C’est Quoi « Etre Entrepreneur » ?!

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Par Michel de Guilhermier (contributeur) – Entrepreneur

Je discutais récemment avec une personne passionnante, le fondateur et directeur du "Collège des Ingénieurs", un 3ième cycle de management situé en plein coeur de Paris (Bd St Germain) dans lequel j'interviendrai au printemps.

Au cours du déjeuner, on en est venu à parler de ce qui caractérisait un entrepreneur.
Pas forcément simple, de nombreuses motivations peuvent concourir à
vous lancer plutôt qu'à, par exemple, rester dans une grande
multinationale au modèle forcément rodé, avec un beau titre ronflant et
un salaire plus que confortable.

De fait, quand j'ai quitté PepsiCo en 1995
– mon dernier job en fait en tant que "cadre sup classique" – pour
racheter la société Provifruits (réseau de distribution au détail de
quelques dizaines de magasins), j'ai divisé mon salaire par environ 3.
Et quand j'ai quitté Photoways, devenu une société
sizable avec aujourd'hui environ 70M€ de CA, pour recréer une start-up
fin 2006, Inspirational Stores, j'ai divisé mon salaire redevenu
raisonnable par plus de 5.

A y réfléchir, le point fondamental
et moteur de mon entrepreneurship, plus impérieux à mes yeux qu'un
salaire très confortable, c'est l'importance extrême de la liberté et de l'autonomie, la sensation de pouvoir conduire sa vie
de façon bien plus indépendante et ne pas avoir de comptes à rendre au
quotidien à une hiérarchie. Pour cette chère liberté, je suis prêt à
prendre des risques et à sacrifier largement un salaire mensuel fixe.

Ce besoin d'autonomie et d'indépendance n'a pas attendu 40 ans, il était bien en moi depuis des dizaines d'années.
Si j'avais dèja crée 2 sociétés alors que j'étais à HEC, je me suis à
la sortie rabattu initialement sur un début de carrière classique pour
un jeune diplômé, conseil chez Bain & Co pendant 4 ans puis des postes de cadre sup
dans des multinationales américaines (Dole Food puis PepsiCo) pendant 5
ans. L'envie de voler de mes propres ailes était bien là depuis
l'origine, mais il a fallu une opportunité, qui ne s'est manifestée et concrétisée qu'en 1995, seulement.

Alors
que j'étais chez PepsiCo Directeur du Développement et de la
Distribution automatique, je me rappelle aussi d'une discussion avec
Charles Bouaziz, alors Directeur Marketing, qui a depuis eu une
brillante et formidable carrière au sein du groupe. Je lui apprenais
que je partais pour aller racheter une société de distribution et il me
disait quelque chose comme "bravo, moi je n'aurais pas le courage de faire ça". Cela m'a marqué, car ma vision était totalement différente : ce n'était aucunement une question de courage, loin de là, c'était surtout une impérieuse nécessité
pour assouvir ma soif de liberté et d'indépendance. Le courage, au
contraire, aurait été pour moi de rester chez PepsiCo, quelle ironie !
Ce n'était tout simplement pas ma nature, ce n'était pas ma voie.

Fondamentalement,
être consultant chez Bain & Co, cadre sup au sein de PepsiCo, ou
PDG d'une société appartenant à 90% à des fonds d'investissement avec
lesquels je ne suis plus en phase (Photoways), me demande finalement bien plus de courage et d'effort que de prendre tous les risques et d'avoir un maigre salaire initial comme entrepreneur !

Fondamentalement, the path of least résistance pour moi, c'est intrinsèquement celui où je conduis et dirige ma vie comme je l'entends, en tant qu'entrepreneur, avec liberté et autonomie, dimensions que je privilégie plus que tout.

A
noter que je ne suis pas devenu entrepreneur parce que je suis d'une
famille d'entrepreneurs, au contraire d'ailleurs, mais bel et bien par
ce que cela correspondait intimement à ce que je suis. Je n'ai pas
cherché à "plaquer" de modèle et à me fondre aux forceps dans un moule,
j'ai juste cherché à être moi-même.

Amis
lecteurs, il y a parmi vous des entrepreneurs, mais il y a aussi des
gens qui sont heureux aussi comme cadre sup, ou comme consultant, ou
comme avocat, ou comme financier. Etre entrepreneur n'est ni un
objectif, ni une fin, ni un modèle ni une panacée. C'est une voie au
même titre que d'autres et je tiens à le dire très clairement, le premier danger qui vous guette c'est de suivre le modèle d'un autre.

Il
ne faut pas chercher à être entrepreneur parce que c'est "sexy", parce
que c'est à la mode, parce que ça fait bien. Tout le monde ne peut pas
être entrepreneur, comme tout le monde ne peut pas être bien comme
cadre sup d'une multinationale.

Soyez vous-même, connaissez-vous, suivez votre voie.
On ne peut être vraiment bon que dans le chemin pour lequel on est
vraiment fait et pour lequel on a une certaine passion. En ce qui me
concerne, si j'ai des aptitudes je pense innées pour entreprendre et
investir (d'où ma self definition d'entrepreneur investisseur), je
n'étais en aucun cas fait pour être un manager d'une multinationale, je
n'aurais pu qu'échouer dans cette voie, ni je ne m'y sens bien, ni j'y
suis bon.

Ne pas suivre sa voie, son karma, sa vocation,
whatever, chercher à plaquer un modèle qui n'est pas le sien mais celui
de sa famille, de son entourage, de ses icones, c'est à coup sûr s'exposer à de graves déconvenues et désillusions, tôt ou tard.

Ne cherchez ni à être ce que vous n'êtes pas, ni à paraître ce que vous n'êtes pas. Mettez toute votre énergie à :

  1. Découvrir ce pour quoi vous êtes vraiment fait
  2. Démultiplier vos atouts et vos capacités dans cette dimension

Combien je vois de gens autour de moi qui se jouent la comédie,
veulent être ce qu'ils ne sont pas, veulent paraître ce qu'ils ne sont
pas, croient savoir alors qu'ils ne savent pas grand chose, veulent
faire croire aux autres qu'ils sont ou qu'ils savent ceci ou cela, etc.
Le vrai problème, ce n'est pas la comédie qu'ils jouent aux autres, c'est la comédie qu'ils se jouent à eux-même, tôt ou tard il y aura un prix à payer.

La
crise de la trentaine, de la quarantaine ou de la cinquantaine, les
divorces, etc, c'est aussi la conséquence de s'être fourvoyé,
consciemment ou inconsciemment, dans une voie qui n'était pas vraiment
la sienne.

J'ai découvert très tôt ma "vraie nature"
d'entrepreneur, même si je ne l'ai finalement assouvie qu'au début de
la trentaine, et je n'ai ainsi pas eu de crise de la quarantaine, de
même que je ne m'attends pas plus à avoir une crise de la cinquantaine
dans quelques années ! Mais qu'est-ce que je m'en serais voulu si je
m'était réveillé à 45 ans au sein d'un grand groupe multinational !

Je suis juste bien dans ma vie parce que je fais ce que j'aime
et, most important, ce pour lequel je suis fait. J'en accepte
intégralement les risques et les contraintes, qui n'en deviennent de
fait plus pour moi.

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