jeune, Rebeu & Millionnaire"
Il m’arrive
souvent de lire les emails de jeunes entrepreneurs de Banlieues et de Navarre
dont l’appétit de réussite emporte tout sur son passage. Tellement, que c’en est
à se demander s’ils ont l’estomac d’un seul homme ou les sept panses d’une
génisse. Ils ont l’impatience de la jeunesse qui leur donne l’impression de
tout pouvoir, le droit de tout faire et la capacité d’exécuter ce
« tout »… tout de suite. Ils ont lu les « bons » livres,
fréquenté les « bonnes » conférences et parlé aux « bonnes »
personnes …
Ils ont
toujours sur eux une copie de leur business plan qu’ils vendent au tout-venant…
de la maman à la boulangère et du Business Angel au chauffeur de Taxi. L’un d’entre
deux vint un jour me soumettre son idée sur Gmail Chat. Il me parla du marché,
de la concurrence, d’une demande latente qui ne demandait qu’à être satisfaite,
de communication tous azimuts, de campagnes de publicité qui quadrilleraient la
Toile en faisant « tapiner » Google Ads… et plus il m’expliquait sa
stratégie, plus je le voyais s’aventurer dans les méandres de sa formulation…
au risque de sacrifier le futile au fondamental…
Le produit.
Un business
plan médiocre fait du produit un élément annexe de la stratégie. Un bon business plan met le produit au cœur
de la stratégie. Un business plan « hors-norme » fait du produit la
seule stratégie.
Quand j’étais
petit, il y avait un snack dans la zone commerciale du quartier. C’était avant
que le bon vieux « Grec » ne truste la position de sandwich préféré
des français après le Big Mac (ou le Filet o Fish, c’est selon). Je me souviens
de ce petit local de fortune dont les murs abimés faisaient penser à ces
façades beyrouthines criblées de balles. A l’intérieur, la décoration était
spartiate : une table et deux chaises. Ce minimalisme de convenance faisait
de la vente « à emporter » le choix par défaut de la grande majorité
des clients. La table était toujours occupée par un tunisien obèse qui tenait
compagnie au patron la journée durant. Les options pour se désaltérer étaient
réduites à peau de chagrin : la seule alternative à l’eau du robinet
présentée dans de gigantesques pichets, était ce mauvais cola « interdit
aux femmes enceintes »et stocké dans un frigo qui délivrait des bouteilles
tièdes. Le patron, un sétifien qui ne s’embarrassait jamais de formules de
politesses t’accueillait invariablement par un « keské ti
vou ? » qui relevait plus de l’injonction du tribunal de grande
instance que de la politesse commerçante.
Et pourtant
il y avait toujours la queue devant le snack du quartier.
Pourquoi ?
A cause du « Spécial ». Le « Spécial » c’était ce
« casse dalle » démesuré double steaks, salade, cheese, oignons
grillés et sauce blanche. Le sandwich était tellement gras que le papier dans
lequel il était enveloppé devenait translucide presque instantanément. Il
contenait assez de calories pour nourrir tout un village éthiopien. C’est bien
simple : si le « Spécial » existait encore, il serait blacklisté
par www.mangerbouger.fr
Avec mes
potes on a fantasmé d’abord sur le Spécial avant de ne le faire sur les meufs
de magazines. Le goût était tout simplement indescriptible… le pain
délicieusement croustillant. C’était tellement bon que certains n’hésitaient
pas à ramasser le morceau de viande malencontreusement tombé au sol pour
l’engouffrer goulûment sans se poser la question du caractère hygiénique de son
geste. Je me souviens qu’après nos matchs de foot nous nous cotisions à deux ou
trois pour nous payer le « Spécial ». S’ensuivait une intense négociation
et un partage au millimètre près : c’était à qui aurait le quignon de
pain, ou le plus de viande et d’oignons. Tout le monde connaissait le
« Spécial »… jusqu’aux quartiers environnants dont les habitants
faisaient des kilomètres pour pouvoir avoir le privilège de faire la queue
pendant 30 minutes.
Le patron
sétifien se foutait de la relation client. « Ti pas coutent ? Va
acheti kebab a couti »
Il se
foutait de la publicité. On la faisait pour lui… et la queue devant son échoppe
était mieux qu’un « trois par quatre » dans le RER.
Il se
foutait de la concurrence. Le Spécial était hors catégorie.
Il se
foutait de la stratégie. Sa stratégie, c’était son produit.


Salut Samir, bon article encore une fois.
J'aime bien comment tu utilises des exemples de situations passées ou en cours pour faire passer le message.
Rédigé par : Nabil | 19 juin 2009 à 14:34
Ceci dit, je doute que ce fameux Snack ait suscité la création de franchises partout en France et dans le monde.
Donc on a toujours besoin de marketing et de business plan, même si le produit est excellemment hors-norme.
Rédigé par : Renesis-3 | 19 juin 2009 à 19:01
Hey correct, il a déclaré la création de franchises en France et dans le monde entier.
Rédigé par : Contrôle des Coûts sur les projets | 20 juin 2009 à 11:40
Excellent article, mais combien y as t'il de produit "exceptionnel" de ce genre aujourd'hui sur le marché ?
Avec un peu d'effort pour améliorer l'"écrin" : la boutique, la propreté, la relation client, etc. Il aurais encore eu plus de succès tu ne pense pas ?
Je suis d'accord avec toi sur le fait que le produit est la BASE d'un bon business. Mais les "à côtés" sont aussi très important pour fidéliser le client et qu'il se sente dans une relation gagnant/gagnant.
Pierre
Rédigé par : Pierre | 28 juin 2009 à 16:56