« Petite chronique boursière » : Chercher asile chez l’Oncle Sam ?

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Beaucoup d’investisseurs hésitent. Après
que la dernière grande crise financière les eut échaudés, ils reviendraient
bien vers la Bourse mais sont effrayés des niveaux déjà élevés de celle-ci.
Ainsi, aux Etats-Unis, l’indice S&P 500 a retrouvé ses plus hauts
historiques, ayant plus que doublé en 4 ans. Aux environs des niveaux actuels,
les investisseurs eurent droit à l’éclatement de la bulle internet en 2000 et à
celui de la bulle immobilière et financière en 2007/2008.

Pourtant, l’économie n’a guère retrouvé son
rythme de croissance d’avant la crise et le chômage reste important. Comment
expliquer cette embellie boursière ? Et n’est-ce pas le signe que la
prudence est plus que jamais de mise ?

Rappelons ici une des règles fondamentales
en matière boursière : ce qui semble évident l’est rarement. En effet, sur
longue période, entre la croissance boursière et la croissance économique, il
n’y a pas, comme on pourrait pourtant s’y attendre, de relation positive.
N’oubliez pas que, en Bourse, vous n’investissez pas, à proprement parler, dans
un pays mais dans les entreprises de ce pays. Même en faisant l’impasse sur la
question des activités étrangères des entreprises (il n’est pas rare que les
grandes entreprises américaines ou européennes réalisent près de la moitié de
leurs activités hors de leurs frontières nationales), une forte croissance du
PIB (par habitant) n’est pas toujours favorable aux actionnaires. En fait, il
semble même que cela leur soit légèrement défavorable. Ah bon ? Eh bien
oui ! En période de croissance soutenue, il n’est pas rare que les
entreprises investissent plus que de raison, ce qui pèse, in fine, sur leur
rentabilité et donc sur l’évolution de leurs bénéfices et de leurs dividendes.
De plus, lorsque l’économie d’un pays est vigoureuse, de nouvelles entreprises
se créent et prennent des parts de marché. Les actionnaires des entreprises
pré-existantes en sont alors pour leurs frais. C’est en grande partie ce qui
explique la performance finalement assez décevante sur le long terme de la Bourse
chinoise : une croissance économique trop forte a été réalisée au
détriment de la rentabilité des entreprises.

D’accord. Mais est-ce une raison suffisante
pour que la Bourse américaine soit en si grande forme ? Certes, non, il
faut chercher l’explication ailleurs. La crise a amené les entreprises à gérer
leurs activités de façon prudente : elles ont réalisé des économies, ce
qui a permis de hisser leur rentabilité à des niveaux inédits. Ce faisant,
elles ont emmagasiné d’abondantes liquidités qu’elles utilisent non pour
investir mais pour doper les dividendes et, surtout, pour racheter leurs
actions, ce qui a pour effet de soutenir les cours. Si on ajoute à cela que les
investisseurs n’ont guère d’alternatives (les taux obligataires sont au plus bas)
et que l’argent injecté régulièrement par la Banque centrale américaine (la
Federal Reserve) doit bien se fixer quelque part, en l’occurrence sur les
actifs financiers et donc sur les actions, l’explication de la hausse de la
Bourse US se dessine bien mieux.

Très bien mais cela va-t-il durer ?
Est-il encore temps de prendre le train en marche ? Tout dépend en fait de
la durabilité de l’actuelle rentabilité des entreprises et de la reprise à
moyen terme d’un rythme plus « normal » de l’économie. Car, s’il n’y
a pas de lien évident entre Bourse et économie, il ne faut pas non plus
exagérer. Sans aucune croissance à long terme (pire : avec une récession
durable), il ne fait pas de doute que la Bourse ne peut tenir le niveau actuel.
Déjà, quelques rumeurs d’arrêt d’injection de liquidités par la Banque centrale
ont provoqué des remous, signe que la situation est fragile. On peut bien
évidemment comprendre l’angoisse des investisseurs à l’égard de la difficile
situation européenne. Mais laisser croire que les Etats-Unis sont sortis de
l’ornière et qu’il n’est guère risqué d’entrer sur le Nyse ou le Nasdaq aux
niveaux actuels, ce serait aller un peu vite en besogne.

Ma recommandation est dès lors celle-ci :
investisseurs, restez prudents et gardez votre discipline de recherche
d’actions bon marché, quelles que soient finalement les places boursières sur
lesquelles vous les trouverez.     

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