De l’envie à la décision d’entreprendre

Rey Patrick Par Patrick Rey (chroniqueur exclusif) - Consultant-formateur, Délégué Régional ITG, première société de portage salarial en France

Comment passer de l'envie à la décision ? C'est une torture mentale pour beaucoup de personnes, c'est parfois un supplice qu'elles font subir à leur entourage ou à ceux qui les reçoivent pour les guider ou conseiller. Car, le passage à l'acte n'est pas facile pour tout le monde, même s'il y a ceux qui vont très vite — en deux clics —, comme le disent les zélateurs du régime d'auto-entrepreneur.

 

 

 

Ce site réunit les chroniques de différents témoins, accompagnateurs ou acteurs de la création d'entreprise. Il contribue à développer l'envie d'entreprendre en donnant des conseils et des retours sur de nombreux thèmes, comme l'idée, l'étude de marché, le plan d'affaires, les financements, les statuts, le démarrage, et bien d'autres encore. Olivier Marone, son responsable, vient de passer à l'acte, avec son “Entreprise Story”, pour développer une “Entreprise-citoyenne.com”. En réalité, Olivier est déjà quelque part entrepreneur, puisqu'il a créé une association en 2002 et plusieurs sites dont celui-ci. Il ne renierait sans doute pas cette boutade forte de Charles Nouÿrit, entrepreneur du web 2.0 : “Entreprendre, c’est en chier avant tout !”. Dans le même registre, Guilhem Bertholet, responsable de l’incubateur HEC, nous explique que les startups de services se focalisent trop sur la levée de fonds, pas forcément nécessaire au départ. Son conseil est plutôt de “se bouger les fesses [pour] arriver à convaincre et à construire sa réussite”, d'où le titre humoristique de son billet récent : “Levée de fion”.

 

Je crois que ces deux injonctions sont très salutaires, car je vois régulièrement des porteurs de projet qui se posent beaucoup de questions accessoires, mais pas les questions essentielles. C'est particulièrement difficile dans un projet de création d'entreprise de conseil, de formation ou autre prestation d'expertise ou de services dits "intellectuels". Guilhem Bertholet nous rappelle les phases de création habituellement recommandées — rédiger un business plan, chercher un financement (concours bancaire, lever des fonds, dispositif Nacre,…), lancer l’entreprise, mettre au point le produit/service, chercher des clients —, et nous dit que “beaucoup de projets de service peuvent commencer à franchir les premières étapes sans financement extérieur, en mettant en priorité la frugalité, l’action commerciale et l’action terrain”. D'où sa réponse à la question “qu’est ce qui fait qu’un projet va réussir ? : la levée de fion”. Et d'où son conseil que je reprends ici de suivre les étapes dans l'ordre inverse, à savoir commencer par chercher des clients, puis affiner son offre de service, ensuite démarrer son activité, sans forcément créer une entreprise au départ*. C'est seulement ensuite que le créateur pourra valablement évaluer la pérennité de son business, pour financer son développement et développer un plan d'affaires qui tient la route.

 

En recentrant ses efforts sur l'aventure passionnante de la création, le créateur n'évitera pas les soucis, les surprises ou les complications que l'on connait forcément (pour ma part, je l'ai vécu trois fois, comme co-créateur), mais il se centrera sur ses premiers clients, il sera persévérant et il apprendra de ses échecs. Charles Nouÿrit, cité plus haut, expliquait donc qu'entreprendre, c’est en chier avant tout !, devant des étudiants ou jeunes entrepreneurs, au YesCamp, événement co-organisé par le MEDEF, fin 2008. David Bellaiche nous rapporte ses propos ici. Parmi les nombreux défis de l'entrepreneur à tous les stades, je retiens notamment ses deux conseils : si l’objectif de base est de gagner de l’argent, l'échec est garanti ; il faut d'abord penser à aider les gens, trouver l’innovation qui changera ou améliorera l'existant ; LA bonne idée est un leurre, car l’idée de départ est très rarement la bonne, elle évolue toujours au fil du projet.

 

En conclusion, pour passer de l'envie à la décision d'entreprendre, il faut toutes les qualités humaines de l'entrepreneur, avec son intuition, son ego, sa passion et sa motivation positive, pas la motivation négative que l'on entend chez ceux qui en restent au niveau de l'envie : ne pas avoir de patron sur le dos, gagner de l'argent facilement et vite, que sais-je encore ! Quand on parle de motivations, il y a les facteurs objectifs et les facteurs subjectifs. Objectivement, j'ai un service nouveau, différent, qui apporte un "plus" indéniable ; j'ai mes premiers clients ; je vais choisir de créer mon entreprise "dans le dur" (une société ou une entreprise individuelle) ou via la formule du portage salarial (avec un prestataire solide) pour tester mon activité en grandeur réelle. Subjectivement, je décide de ce qui me convient le mieux, selon que je veux voir tout de suite "mon bébé" sous la forme de l'inscription au registre du commerce ou que je préfère d'abord le soutien et le réseau d'une couveuse ou d'une entreprise de portage salarial. Or, immanquablement, le cerveau humain fonctionnerait avec ces deux faces — le rationnel et l'émotionnel —, et le processus de décision serait impossible sans émotion, ainsi que le disait très grossièrement un article paru en 2005, dans le Journal du net, section Management, citant les travaux de Damasio, à propos du cas de Phineas Gage. Alors, décider de créer serait un moment d'émotion, entre deux raisonnements logiques et rationnels.

(*) (re-)lire la chronique du mois de mars dernier : Créer son entreprise de conseil avec le portage salarial : c'est possible, facile et sécurisant.

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