Créer de la valeur, oui mais pas n’importe comment !

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Dans la grande
remise en cause actuelle du capitalisme, une nouvelle victime expiatoire a fait
son apparition : le principe de la maximisation de la valeur pour les
actionnaires.

Gérer les
entreprises avec les dividendes et le cours de bourse comme principale finalité
aurait contribué à la crise actuelle. Celui qui a mis le feu aux poudres n’est
personne d’autre que Jack Welch lui-même, ci-devant ex grand patron de
l’américain General Electric et considéré comme le père du concept de
« valeur actionnariale » (« shareholder value »). Qu’a-t-il
dit exactement au cours d’un entretien récent accordé au Financial Times ?
Simplement qu’utiliser le cours de Bourse comme axe de stratégie opérationnelle
d’une entreprise n’a aucun sens. On ne peut guère lui donner tort : créer
de la valeur est davantage le résultat d’une stratégie industrielle ou
commerciale adéquate. Ne confondons pas la fin et les moyens !

Plus que le
principe de maximisation de la valeur actionnariale, c’est sans doute dès lors davantage
un travestissement de ce principe qui est à incriminer. De nombreux dirigeants
d’entreprises, motivés par des bonus et stock options mal calibrés (voir
l’actuel débat en France et ce que j’en disais déjà ici même
en 2007
), ont en fait développé une obsession des résultats et du
cours de bourse à court terme (y compris en pratiquant la fraude
comptable), quitte à mettre en danger les perspectives de développement de
l’entreprise. Le scandale Enron (2001) ou encore les récents montages
financiers foireux des banques sont à ranger dans cette catégorie. Or, maximiser
la valeur actionnariale, ce n’est ni prendre des risques inconsidérés ni
augmenter le plus possible le résultat du prochain trimestre ou même de la
prochaine année. Trop souvent les investisseurs se laissent piéger par cette
illusion du court terme, cédant à des excès d’optimisme ou de pessimisme. Car
rappelons une fois encore que la valeur (aujourd’hui) d’une action tient compte,
via le principe mathématique d’actualisation, des perspectives de résultats à
long terme de l’entreprise. Un management responsable doit dès lors à la fois
assurer le bon fonctionnement de l’entreprise aujourd’hui et poser les jalons,
en terme d’orientation stratégique, des succès de demain. Et, bien entendu,
cela ne revient pas à négliger les autres parties prenantes (« stakeholders »)
que sont les employés, les fournisseurs, les clients ou même les citoyens
(questions environnementales, etc). Mais, par exemple, privilégier les salaires
des employés serait un non-sens économique : l’entreprise ne serait plus
compétitive et risquerait de disparaître.

Allons même un
peu plus loin : si l’entreprise peut être envisagée comme un ensemble de
contrats, considérons avec le professeur Theo Vermaelen de l’INSEAD que le
management a bel et bien un contrat implicite avec les actionnaires consistant
précisément à maximiser la valeur de leurs actions. Agir différemment serait en
fait de leur part contraire à l’éthique. Là où il reste du travail à accomplir,
c’est dans la mise au point, au bénéfice des investisseurs, d’indicateurs qui tendent
à montrer plus finement les progrès (ou non) des dirigeants dans ce sens. Parmi
les difficultés de l’exercice, citons le délicat filtrage de l’action même des
dirigeants à distinguer de toutes les péripéties économiques et boursières qui
ne sont pas de leur fait.       

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