« Petite chronique boursière  » – Battre le CAC 40 par la gestion active ?

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Mais pourquoi donc est-il si difficile de battre l’indice boursier ? Chaque année, lors des traditionnels classements de fonds en actions françaises, on constate que seule une faible partie d’entre eux parviennent à surpasser la performance de leur indice de référence, qu’il soit le CAC 40 ou le SBF 120. Et ceux qui y parviennent une année sont rarement ceux qui y sont parvenus l’année précédente ou qui y parviendront l’année suivante.

Les gérants, qui pratiquent une gestion « active », à savoir se distançant de leur indice de référence pour marquer leur préférences, sont-ils à ce point nuls ? Est-ce la faute à la théorie du marché efficient, selon laquelle toute l’information est dans les cours ? Ou bien, la surperformance des gérants, si elle existe, est-elle grignotée par les différents frais et commissions de tous ordres par lesquels ils gagnent leur vie ?

Tâchons d’y voir plus clair.

Primo, les gérants de fonds n’ont souvent qu’une audace limitée. La plupart du temps, ils ne s’écartent pas très significativement de l’indice mais se contentent de sous-pondérer quelques valeurs et d’en surpondérer quelques autres. Ils sont sujets au « risque de carrière » : ils préfèrent ne pas trop jouer au plus malin car, au cas où ils sous-performeraient trop leur indice à la suite de choix malheureux, ils seraient directement pointés du doigt par leurs pairs et mettraient dès lors en danger la suite de leur carrière.

Secundo, la gestion active, si elle a effectivement pour but de surperformer un indice par la mise en avant de certaines valeurs, au détriment d’autres, à l’intérieur de cet indice, est un exercice extrêmement périlleux. En effet, nous pourrions dire que, fondamentalement, les dés sont pipés à l’avance. Pourquoi ? Ce qui est ici en cause est l’asymétrie (en anglais : « skewness ») des rendements des actions composants l’indice. Kekseksa ? Le plus souvent, sur une période donnée (et d’autant plus sur les périodes d’assez courte durée comme 6 mois ou 1 an), la performance d’un indice est (très) majoritairement dérivée de celles d’un (très) petit nombre d’actions au sein de cet indice. Par exemple, si on prend l’indice S&P 500 (500 premières capitalisations américaines) de janvier à la mi-mai 2017, on constate que pas moins de 37% de la performance indicielle est due à seulement 5 actions (et 46% pour 10 actions). Aux premières loges, les Apple, Facebook, Google, Amazon et autres Microsoft qui se sont retrouvées avec le vent en poupe sur cette période. Ce n’est que très rarement la valorisation (relative) des actions qui explique ce genre de performance à court et moyen terme ; mais davantage des facteurs qu’il n’était pas possible de prévoir quelques mois plus tôt. Un bon point pour les partisans de l’efficience des marchés.

Tertio, dans un contexte où les gérants, n’ayant que peu de chance de surperformer leur indice de référence et préférant dès lors s’en tenir à des ajustements timides de façon à ne pas trop s’en éloigner, il est évident que les frais qui rognent les performances sont particulièrement sensibles pour les investisseurs. Dans cet esprit, plutôt que d’opter pour des fonds qui n’ont souvent que l’apparence de la gestion active, il vaut encore mieux opter pour des « trackers » (Exchange Traded Funds ou ETF) qui répliquent l’indice de référence à frais quasi-nuls ou minima.

N’y a-t-il pas moyen de faire mieux ?

Si fait !

N’oubliez pas – et je sais que ce n’est pas facile dès lors qu’on réside dans l’Hexagone -, que le monde boursier ne se limite pas aux frontières nationales. Il peut dès lors être, à certains moments, plus intéressant d’investir à l’étranger. Aujourd’hui et notamment via les ETFs, une vaste gamme de choix en la matière s’offre aux investisseurs, y compris les plus modestes.

Ensuite, il s’agit de dépasser le déterminisme de l’indice boursier traditionnel, du style CAC 40 ou S&P 500. Saviez-vous qu’il existe à présent, aux Etats-Unis, plus d’indices que d’actions ? Une situation certes franchement ubuesque mais qui illustre bien que les indices traditionnels ne sont pas nécessairement la forme le plus achevée d’investissement. Ainsi, par exemple, les indices constitués d’actions d’un poids égal (et non plus variable selon leur capitalisation) ont tendance à mieux performer dans la durée. De multiples autres indices ont vu le jour, tenant compte des effets bien connus comme la taille, la valorisation, le momentum, la volatilité, etc. Ces développements, venant des Etats-Unis, se propagent à l’ensemble de la planète. Bref, aujourd’hui, il est sans doute plus intéressant de se poser la question du choix de l’indice que du choix de telle ou telle action.

La gestion active est morte. Vive la gestion active !

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