Comment se planter au Canada (8) : Circulez y’a plus rien à voir

549786_10151406784480073_535111168_nPar Yann Rousselot-Pailley (chroniqueur exclusif) – Associé-entrepreneur chez 2PS

Ça y est, vous avez fait toutes les erreurs culturelles, humaines, financières et juridiques qu’il fallait pour faire échouer lamentablement votre projet de créer une entreprise au Canada. Bravo !

Ce sera donc le dernier article de cette série (c.f. 1,2,3,4,5,6 et 7) car je n'ai plus rien à vous apprendre… À moins que vous ne vouliez qu'on finisse en beauté ?

Car il vous reste à décider de retourner d’où vous venez, ou de rester pour entrer dans l’entreprise de quelqu’un d’autre et de la faire couler à son tour.

Certes, il y aurait une troisième voie : céder à la tentation de vous intégrer ! Après tout, chez nous au Canada, entreprendre ce n’est pas si rare.

Sur près de 30 millions d’habitants, le Canada compte plus de 2,5 millions d’entreprises (incluant les auto-entrepreneurs qu’on appelle travailleurs autonomes) et 40 000 nouvelles entreprises sont créées chaque année. Dans cet immense pays, les opportunités d’affaires ne manquent pas et de nombreuses entreprises sont détenues et gérés par des immigrants et des étrangers. Pourquoi pas la vôtre?

Mais comme partout ailleurs, au Canada, les entrepreneurs doivent faire face à des cycles de ventes parfois longs, à un manque de capital-risque, à certaines lourdeurs administratives, à la montée de la pression fiscale, aux fluctuations des marchés financiers et des taux de change, à la mondialisation de la concurrence et aux problèmes d’accès au financement.

Être entrepreneur c’est risqué, même en Amérique. Mais lorsqu’on additionne ce risque à celui du fait que l’on est qu’une pièce rapportée dans un pays étranger, on réalise que le réseau naturel de la personne qui entreprend  (familles, amis d’enfance, copains de fac, anciens collègues, voisins de nos parents etc.) compte énormément dans le succès de son entreprise.

Reconnaître l'importance de l'appartenance à un groupe, à un réseau, ce n’est pas seulement vrai pour celui ou celle qui est à la tête de l’entreprise !  Les employés clés, les commerciaux, les partenaires stratégiques, tout ceux qui ont un ancrage historique dans le pays, parlent de ce qu’ils font autour d’eux. C’est ce qui crée des opportunités d’affaire. Le succès d’une entreprise n’est pas seulement dû aux compétences d’un individu, au génie des affaires du patron, ou à la beauté du produit. Le succès est le fruit d'un écosystème propice.

Malgré les risques – et la part de chance nécessaire – certains y arrivent et concrétisent leur rêve d’avoir leur "boîte" au Canada:

  • en rachetant une entreprise locale,

  • en participant au plan de relève d’une entreprise dont le dirigeant souhaite se retirer,

  • en acquérant une franchise,

  • en créant une toute nouvelle entreprise, stratup ou filiale d’un groupe étranger.

Pour tous ces cas, il y a des exemples de succès et d'échecs ! Le choix d'un moyen ou d'un autre n'est pas en soi un problème. C'est la méthode, l'approche, le regard sur les différences qui va tout changer ! 

Aux côtés de grandes entreprises comme Danone et Ubisoft, de plus petites entreprises parviennent à franchir l’océan avec succès et leurs expériences riches d’enseignement pour qui veut réussir son implantation, ne devraient absolument pas vous intéresser… si vous voulez vous planter.

Maintenant que vous avez échoué, et que vous avez injecté vos Euros dans l’économie locale (merci beaucoup en passant), vous pouvez fermer votre entreprise.

Le processus de faillite volontaire ou de cessation volontaire d’activité d’une entreprise est d'ailleurs relativement simple en Amérique du Nord. Il varie un peu d'une province à l'autre, mais reste dans l'ensemble assez désastreux pour vos finances et celles des gens qui vous ont fait confiance. 

Pour s'en prévaloir dans la Belle Province par exemple, vous devrez remplir les conditions requises dans la Loi sur les faillites et l’insolvabilité du Code Civil du Québec. Les documents requis sont les suivants :

  • une résolution des administrateurs ou des actionnaires reconnaissant la situation d'insolvabilité et désignant un signataire des documents de faillite;

  • un acte de cession dûment signé par le représentant autorisé de la compagnie;

  • un bilan statutaire décrivant les actifs et le passif de la personne insolvable.

En passant, vous allez apprendre qu’au Québec le Syndic ce n'est pas le gars qui gère le ménage dans votre immeuble. C'est un professionel, souvent un comptable-agréé ou un fiscaliste, qui va essayer de limiter les conséquences financières de vos nombreuses erreurs (surtout si vous avez suivi tous les  conseils de mes précédentes chroniques). 

Tout au long du processus, ne remettez jamais votre attitude en question, gardez vos certitudes et tournez rapidement la page. Vous pourrez repartir non pas à zéro mais à moins n$ (remplacez n par le montant perdu de votre choix).  

Avec de mauvais souvenirs plein la tête et de nouvelles raisons d’être aigri, vous pourrez retourner chez vous, avec de nouvelles histoires à raconter pour faire peur à vos amis. 

Par contre, pour ceux qui ont bien compris le ton ironique de mes chroniques, et qui ne veulent pas se planter en affaire au Canada, méditez sur les paroles de Saint-Ambroise : “À Rome, fais comme les Romains”. 

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