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Faut-il être idiot pour gagner en Bourse ?

Vincent_colot Par Vincent Colot - Analyste financier

Si, comme moi, vous avez les idées un peu brumeuses le matin au saut du lit, je vous conseille de lire la presse économique et financière anglo-saxonne. Le passage à l’anglais requiert directement de la concentration et les sujets proposés nous sortent de notre franco-centrisme et nous ouvrent, dès potron-minet, sur le monde.

C’est au cours d’un de ces exercices salutaires de lecture du Wall Street Journal Europe que mon attention a été récemment attirée par une interview du légendaire Jack Bogle, le fondateur des fonds de placement américains Vanguard, véritables parangons de la gestion collective indicée depuis 1976.

Gestion collective indicée ? Kekseksa ?

L’idée à la base de la gestion indicée est simple : il suffit d’établir un portefeuille comprenant les actions constitutives de tel ou tel indice boursier (par exemple le CAC40 sur la bourse parisienne), ce qui revient à suivre l’évolution de cette bourse et d’en faire profiter tous les investisseurs désireux d’y souscrire à moindres coûts puisque la procédure est automatique. Cette démarche s’appuie sur la théorie (aujourd’hui, il est vrai, de plus en plus contestée) de l’efficience des marchés financiers qui stipule que, à tout moment T, les cours des actions reflètent correctement toute l’information disponible sur le marché. Dès lors à quoi bon perdre son temps en recherche en tous genres pour tenter de trouver des actions sous-évaluées qui donneraient par la suite un rendement supérieur ?

Avec cette idée d’une géniale simplicité, Jack Bogle a été à l’origine du développement considérable des fonds de placement aux Etats-Unis et ailleurs. Et les petits investisseurs lui sont reconnaissants d’avoir mis au point cette technique qui minimise les frais.

Donc, pour s’en sortir valablement en bourse, il suffirait « d’acheter l’indice » via un fonds de ce type, d’attendre et de le revendre dans 10, 15 ou 20 ans, comme le soutient encore aujourd’hui ce bon vieux Jack ?

Plus on est idiot et plus on est donc sûr de gagner ?

Just wait a minute ...

Il est indéniable que, sur le long terme, cette technique a, en moyenne, bien servi les intérêts des petits investisseurs. Mais ...

1. Celui qui reconnaît ses propres limites n’est assurément pas un idiot. En l’occurrence, il fait, peut-être inconsciemment, un calcul probabiliste en répondant à la question suivante : « Quelle est la probabilité que j’arrive à une performance supérieure à celle de la bourse en n’y consacrant que quelques heures par semaine ou un achetant un fonds géré activement (càd comprenant des actions directement choisies par des gestionnaires en fonction de leurs analyses propres) et surtout plus onéreux (quant frais à supporter par l’investisseur : frais d’entrée, frais de gestion, frais de sortie) ? ». Probabilité bien faible en vérité ... Par ailleurs, « faire le malin » en achetant les actions de la dernière entreprise de biotech à la mode est le plus souvent un aller-simple pour la déception, sauf coup de chance. Pour tout un chacun, le meilleur compromis « rendement/coûts » est donc bel et bien un fonds indicé !

2. Choisir un fonds indicé n’est pas la panacée en matière de sécurité. Un fonds indicé en actions reste soumis aux aléas qui frappent ... les actions : si une crise boursière intervient, pour quelque raison que ce soit, votre avoir sera sensiblement amputé.

3. De quel indice parle-t-on ? Les indices boursiers sont le plus souvent pondérés par la capitalisation (càd la valeur boursière totale) des actions reprises dans ces indices. Donc, une action dont la valeur boursière est deux fois supérieure à une autre sera deux fois plus présente dans l’indice. Ce n’est pas nécessairement la méthode la plus judicieuse pour assurer un rendement optimal aux investisseurs des fonds indicés. Ainsi, certains experts ont lancé tout récemment une série de produits financiers indicés de type ETF (exchange-traded funds) (essentiellement similaires aux fonds indicés mais directement cotés en bourse) dont les indices sont basés sur la propension des entreprises à verser des dividendes. Historiquement, plus il y a de dividendes distribués et plus le rendement est élevé. A suivre donc ...

4. Enfin, celui qui envisage la bourse comme un défi intellectuel et qui accepte de progresser au travers d’erreurs et de succès, celui-là peut tenter de jouer sa propre carte. Cela exige du temps et de l’abnégation mais ce n’est pas qu’un « boursicotage » : c’est aussi une plongée dans le monde de l’économie et de la psychologie. In fine, il reste possible que suivre cette voie vous aura rapporté moins qu’en ayant acheté un fonds indicé car il va de soi que tout le monde ne peut pas faire mieux que la moyenne ...

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