Croyance 1 : réussir

Françoise KellerPar Françoise Keller (chroniqueur exclusif) – Coach et formatrice – Management, Gouvernance et Communication NonViolente®

Première croyance pour nous pourrir définitivement la vie au travail

«Ce qui marche bien est normal et n’a pas d’intérêt : n’en parlons pas !»

Je reprends avec joie, après plusieurs années de silence, d’expériences enrichissantes et d’écriture, une chronique mensuelle sur ce site. Mon souhait est de débusquer avec vous 12 habitudes ou croyances qui rendent la vie professionnelle difficile, voire douloureuse ou grave. Une manière de nous inviter, avec humour et bienveillance, à envisager les choses autrement, à développer nos marges de manœuvre pour transformer le travail au service de l’homme, de tous les hommes et de la planète !

Voici donc une première croyance qui me semble bien ancrée dans la vie professionnelle : ce qui marche bien est normal, n’a pas d’intérêt et ne mérite pas qu’on en parle.

En réalité, cela a commencé, pour bon nombre d’entre nous, à l’école. Lorsque nous avons fait des dictées, nous avons reçu des corrections avec nos fautes d’orthographe soulignées en rouge. Rien n’était dit sur les accords bien accordés, les verbes conjugués selon les règles de l’art, les accents bien choisis ou les ponctuations fidèles…. Il n’y a qu’en sport qu’on compte les buts ou les points réussis. Quand il faut travailler, on n’est pas là pour s’amuser : ce qui marche bien est normal, n’a pas d’intérêt et on ne va quand même pas en parler !

Cette croyance permet d’être efficace. Comme nous n’avons pas de temps à perdre, nous n’allons pas parler de ce qui fonctionne et nous allons uniquement nous rencontrer, prendre du temps quand ça ne va pas. Nos réunions, par exemple, pourront être plus courtes car nous traiterons uniquement des problèmes (et des absents qui n’ont pas envie de venir, on ne comprend pas pourquoi…). Qu’avons-nous à l’ordre du jour aujourd’hui ?

Cette croyance permet de rester humble, en minant systématiquement et de manière durable la confiance en soi, l’estime de soi et la reconnaissance puisque nous parlerons uniquement des erreurs, des maladresses, des échecs. Nous en parlerons de manière positive : il y a 10 défauts ce mois, il faut passer à 8 le mois prochain ! Les échecs vont avancer et motivent : c’est bien connu ! Les plus solides résisteront, les autres quitteront l’entreprise à un moment à un autre ! Quand donc est-ce que j’ai exprimé pour la dernière fois à un collaborateur, un client, un fournisseur ce que j’appréciais dans notre collaboration ?

Cette croyance permet à coup sûr d’éviter la diversité et le management inclusif. Puisque ce qui marche pour moi est normal et ne mérite pas que j’en parle, alors, bien évidemment, je vais penser, sans en parler, que ce qui marche pour moi marche pour les autres aussi. Je vais donc me persuader que ce que je sais faire, les autres savent bien le faire aussi (puisqu’on n’en parle pas). C’est une bonne manière de construire des malentendus, de faire travailler les médiateurs, les assurances et les avocats. Comment je regarde celui qui échoue là où je réussis ou celui qui réussit là où j’échoue ?

Cette croyance permet aussi de passer à coté de sa mission personnelle : je n’ai jamais parlé avec quiconque de ce que je sais faire naturellement, avec plaisir, avec talent… puisque ça marche. Donc je ne connais pas la place que je peux tenir dans le monde sans effort puisque c’est un secret ! Qu’est-ce que je fais de ce que je sais faire avec facilité, avec plaisir et avec talent ?

Cette croyance est également excellente pour le teint. Si jamais il m’arrive de rencontrer une personne – naïve ou peu expérimentée, soit dit en passant – qui me fait un compliment, relève une chose que j’ai faite et qui a bien fonctionné, veut valoriser mon savoir-faire, alors je pique un fart et je bredouille « Mais c’est bien normal, c’est mon travail »… Excellent pour garder les joues roses en toute occasion ! Comment j’accepte de voir ce que j’ai fait qui a été utile, qui a réussi, qui a fait plaisir à un collègue ou a contribué à la réussite collective ?

Mais n’exagérons pas le trait. Nous avons aussi été formés au management, à l’économie des signes de reconnaissance, à la conduite d’entretiens ! Alors cette croyance a une variante : nous sommes autorisés à parler de ce qui marche bien dans un certain nombre de cas extrêmes, notamment juste avant de faire une critique négative « Monsieur Dupont, votre rapport est très bien mais vous avez une heure pour me le refaire avec les bons chiffres. » ou « Les résultats de ce mois sont vraiment excellents et on voit que tout le monde a fait des efforts, il va falloir augmenter encore la qualité et réduire les coûts pour tenir face à la concurrence ». Quand est-ce que j’ai parlé de quelque chose qui fonctionne bien au travail, sans arrière pensée, sans intention d’obtenir quoi que ce soit ?

Mais puisqu’on en parle, c’est peut-être parce que ça ne fonctionne pas si bien que ça alors ?

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