« Petite chronique boursière  » : Acheter en novembre et garder jusqu’en mai ?

Vincent colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) - Analyste financier

Ceux d’entre vous qui lisent mes « bafouilles » bimensuelles sur ce blog savent sans doute que j’ai gardé de mes études universitaires (elles commencent à dater) une prédilection pour la recherche académique en tant qu’aide à la décision en matière d’investissement boursier.

En cela je me fais régulièrement railler par certains de mes confrères qui trouvent nettement plus intéressant de se pencher (en vain) sur la prévision du cours du zinc à trois mois. Ce n’est qu’un exemple, bien entendu. Et même si de telles prévisions s’avéraient possibles, elles ne serviraient sans doute à rien, du moins pour anticiper le cours des actions. Mais chuuuuuuuuuuuuuuuuuut …

En ce mois de novembre, je vous invite à une réflexion sur la saisonnalité des rendements boursiers. En effet, d’après plusieurs études, le semestre allant de début novembre à fin avril serait nettement plus porteur en Bourse que celui allant de début mai à fin octobre. Cette anomalie, connue dans la littérature américaine sous le nom de « Halloween Indicator » (avec son corollaire : « Sell in May and Go Away » – Vendez en mai et fichez le camp), a été mise à jour dans une étude publiée en 2001 par Ben Jacobsen et Sven Bouman (« The Halloween Indicator, Sell in May and Go Away : Another Puzzle ») et confirmée en 2012, toujours par Ben Jacobsen, cette fois allié à Cherry Yi Zhang (« The Halloween Indicator : Everywhere and All the Time »).

Dans cette dernière étude, très large (portant sur 108 places boursières – donc pas qu’aux Etats-Unis –  et 55425 observations mensuelles sur pas moins de … 319 ans), les auteurs ont mis en évidence des rendements semestriels moyens supérieurs de l’ordre de 4,52% pour la période novembre-avril par rapport à la période de mai à octobre. Et encore mieux, cet effet se serait renforcé dernièrement : au cours des 50 dernières années, cette différence s’élève à 6,25% ! Ceux qui auraient systématiquement vendu au début mai pour racheter au début novembre auraient alors battu le marché plus de 80% du temps sur un horizon de 5 ans.

Pourquoi en est-il ainsi ? En fait, la raison de cette anomalie n’a jamais été clairement identifiée, ce qui n’est pas anodin comme nous le verrons par la suite. Tout au plus, suppose-t-on que cela a un rapport avec la fréquence d’activité des traders, ceux-ci étaient davantage à pied d’œuvre durant l’hiver. (Et pourtant, dans le film « 7 ans de réflexion » de Billy Wilder, datant de 1955, Tom Ewell envoie sa femme et ses enfants en villégiature durant l’été pendant que lui reste travailler à New York : il est vrai qu’il n’était pas trader mais éditeur et que, pour les besoins du scénario, il devait impérativement rester chez lui de façon à pouvoir tomber sous le charme de Marilyn Monroe, sa nouvelle voisine. Oui, il s’agit du film dans lequel la robe de la divine blonde s’envole au-dessus d’une bouche d’aération du métro. Fermons cette parenthèse).

Appliquons dès lors cette anomalie à l’année 2013 … Hum, cela s’annonce mal … Aux Etats-Unis, par exemple, l’indice S&P500 a rapporté pas moins de 11% (en dollars) sur la période mai-octobre. Ceux qui auraient donc vendu au début mai ne doivent donc pas être spécialement satisfaits d’avoir suivi la stratégie saisonnière. Certes, rien ne dit qu’acheter en ce mois de novembre équivaudra à une catastrophe à un horizon de six mois. A la vérité, personne ne peut le dire.

Mais comment interpréter cette performance de 2013 ? D’une part, ne perdons pas de vue que les études académiques de ce type reposent sur des moyennes : comme une hirondelle ne fait pas le printemps, une année particulière ne peut valider ou invalider une moyenne statistique. Cependant, dans les études susmentionnées, deux éléments doivent alerter l’analyste : d’une part, ce sont des études portant sur de longues périodes et d’autre part, comme nous l’avons déjà indiqué, la raison de l’anomalie reste floue. Lorsque ces deux aspects se retrouvent cumulés, il y a en effet lieu de s’interroger. En particulier, la mise en évidence de l’anomalie saisonnière en 2001 n’aurait-elle pas provoqué une altération de son existence dans les années récentes, surtout si elle ne semble reposer sur aucun fondement objectif ? En d’autres termes, les opérateurs boursiers ne se sont-ils pas adaptés en anticipant l’effet, ce qui aurait provoqué la raréfaction, voire la disparition, de l’effet saisonnier en question ?

En bien, la réponse est apportée par une troisième étude, signée cette fois en 2013 par Hubert Dichtl et Wolfgang Drobetz (« Are Stock Markets Really So Inefficient ? The Case of the Halloween Indicator ») : portant sur les marchés américain et européens, cette étude montre clairement que l’effet saisonnier a disparu depuis une dizaine d’années, soit depuis que son existence a été révélée.

Quod Erat Demonstrandum.

La recherche académique doit faire partie de la boîte à outil de l’investisseur. Encore faut-il porter un regard critique sur les résultats qu’elle fournit, surtout quant à leur pertinence/persistance dans le temps. Dans le cas qui nous préoccupe, ne vous précipitez pas, sur la seule foi de l’indicateur Halloween, pour acheter des actions que vous garderiez jusqu’au début du mois de mai prochain.

 

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