Petite chronique boursière : « Des entreprises qui se dévorent de l’intérieur. Bien raisonnable ? »

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Avec le lancement de la publication des résultats annuels des entreprises, les investisseurs sont à nouveau sur la brèche. Ils vont, certes, apprécier l’état de santé des entreprises à l’aune de leurs performances financières récentes. Ils vont aussi tenter de déceler quelques signaux, tant économiques que boursiers, afin de guider leurs choix de placements. Et parmi ces signaux, outre les perspectives bénéficiaires à plus ou moins court terme, les déclarations d’intention des équipes dirigeantes en matière de rachats d’actions seront dignes d’être scrutées.

De quoi parle-t-on ici ? De la politique menée par les entreprises consistant à racheter sur le marché leurs propres actions. Ce faisant, les entreprises rendent de l’argent à leurs actionnaires. Mais, tout en consacrant des moyens à, littéralement, se dévorer elles-mêmes, à l’inverse d’une augmentation de capital (consistant à aller chercher des moyens financiers à l’extérieur), elles misent aussi sur leur propre avenir. Maintes fois par le passé, il a été constaté que les entreprises qui rachetaient leurs titres connaissaient par la suite des parcours boursiers supérieurs aux autres. Et lorsque le mouvement est largement partagé, comme ces dernières années aux Etats-Unis, c’est plutôt de bon augure pour toute la cote.

Il suffirait donc à un investisseur qu’une entreprise annonce qu’elle va racheter ses titres pour les acheter à sa suite les yeux fermés ? Pas si vite ! Comme souvent, en Bourse, le diable se niche dans les détails …

Tout d’abord, globalement, il arrive que les entreprises se trompent. Ainsi, les rachats d’actions, notamment dans le secteur financier, étaient très importants aux Etats-Unis en 2007 … juste avant la crise. De même, au niveau d’une entreprise, ce serait aller trop vite en besogne que de considérer que tout rachat d’actions soit le signe de la confiance univoque d’un management dans l’évolution future du cours du titre. Sans même évoquer une erreur d’appréciation, toujours possible, de bonne foi des dirigeants (General Electric), le recours à un rachat de titres peut cacher des motivations moins glorieuses, comme, par exemple, une tentative de gonfler le prochain bénéfice par action (moins il y a d’actions, plus grand peut être, du moins à court terme, le bénéfice par action) dans le but de masquer une détérioration des fondamentaux (chiffre d’affaires, rentabilité).

Ensuite, le contexte général de l’économie et des affaires doit être considéré avec précaution lorsqu’il s’agit d’évaluer l’opportunité des rachats d’actions. Ainsi, il ne fait guère de doute que les politiques monétaires très accommodantes (argent bon marché mis à disposition par les Banques Centrales) des dernières années ont incité les entreprises à s’endetter à peu de frais pour racheter leurs titres. Aujourd’hui que des tensions à la hausse sur les taux d’intérêt se font jour, cette pratique semble moins prometteuse. De plus, il ne paraît guère relever d’une saine gestion de, lorsque c’est bien le cas, sacrifier les investissements productifs d’une entreprise au profit des rachats d’actions. Investir dans de nouveaux produits, magasins ou usines est en effet indispensable à tout développement durable des affaires.

La suite ? Il est probable que les rachats d’actions, surtout aux Etats-Unis où cette pratique est plus répandue et plus flexible qu’ailleurs, se poursuivront au cours des prochains trimestres. Certaines entreprises (comme Cisco, Pfizer ou Coca-Cola), profiteront de la réforme fiscale du Président Trump, et de la bulle d’oxygène financier qu’elle permet, pour initier ou poursuivre une politique en ce sens. Mais, globalement, les énormes montants engagés en la matière ces dernières années ont commencé à se réduire : quelque 125 milliards de dollars par trimestre en 2017 pour les entreprises du S&P 500, soit le niveau le plus bas depuis 2012. Ce n’est pas une si mauvaise chose. D’une part, la Bourse (américaine), au terme d’une substantielle hausse, ne présente plus les mêmes opportunités que par le passé. Et, d’autre part, les entreprises auraient plutôt raison de profiter aujourd’hui de la meilleure santé de l’économie pour réinvestir dans leur production.

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