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L’entrepreneur et l’investisseur : cousins germains !

Colot_vincent_1 Par Vincent Colot - Analyste financier

Il est assez fréquent d’opposer l’entrepreneur et l’investisseur boursier. Le premier serait un bâtisseur, véritable homme-orchestre capable de mettre sur pied une organisation à partir de rien pour créer une activité in fine génératrice d’emplois et de valeur ajoutée. Le second par contre serait un capitaliste paresseux, profitant du labeur des autres pour s’enrichir en dormant.

Cette caricature exagère à peine ce que la majorité pense.

Or, il existe, selon moi, bien plus de points communs entre l’entrepreneur et l’investisseur boursier que ce que ces images d’Epinal laissent supposer. Passons-les en revue.

1. Saisir une opportunité

Depuis les travaux de l’économiste autrichien Schumpeter, l’entrepreneur est d’abord celui qui discerne une possibilité de marché qui n’a pas encore été exploitée par un autre. Il mettra alors son talent d’innovateur au service de cette acuité particulière et cherchera à dégager un bénéfice substantiel de son activité. Pour l’investisseur boursier, il en va en réalité de même. Il cherche en effet à investir dans des actions bon marché c.-à-d. des actions susceptibles de dégager des rendements supérieurs à la moyenne. Et ce n’est pas si simple car il doit être plus rapide ou plus perspicace que ses concurrents, à savoir tous les autres investisseurs présents en même temps que lui à la Bourse (et ça fait du monde !). Dans les deux cas, il faut donc du flair !

2. Voir à long terme

Une des critiques majeures adressées aux « boursicoteurs » est de ne se préoccuper que du court terme par opposition à l’entrepreneur qui, lui, élabore une activité pour durer. C’est abusif. Bien entendu, il existe des investisseurs boursiers qui cherchent uniquement à jouer sur des tendances à court terme pour « faire des coups ». Mais ce n’est pas la majorité. Un cours de Bourse, tout comme un bon « business plan », incorpore en fait des prévisions financières sur plusieurs années. L’investisseur actualise en fait des chiffres prévisionnels (bénéfices, cash flows, dividendes) pour obtenir une valeur aujourd’hui qu’il compare au cours de l’action. Ce que l’entrepreneur est en théorie également amené à faire pour déterminer si la NPV (Net Present Value ou Valeur Actualisée Nette) de son projet est positive.

3. Résister à ses émotions

Il y a quelques jours, sur ce même site, Véronique Aboghé évoquait l’importance, dans le chef d’un entrepreneur, de bien gérer ses émotions. C’est peut-être encore plus vrai pour l’investisseur boursier. En effet, la Bourse est un univers volatil. Une crainte de hausse de taux d’intérêt, un glissement du dollar ou encore un attentat terroriste à l’autre bout de la terre et les cours des actions peuvent vaciller très rapidement. Les décisions prises dans l’oeil du cyclone sont souvent malencontreuses : cela revient généralement à vendre au plus bas. De même, un excès d’enthousiasme, qui n’est pas étayé par une analyse sérieuse, est dangereux. Nous connaissons tous des personnes qui ont investi au plus haut de la bulle technologico-boursière de la fin du siècle dernier avec les déconvenues que l’on sait à la clé.

4. Assurer un minimum ses arrières

Dans toute aventure à connotation financière, il importe de garder des munitions en cas de coups durs. Un budget trop serré expose l’entrepreneur à des difficultés si une rentrée d’argent espérée ne se matérialise pas. Pensons juste à un client (d’autant plus important si c’est un des premiers) à qui on a fait crédit et qui devient impécunieux. De même, en Bourse, toute baisse un tant soi peu sévère peut s’avérer délicate si l’investisseur a justement besoin de son argent à ce moment là. C’est même plutôt une occasion pour investir davantage s’il veut s’assurer un rendement moyen satisfaisant à terme. Créer une entreprise ou investir en Bourse en se saignant à blanc est donc une opération certes courageuse mais surtout quasi-suicidaire.

Alors, bien entendu, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit ! Il va de soi que tout investisseur boursier ne fera pas un bon chef d’entreprise. Les compétences techniques et humaines requises font que seule une minorité de personnes peuvent remplir ce type de poste avec succès. Mais, de la même manière, tout entrepreneur ne fait pas nécessairement un bon investisseur boursier. Porté par son projet, l’entrepreneur, une fois lancé, ira souvent jusqu’au bout de ses ressources pour le mener à bien. Ce tempérament résolument obtu n’est pas une qualité en Bourse où il faut parfois se retirer à temps c.-à-d. avant que les affaires ne se gâtent.

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Voici les sites qui parlent de L’entrepreneur et l’investisseur : cousins germains ! :

Commentaires

Bonjour,
Je trouve votre note intéressante et je crée un lien vers elle dans mon blog de veille quotidienne sur l'entrepreneuriat !

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