Par Samir (chroniqueur exclusif) - "Jeune, Rebeu & Millionnaire"
La plus
grande crainte de l’homme n’est pas la mort. Ce que l’homo sapiens craint
par-dessus tout c’est de prendre la parole en public. Ce n’est pas moi qui le
dis mais des chercheurs très sérieux. Le genre de vieux scientifiques dont le
corps malingre n’est que l’appendice d’un cerveau bodybuildé. Selon eux
toujours, sur une échelle de 1 à 10 où l’Exorciste est à 7 et la tête de
Rachida Dati au réveil à 9, l’idée de milliers de paires d’yeux braquées sur
soi durant une présentation culmine à 15.
Les symptômes
de cette grippe d’un autre genre sont connus : la goutte de transpiration
qui perle sur ton front, les sueurs froides qui parcourent ta colonne
vertébrale comme du 220V, les baffes 2 X 150W qui font leurs apparitions
sous tes bras ou encore ce tremblement irrépressible de la main droite qui t’a
valu le surnom de « vache folle »… tu t’es reconnu(e) ?
Les
raisons qui expliquent cette paranoïa sont nombreuses. D’autres que moi ce sont
répandus sur un sujet qui appartient plus aux psychologues qu’ils sont, qu’au
philosophe de comptoir que je suis. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un avis sur
le sujet… et selon moi, la raison fondamentale qui nous fait redouter le
discours devant une audience, c’est la peur du jugement des autres. Ce n’est
pas la crainte de mal faire qui nous tétanise, c’est celle d’être jugé à
l’emporte pièce et pour certains, monter sur une estrade est aussi éprouvant
que de se présenter à la barre d’un tribunal. Qu’ils soient les jurés pouvant
prononcer à ton encontre une accusation à perpète où les camarades de ta promo,
quand tu te présentes devant eux, c’est tout le poids de leurs regards
inquisiteurs que tu sens sur toi.
« Vont-ils se moquer ? Que vont-ils penser de moi ? Vais-je leur plaire ? »
Tu peux
aisément transposer ce cas de figure à l’entrepreneuriat. La peur
d’échouer est souvent parasitée par celle du ridicule que l’on peut ressentir à
présenter son idée à un cercle d’amis, à un Business Angel ou à des Venture
Capitalists.
« C’est
l’idée la plus stupide que j’ai jamais entendue »
« Tu
vas foutre ton pognon en l’air ! »
« Honnêtement…
je te croyais plus intelligent que ça… ne le prends pas pour toi,
surtout ! »
Pour qui
dois-je alors le prendre, connasse ?
C’est
vrai, certaines critiques sont formulées pour le simple plaisir de faire mal et
d’enfoncer l’autre. En ce contentant d’un « je déteste ! », d’un
« Super décevant ton truc », on fait tout sauf nourrir le débat. On
blesse parce qu’on aime voir du sang par terre. Aucun feedback constructifs.
Aucune pistes d’amélioration suggérée. On n’explique pas pourquoi « on
aime pas » et en cela on fait montre d’une couardise honteuse… c’est
difficile d’argument contre un simple « c’est nul ».
Ces
critiques là sont les pires. Ceux et celles qui n’ont pas la fortitude
mentale de persister malgré ces parasites sonores, voient leurs idées
massacrées dans l’œuf. Le remède contre ce poison est à la fois d’une
simplicité enfantine et extrêmement difficile à mettre en œuvre. Il faut faire
un travail sur soi conséquent pour arriver à ce sommet du développement
personnel. Il s’agit de l’ataraxie. Il faut remonter aux écoles philosophiques
de la Grèce Antique pour trouver les racines de ce concept. Les épicuriens, les
stoïciens et les sceptiques en avaient fait leur Graal. L’ataraxie correspond à
un état de profonde quiétude où rien d’extérieur ni d’intérieur ne peut venir
troubler les eaux calmes de ton esprit (non tu n’es pas dans un cours de Yoga).
C’est « l’indifférence » au reste du monde (et à ce qu’il dit et
pense) que Pyrrhon enseignait à ses disciples. Deux anecdotes (ou légendes)
nous montrent comment le fondateur du Scepticisme s’appliquait ce principe à
lui-même : on raconte, qu’un jour, il passa sans sourciller à côté de
sables mouvants dans lequel un de ses disciples était en train de s’enfoncer.
On raconte qu’un autre jour, au cours d’une traversée en mer rendue difficile
par la houle, Pyrrhon a montré aux passagers qui tremblaient de peur, un porc
qui mangeait tranquillement dans son coin. Pour ce philosophe, un sage doit
montrer un calme semblable en toutes circonstances.
Voilà ce
que tu dois viser : l’absence de trouble dans le feu de la critique. La
laisser entrer par une oreille pour qu’elle s’échappe aussitôt par l’autre. Ne
pas laisser l’opinion d’un autre devenir ta réalité.
Ca
c’était pour les critiques que nous qualifierons de
« mauvaises ».
Mais, Dieu merci, il y a aussi de bonnes critiques. Ce que j’entends par « bonne critique » n’a pas forcément quelque chose à voir avec leurs contenus. Il y a des critiques qui affinent une pensée… qui la précise. Et il y a des critiques qui contribuent à la populariser. Ce sont ces dernières que je trouve les plus intéressantes. Si, demain, Jean-François Naulleau l’éditeur et chroniqueur à ses heures de Ruquier massacre ton bouquin, ta première réaction (et elle est humaine) sera la déception. Tu vas mal le prendre. Tu aurais préféré qu’il te dise à quel point ton livre était fabuleux et pourquoi il voit poindre, en toi, les caractéristiques d’un futur grand de la littérature. Mais tu devrais te réjouir de cette critique. Tu devrais te réjouir que quelqu’un puisse détester ton œuvre. Les meilleurs produits ne sont jamais ceux qui plaisent à tous. Les meilleurs produits séparent la France en deux. Les adorateurs de l’œuvre et ceux qui la pourfendent. Tu devrais remercier Dieu de passer à la télé pour pouvoir présenter ton bouquin devant des millions de téléspectateurs. Sur les centaines voire milliers de titres qui alimentent la rentrée littéraire, 97% seront royalement ignorés par les médias. Le tiens, on en parle… que demande le peuple ? Il ne s’agit pas, bien sûr, de tendre l’autre joue et d’accepter pour argent comptant l’analyse d’un autre… mais de se dire que parfois, entendre parler de son produit/entreprise/idée en mal peut être une douce musique à l’oreille… le genre de symphonie en « kachink » que font les caisses enregistreuses des supermachés avant d’encaisser un client.


Pour information c'est Eric Naulleau dans l'émission de Ruquier. Je sais c'est pas très sympa de ne poster un commentaire que pour ça, alors que tu as du en baver pour écrire ce billet ... Mais la vie est injuste.
Rédigé par : Jérôme | 18 septembre 2009 à 13:51
Jérôme,
MDR. Merci pour l'information. cela montre à quel point j'aime le personnage :)
Rédigé par : Samir | 18 septembre 2009 à 14:01
Merci pour cet article Samir !
Cependant, il manque un peu de "solution". Je propose ainsi quelques réactions qui pourrait être plus utile que tout ce qui pourrait nous venir à l'esprit de façon "naturel" :
- "C'est l'idée la plus stupide que j'ai jamais entendu" => "C'est plutot bon signe, j'ai une idée totalement original et qui ne vous serait jamais venu à l'esprit."
- "Tu vas foutre ton pognon en l'air !" => "Je préfère le voir en l'air plutot que dans la poche d'inconnus qui décident de ce que je dois faire 9h par jour"
- "Honnêtement je te croyais plus intelligent que ça, ne le prends pas pour toi surtout" => Dans ces moments là, et comme pour toutes insultes dirigées à notre égard, une citation me vient à l'esprit : "Celui qui t'insulte n'insulte que l'idée qu'il a de toi, c'est-à-dire lui-même".
Rédigé par : Yeslo | 18 septembre 2009 à 16:27
C'est de qui cette dernière citation ?
Rédigé par : Arthur | 19 septembre 2009 à 16:04