« Petite chronique boursière  » : Biotech : attachez vos ceintures

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Même avec l’expérience, il m’arrive d’être encore surpris par certaines variations de cours de bourse. A la fois par leur ampleur et par leur rapidité.

Prenons un exemple : celui de l’action Isis Pharmaceuticals.

Isis Pharmaceuticals est une entreprise américaine de taille modeste, active dans le secteur de la biotechnologie. Sa plateforme de développement est centrée sur l’exploitation de l’ARN permettant de tester des molécules en collaboration avec des grands laboratoires (Genzyme, Biogen, Roche, AstraZeneca, GlaxoSmithKline). Si un seul médicament est pour l’instant commercialisé, pas moins de 27 produits sont en cours de tests cliniques.

Pourquoi est-ce un cas intéressant ? Tout simplement parce que, après avoir atteint un maximum de 62,66 USD en cours de séance le 24 févier dernier, le cours a reflué nettement sous la barre des 40 USD au début de ce mois d’avril (37,5 USD ce lundi 7 avril). Et cela, sans nouvelle négative apparente pour le titre et alors que l’indice américain S&P 500 était quasi stable.

(Notons tout de même que presque personne ne trouve anormal que le cours d’une action grimpe rapidement sans raison évidente … Par contre, l’inverse ne laisse pas d’étonner …)

Imaginons que vous soyez actionnaire de Isis et que vous assistiez à cette dégringolade a priori inexplicable. Comment réagir ?

Tout d’abord en cherchant des informations.

Bien entendu, qu’il soit rationnel ou non, le marché, dans son abstraction, ne se laisse par interviewer pour expliquer ses sauts de cabri. Pourtant, avec la même évidence, les médias financiers rivalisent à chaque fois d’imagination pour expliquer les fortes variations lorsqu’elles surviennent. Soyez conscient que ces explications après coup ne sont que des hypothèses : il s’agit donc de les considérer avec précaution.

Un premier constat s’impose assez vite : l’action Isis ne serait pas en cause en tant que telle mais subirait le même sort que la plupart des actions de son secteur, la biotechnologie. En effet, sur la période considérée, l’indice biotech reculait de 15%. Certes, Isis abandonnait nettement plus (35%) mais cela pouvait être dû à une hausse antérieure à un rythme supérieur à celui de l’indice.

A partir de là, la question à se poser est celle-ci : le reflux boursier du secteur biotech est-il dû à une cause fondamentale affectant l’activité du secteur (les chiffres d’affaires, les bénéfices, etc.) ou bien est-il un événement à caractère strictement boursier ?

En fait, dans le cas qui nous occupe, il se peut même qu’un facteur de nature fondamentale serve de déclencheur ou d’amplificateur à un autre facteur de nature boursière.

Je m’explique.

Ce n’est pas un secret : les Etats-Unis ont quelques difficultés à boucler leur budget. Sans surprise, dans ces conditions, il arrive que l’une ou l’autre entreprise pharmaceutique soit pointée du doigt pour politique de prix (à la hausse) trop agressive. Ce fut le cas ces dernières semaines pour Gilead. Dans le même temps, le Président Obama a laissé entendre que l’usage de génériques devait être encouragé, ce qui pourrait passer par une réduction de la durée des brevets. Si la portée pratique de ces informations reste peu claire, il est probable qu’elle ait instillé le doute sur un secteur biotech qui avait connu, au préalable, une progression telle (il a plus que doublé depuis le début 2012) que le débat faisait rage depuis plusieurs semaines sur le fait de savoir si, oui ou non, une bulle boursière s’était constituée sur le secteur.

Sans doute les niveaux de valorisation étaient-ils élevés. Un signal allant en ce sens était la multiplication des introductions en Bourse d’entreprises biotech aux Etats-Unis : 37 en 2013 et déjà 24 à fin mars pour l’année en cours. Généralement, un tel phénomène apparaît lorsque les cours sont élevés, ce qui permet aux entreprises de récolter un maximum d’argent lors de leur introduction.

Ensuite, ce doute a rencontré un écho plus large : et si l’heure de secteurs plus ennuyeux mais plus sensibles à l’activité économique était arrivée en Bourse alors que les prévisionnistes tablent sur un renforcement progressif de l’économie américaine ? En pareil cas, il n’est pas illégitime de « sortir » de secteurs de croissance ayant bénéficié d’une relative neutralité par rapport à l’évolution de l’économie (comme le secteur biotech) et de « rentrer » sur ces autres secteurs délaissés ces dernières années … Ce serait alors le début de ce que les traders appellent un mouvement de rotation.

Admettons toutes ces explications qui sont, une fois encore, à considérer avec prudence. Serait-ce alors un mouvement de fond appelé à durer un bon moment ou bien un feu de paille destiné à s’éteindre, par exemple, si la croissance économique américaine s’essouffle rapidement ou si le secteur biotech connaît des avancées scientifiques significatives ?

Impossible à trancher à l’heure actuelle.

Pour notre actionnaire qui avait misé sur Isis, la situation n’est pas désespérée. D’une part, s’il a investi de longue date dans l’action, il est toujours largement gagnant : l’action cotait en effet aux alentours de 10 USD il y a quatre ans. D’autre part, un souci sectoriel, surtout de nature essentiellement boursière comme cela semble le cas, est moins grave qu’un revers lié directement à l’entreprise : les derniers tests cliniques d’Isis sont plutôt encourageants et l’entreprise compte de nombreuses molécules en cours de développement. S’il a misé sur le bon cheval, l’issue de l’aventure sera positive pour l’actionnaire mais il doit s’attendre à d’autres phases de forte volatilité, comme il est naturel pour les secteurs à forte valorisation. Dans le cas contraire, les déconvenues ne font sans doute que commencer …  

 

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