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Au bonheur de créer : trouver un sens à sa vie professionnelle

Weill_valrie Par Valérie Weill (chroniqueur exclusif) – Consultante et accompagnatrice en création/développement d’entreprise

Lors du dernier salon des Entrepreneurs, le Ministère des PME, l’APCE, les organisateurs du salon ainsi que la CDC ont mené une étude qualitative à partir d’entretiens en focus groupes sur une cinquantaine de créateurs d’entreprise installés depuis plus de trois ans.

Dans l’échantillon interrogé, il y avait aussi bien des ex-cadres, que des ex-employés/ouvriers, des ex-chômeurs et des ex-précaires ainsi que des conjoints de chefs d’entreprise. Autant dire qu’il s’agissait d’un panel large et suffisamment représentatif qualitativement du profil des entrepreneurs. Cette étude avait pour objectif de voir si les entrepreneurs étaient heureux d’avoir créé et ce que représentait pour eux le bonheur d’être Chef d’Entreprise.

 

Le bonheur d’être Chef d’Entreprise

Comment peut-on effectivement nommer le sentiment de réalisation et d’accomplissement personnel et professionnel qui est bien souvent la motivation première des entrepreneurs ? Si ce n’est du « bonheur », il s’agit surtout d’un sentiment de vivre plus fort et de concrétiser ses envies et rêves professionnels. Les personnes interrogées ont toutes relevé l’importance capitale d’avoir réussi un projet qui était essentiel pour eux et pour leurs ambitions. Bien sûr, il ne s’agit pas d’une grande béatitude – la vie d’un Chef d’Entreprise étant loin d’être un fleuve tranquille… Mais ces entrepreneurs ont tous évoqué l’importance de ne plus être en manque professionnel, d’être insatisfaits par leur travail salarié, de pouvoir mettre toute leur énergie dans leur projet ; bref, d’avoir gagné grâce à leurs efforts personnels et d’en tirer pour eux-mêmes les bénéfices. Ils ont parlé du sentiment d’avoir réalisé leurs rêves, de la satisfaction d’avoir atteint leurs objectifs, du plaisir d’exercer leur métier selon leur propre éthique, de la sensation de dépassement de soi et de la perspective d’avoir encore du champ devant soi pour continuer à évoluer et croître.

Les petits et grands plaisirs des Chefs d’entreprise

Quelles sont alors les « premières gorgées de bière », les premiers petits et grands plaisirs des entrepreneurs ? Et bien tout simplement le sentiment de liberté, d’avoir une autonomie dans le choix des décisions à prendre et des actions à  entreprendre, le bénéfice d’une grande indépendance face à la hiérarchie et aux collègues. La liberté aussi d’appliquer ses idées personnelles, d’être les seuls maîtres à bord et de pouvoir apprendre de leurs erreurs, enfin le plaisir de développer librement leurs affaires et de les voir grandir. Ils ont expérimenté le fait de ne rendre des comptes qu’à soi-même, de s’autogérer et de ne plus avoir à subir les désagréments d’un organigramme ou d’une organisation où tout se négocie. Un autre petit plaisir est celui de pouvoir enfin gérer son emploi du temps et de calquer ses rythmes de travail sur ses rythmes et contraintes personnelles ou familiales, sans avoir à demander une autorisation et sans craindre les effets boomerang d’une absence.

Encore un autre des grands plaisirs des chefs d’entreprise consiste à pouvoir exprimer sa personnalité et sa créativité au travers d’un projet. Certains revendiquent même carrément leur entreprise comme la création d’un « bébé » et le materne ou paterne dans l’envie de le voir grandir le plus et mieux possible, en s’initiant notamment à des domaines et disciplines qu’ils ne connaissaient pas ou peu auparavant (aspects financiers et comptables, relations clients, organisation, management,...). Tous les créateurs interrogés ressentent ce sentiment d’épanouissement, même si celui-ci ne s’accompagne pas forcément d’une amélioration de leur niveau de vie et de gains financiers. Certes, ils admettent qu’il s’agit aussi d’une pression permanente, usante de toujours devoir faire ses preuves et relever des défis, mais combien ils en sont fiers !!! Fiers d’avoir franchi le cap et d’avoir tenté l’aventure, fiers de leur réussite, fiers de leur nouveau statut social et fiers devant leur entourage familial et professionnel.

Les aspects négatifs et positifs du Chef d’Entreprise

Tout n’est cependant pas rose lorsqu’on est Chef d’Entreprise, c’est certain. Il y a des hauts et des bas pas toujours prévisibles, ce qui ne permet pas de rester tranquille. Les commandes clients sont souvent en dents-de-scie et la pression fait souvent qu’il n’y a plus de barrières étanches entre la vie professionnelle et la vie personnelle. On ne ferme pas son entreprise à 19 heures d’un coup de chapeau mental. La solitude est lourde aussi à porter, si l’on ne s’entoure pas. Tous ont dû affronter de très grosses charges de travail, du stress, mais ils modèrent ces aspects négatifs par les avantages qu’ils en tirent en termes de liberté et d’autonomie.

Certains se pensent même davantage en sécurité dans le cadre de leur création, plutôt que dans une entreprise qui ne reconnaît pas leurs efforts, est sclérosée par les lourdeurs hiérarchiques ou administratives et qui ne leur permet pas d‘évoluer s’ils ne rentrent pas bien dans les bonnes cases du Lego.

Aucun d’entre eux n’envisagent de faire marche arrière et de redevenir salariés à conditions égales. Ils préfèrent leur statut actuel à celui d’un salarié. Plus ou moins contrariés face au salariat, ils se sont finalement habitués à ne plus avoir un salaire fixe, à gérer de l’aléatoire et ils se sont délivrés du besoin primaire de sécurité pour affronter l’inconnu de manière proactive. Leur rapport au travail a fondamentalement changé. Ils entretiennent une relation très forte avec leur projet et se comportent de manière beaucoup plus responsable. Ce sentiment de non-retour est aussi alimenté par le fait que pour la majeure partie d’entre eux, créer a été un long parcours semé d’embûches, d’où un sentiment de fierté encore plus grand d’avoir enfin réussi.

Bref, ce n’est pas une meilleure qualité de vie, ni un meilleur confort matériel qui les fait avancer, mais c’est bien cette fierté personnelle, le fait d’avoir concrétisé un rêve et de se réaliser pleinement qui les portent. « On est plus heureux parce que l’on est plus en phase avec ce que l’on est réellement » dixit l’un d’eux.

C’est pourquoi ils adressent tous un message clair à destination des futurs entrepreneurs : « si vous avez un projet et que vous y croyez, foncez et sachez bien vous entourer ! »

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Commentaires

Merci pour ce bel article très atavique, mais quelques bémols devraient y être apportés. Je m'adresse en particulier aux courageux créateurs dont c'est la première expérience et aimerais les avertir à quel point les premières années de création peuvent être éprouvantes et pour le moral et pour la santé. Autant le dire, ça été pour moi un véritable marathon auquel je me suis très mal préparé (ce n'est pas faute d'avoir été prévenu) : liberté de pensée proche de zéro, périodes de repos mentales nulles, emploi du temps consacré à 100% à l'entreprise (je ne vois pas où est la liberté), mépris de vos employés (malgré tout votre dévouement, vous serez toujours un salaud de patron), etc., etc.
Bref, il est vrai que mon expérience n'a pas été rose. Les répercussions sur ma vie de ma famille notamment se sont traduites par ma quasi absence permanente (physique ou virtuelle).
De l'autre côté, il est vrai que l'on finit par ressentir un certain accomplissement à travers un sentiment de fierté incomparable et d'avoir rejoint une forme de maturité qu'un salarié ne pourra jamais connaître.

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