Apprendre plutôt que savoir

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Que vous fréquentiez plutôt des entrepreneurs ou plutôt des investisseurs, peu importe : vous aurez vite fait de les classer en deux grandes catégories : il y a ceux qui « savent » et ceux qui « apprennent ». Fuyez les premiers comme la peste et entrez autant que possible dans l’intimité des seconds.

Ceux qui « savent », en effet, sont des individus dangereux à écouter.

Très sûrs d’eux-mêmes, ils vont expliqueront pourquoi ce qu’ils font (pour faire prospérer leur entreprise ou leur épargne) est la SEULE bonne façon de procéder. Se basant sur l’un ou l’autre succès, ils aboutissent invariablement à la conviction de détenir LA vérité qu’il suffit alors de répliquer intelligemment. Et pourtant … Ont-ils seulement bien compris la raison de leur (souvent relatif ou momentané) succès ? Ce dernier est-il le fruit d’une stratégie bien pensée, bien calibrée et appliquée à bon escient ? Ou bien résulte-t-il plus simplement du facteur chance ? Et quand bien même ils auraient vu juste, est-il assuré que cette stratégie est bonne quels que soient le contexte et les circonstances ? Il me revient ainsi en mémoire le cas de cet investisseur de mes amis qui, après de sérieuses recherches dans des sources scientifiques de haut vol, avait déniché une petite entreprise de biotechnologie qui était très peu connue et dont il avait alors acquis des actions. En quelques mois, le cours de l’action s’était retrouvé multiplié par cent (oui, par 100 !), sans que nous soyons dans une période spécialement spéculative pour ce secteur. Mon ami avait donc découvert le Graal – ou du moins le croyait-il – pour investir en biotechnologie, à savoir de bonnes connaissances scientifiques. Malgré la hausse vertigineuse du cours de l’action, mon ami ne vendait pas : en effet, l’entreprise en question n’avait même pas encore commencé à commercialiser ses produits et, pour lui, il ne faisait guère de doute que lorsque les produits en question seraient sur le marché, l’entreprise et donc l’action gagneraient encore en visibilité et donc en valeur. Plutôt que de suivre avec plus d’attention le cheminement de cette entreprise (et notamment l’état de ses finances), il se préoccupait bien davantage d’étudier d’autres avancées scientifiques pour repérer d’autres entreprises candidates à l’investissement. Et tout à coup, patatras : la fameuse technologie miracle n’a pas tenu toutes ses promesses, ce qui fut d’autant plus dommageable que l’entreprise en question avait procédé à un développement trop rapide compte tenu de ses moyens propres. Sans surprise, la faillite fut au rendez-vous et, à la vitesse de l’éclair, la valeur de l’action fut réduite à zéro. On le voit bien : le succès initial de mon ami n’était pas dû à une capacité particulière à lire dans l’avenir de la science mais bien à une bonne dose de chance. La réalité a fini par le rattraper et le plumer. Attention donc aux discours simplistes assénés avec d’autant plus de conviction qu’ils sont précisément … simplistes !

De plus, ceux qui « savent » ont une fâcheuse propension à surestimer leurs capacités et à les appliquer au-delà du raisonnable. Ce peut être une question d’échelle ou de nature des opérations concernées. Ainsi, un investisseur peut avoir un certain succès en suivant un petit portefeuille de valeurs : analysant consciencieusement ses actions et se ménageant une marge de sécurité suffisante en matière d’évaluation, il arrive alors à obtenir un rendement tout à fait acceptable. Le problème survient lorsqu’il prend trop d’assurance : il multiplie alors les achats ou effectue des choix trop risqués. Très vite, dépassé par l’ampleur de la tâche, il ne maîtrise plus sa destinée et se retrouve avec des pertes. Cet autre investisseur, lui, croit pouvoir appliquer une stratégie qui lui a permis de connaître un certain succès, disons dans les actions de grande capitalisation, et de l’appliquer sur le segments des petites entreprises, considérées comme plus juteuses. Bien entendu, la désillusion sera sans doute ici encore au rendez-vous tant il est clair que les deux catégories d’actions nécessitent un suivi différent (ne serait-ce qu’en matière de liquidité et d’analyse de la structure financière).

Par contre, ceux qui « apprennent » sont des êtres nettement plus intéressants ! Entendons-nous bien : il ne s’agit pas ici de plaider en faveur d’un comportement qui verrait un investisseur changer de philosophie chaque semaine au gré de ses lectures ou rencontres. Il va de soi qu’une saine approche de la Bourse nécessite d’abord de bien connaître ses points forts et son caractère. Ainsi, tel investisseur se focalisera sur les actions de tel secteur particulier, tel autre sur les actions de substance (« value ») et un troisième privilégiera l’analyse technique. Mais, une fois le domaine d’analyse choisi, il prendra garde de ne pas sombrer dans le plus pur dogmatisme. Il y a toujours matière à affiner ses connaissances pour en tirer un meilleur résultat. Prenons ici le cas d’un investisseur actif dans les actions de type « value ». S’il s’est ainsi fait une spécialité d’identifier des actions bon marché, il ne doit pas moins sans cesse se poser la question de savoir comment améliorer ses techniques d’analyse et de calcul. Comment rationaliser l’approche de façon à perdre le moins de temps possible sur une action qui n’en vaut pas la peine ? Quelle mesure comptable adopter pour se faire la meilleure idée du potentiel et de la qualité bénéficiaire de l’entreprise ? etc. etc. On le voit : une des clés de la réussite de ce genre d’investisseur, c’est précisément une curiosité jamais assouvie et l’humilité de reconnaître ses erreurs et de les corriger. Et c’est bien évidemment au contact de telles personnes que l’on progresse.

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