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L’association à but non lucratif

Par Laurent Samuel - Consultant secteur associatif

Dans un blog où l’on parle entreprises, modèles économiques, volume d’affaires et profit, (bref de business), est-il raisonnable (c’est-à-dire fécond) de consacrer une chronique à l’association à but non lucratif ?

Bien entendu, vous n’aurez pas de réponse définitive dans les lignes qui suivent. Il vous faudra suivre au fil des mois cette chronique pour élaborer avec moi un nouveau paradigme à propos de l’association Loi de 1901. Je ne suis d’ailleurs pas certain d’y parvenir ; il s’agit pour l’instant d’intuitions.

Posons en vrac ces intuitions et quelques idées simples à propos de l’association :

<p><p><p><p><p><p><p>Sans titre</p></p></p></p></p></p></p>

1/ L’association Loi de 1901 passe pour une structure ringarde, tout juste bonne à héberger des clubs pour seniors, des arnaques à la générosité publique et des crèches familiales. Cette image de marque médiocre est liée au but non lucratif qui est systématiquement accolé à la dénomination de la structure juridique.

L’association serait un endroit où l’on ne peut pas s’enrichir, sauf à finir en prison.

Tout ceci est faux à force d’être simplificateur. Disons pour l’instant que l’association ne permet pas de partager les profits entre adhérents, comme on le fait dans une société entre associés. Mais cela laisse ouvertes de nombreuses autres possibilités et j’aurai à revenir en détail sur ces questions.

2/ L’association permet de fédérer des personnes autour d’un objectif, d’un projet ou d’un centre d’intérêt commun (autre que partager des bénéfices). C’est là sa finalité première : réunir. L’association est donc dans notre droit français l’expression juridique d’un certain type de communauté, des groupes qui se forment librement parce que les personnes qui les composent ont la volonté de construire et partager quelque chose ensemble. Notez qu’il s’agit de communautés librement consenties, c’est-à-dire souvent issues d’une initiative d’un petit groupe de personnes, voir d’une seule. Cela les différencie des autres superstructures sociales auxquelles nous sommes habitués (copropriété et voisinage, entreprise, collectivité locale, Eglises, partis politiques) qui nous sont imposées « par le haut ».

Au vocable « communauté », vous avez frémi en bon entrepreneur des NTIC que vous êtes…

Voilà ma première intuition : structure associative et NTIC permettent d’organiser des communautés ; au-delà de la similitude de finalité, cette réflexion doit inviter à combiner les deux démarches en vue d’un enrichissement mutuel.

Chaque fois qu’une communauté virtuelle a besoin de se structurer juridiquement, c’est à la structure associative qu’elle devra penser en premier lieu. A l’opposé, toutes les associations qui reposent sur le partage et la mise en commun d’idées ont intérêt à s’équiper de ressources Web comme les forums, les messageries internes et autres outils de chats.

3/ L’association repose sur le bénévolat, le don de soi, un acte gratuit, sans aucune contrepartie financière. Là, vous êtes moins nombreux à frémir : si vous entreprenez, c’est dans le but de vous enrichir.

Pourtant regardez autour de vous : le logiciel libre, des développeurs bénévoles qui donnent de leur temps pour faire avancer des solutions techniques qui seront offertes à tous ; Wikipédia, une encyclopédie en ligne alimentée par des contributeurs bénévoles. La gratuité est partout, et pas seulement sur le Web. Et on pourrait multiplier à l’infini les exemples d’entreprises dont le modèle d’affaires repose sur la gratuité d’une partie des services ou la mise à disposition gracieuse d’un produit (le plus récent bouleversement dans ce domaine est bien celui de la presse gratuite).

Maintenant, examinez vos propres expériences de créateur d’entreprise. Combien de temps avez-vous travaillé avant de tirer un revenu de votre entreprise ? Pendant toute cette période de latence, vous avez été bénévole : vous avez créé de la valeur sans contrepartie financière. Vous n’avez pas pour autant « travaillé pour rien ». Il s’agissait d’un investissement nécessaire pour développer votre produit ou sa notoriété, dont le rendement a été (je l’espère pour vous) différé dans le temps.

Vous allez me rétorquer que bénévolat et gratuité ne sont pas équivalents et que la gratuité dans les stratégies d’entreprises est conçue comme un investissement qui, à l’instar de la publicité ou de la R&D, contribue –de manière indirecte ou différée- au développement du volume d’affaires de l’entreprise. Vous aurez raison et il me faudra élaborer un peu plus mon discours à ce sujet.

Avec ces premières intuitions, ce que je veux simplement signifier, c’est que :

- Le but non lucratif inscrit dans la Loi de 1901 n’interdit pas d’utiliser l’association dans des stratégies entrepreneuriales.

- L’univers du Web et des NTIC ont remis au goût du jour les communautés volontaires, sorte de superstructures sociales issues des initiatives de la base (et non imposées par le haut), qui constituent l’essence même de l’esprit associatif.

- Le bénévolat est créateur de valeur (j’espère que personne n’en doutait).

- La valeur n’est pas toujours rémunérée directement ou immédiatement par le client de l’entreprise.

- Le client de l’entreprise, celui qui la rémunère, n’est pas toujours le consommateur de ses produit ou de ses services.

Voilà, sous réserve d’inventaire, les hypothèses de travail qui devraient nous permettre de construire ce nouveau paradigme pour l’association Loi de 1901.

Rendez-vous donc au 4ème lundi de chaque mois…

Et si le monde de l’association vous intéresse, retrouvez-moi sur mon blog.

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Voici les sites qui parlent de L’association à but non lucratif :

Commentaires

bonjour


je fais partie d'une association de musique.( a but non lucratif )

peu t'on sortir de l'argent d'une association sans facture .

est ce qu'on peu faire un contrat de pret ou un don ?


d'avance merci de votre reponse

cedric

Pardon de cette réponse tardive. Je n'avais pas vu le post et g zappé le mail de typepad.

Pour conserver à cette chronique son unité de ton, je vous propose de ne pas y évoquer de situation personnelle.

En revanche je vous invite à vous rendre sur ce forum consacré aux associations et aux projets associatifs pour poser votre question : http://asdom.fr/phpBB2/viewforum.php?f=9

Cordialement
Laurent SAMUEL

Bonjour,
pour l'instant je vous suis, mais je vais peut-être vous devancer: que se passe-t-il lorsqu'une association, qui part d'un bonne volonté, devient concurrente à une entreprise, sur un même secteur géographique restreint?.
Dans mon activité: dj professionnel, je dois lutter à armes inégales avec ces dj qui proposent des prix inférieurs à 100€ alors que j'ai besoin au minimum de 750€/ samedi (les clients ont besoin d'un dj que le samedi) pour gagner un peu plus de 3000€?

je rectifie, ça doit ête l'heure tardive qui me fait écrire des bêtises: pas pour gagner 3000€ net mais en chiffre d'affaire pour gagner un peu plus de 1000€

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