« Petite chronique boursière  » : Des investisseurs bien nerveux

Vincent_colot Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Difficile,
a priori, de leur en faire grief. Depuis 5 ans, soit en période de (grave)
crise financière et économique, les investisseurs en actions françaises font
preuve d’une grande nervosité. C’est ce qu’illustre, fort à propos, une récente
étude de KPMG dont vous avez peut-être déjà pris connaissance dans la presse
économique.

Que révèle
cette étude ?

Sur un
échantillon de 348 entreprises françaises cotées à l’indice du CAC All
Tradable, quelque 1827 chutes de cours de plus de 20% par rapport à l’indice
(donc, en termes absolus, les chutes peuvent être plus ou moins brutales que
20%) sur une période de 20 jours de bourse (1 mois du calendrier) ont été
observées durant les 5 dernières années. 86,5% des entreprises cotées ont connu
au moins 1 décrochage de cette ampleur et 51,7% ont été affectées au moins 4
fois. Sur la même période et toujours sur la même base, 493 chutes de plus de 30%
ont été enregistrées, affectant près d’une entreprise sur deux (48,6%). Et il
faut en moyenne près de 9 mois pour retrouver le niveau de l’indice après une
chute de 20% et près de 11 mois pour les décrochages de 30%.

Quelles
leçons tirer de ces chiffres édifiants ?

1 – Cette forte volatilité s’appuie
sur une dégradation des fondamentaux (stratégiques et financiers,
notamment) des entreprises, telle que perçue par les investisseurs. Si
cette perception ne peut se qualifier légèrement de fantasmatique, force
est de constater qu’elle provoque à un certain moment des réactions
exagérées en terme d’ampleur de baisses de cours. Trop d’entreprises axent
leur communication sur leurs résultats annuels, ou pire, semestriels voire
trimestriels. Un « court-termisme » qui excite la fébrilité des
investisseurs. A tort. Car la fin du monde est rarement pour demain (ou
pour après-demain, même si nous nous approchons de la fameuse date du 21
décembre 2012). Et une faiblesse d’une entreprise à un moment donné n’est
pas forcément extrapolable à long terme. Rappelons une nouvelle fois que,
le plus souvent, seuls 10 à 15% du prix d’une action sont expliqués par
les dividendes des 5 prochaines années. La majeure partie d’un cours de
bourse dépend donc des attentes au-delà de cette période. Or, une étude du
Professeur Robert Shiller aux Etats-Unis avait déjà conclu il y a plus de
30 ans (en 1981) que la volatilité des cours des actions exagérait celle des
flux de dividendes à attendre à long terme.

2 – Certes relativement moins
affectées que les petites, les grandes entreprises sont tout de même
largement concernées : près de 2/3 (64,4%) des entreprises les plus
importantes du CAC All Tradable (25% de l’échantillon) ont connu une chute
de leurs cours de 20% durant ces 5 années. Méfiez-vous donc de l’apparente
sécurité que conféreraient les grandes entreprises par rapport aux plus
petites : si elles ont, en théorie, plus de moyens, notamment
financiers, pour résister aux « tempêtes », les grandes
entreprises peuvent aussi manquer d’agilité pour réagir suffisamment
rapidement, du moins au goût des investisseurs. Symétriquement, ne
dédaignez pas dogmatiquement les plus petites entreprises : c’est en
leur sein que l’on peut trouver les opportunités les plus juteuses, à
condition de bien apprécier leurs capacités de résistance à moyen et long
terme. 

3 – Les
investisseurs capables de garder leur sang froid peuvent tirer leur épingle du
jeu dans des situations de grand stress sur les marchés. C’est même le moment
où les bonnes affaires se multiplient. Bien entendu, toute action qui baisse ne
se relève pas automatiquement. Mais, comme le disait le grand investisseur John
Templeton, le meilleur moment pour investir, c’est « quand il y a du sang
dans les rues ». Souvenez vous de mars 2009, époque à laquelle personne ne
voulait plus toucher aux actions. Garder des munitions (de l’argent disponible
donc) en prévision de périodes comme celle-là relève d’une bonne gestion de
patrimoine, surtout si, comme aujourd’hui, les Bourses ne sont pas spécialement
bon marché. Vous n’éviterez peut-être pas, dans un premier temps, une poursuite
de la volatilité ou de la baisse entamée (car qui peut se prévaloir d’un sens
parfait du timing ?) mais à moyen terme, si vous avez vu juste, vous
récolterez les fruits de votre audace.  

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