Entreprendre et courir, courir et entreprendre ….

Sylvain PerretPar Sylvain Perret (contributeur exclusif)Mon Oncle d’Amérique

Qu’est ce que pratiquer la course à pied a à voir avec l’entrepreneuriat ? Y a t’il un quelconque rapport entre les deux ? Dans, mon cas, clairement, la réponse est oui.
 
J’ai toujours pratiqué la course à pied, parfois en dilettante, parfois à fond avec des objectifs précis. J’ai fait de longues pauses sans chausser les baskets, la plus longue pour cause de blessure, mais j’ai toujours repris.
 
Depuis que je vis aux USA, j’ai beaucoup augmenté le rythme de mes courses ainsi que la distance et ce, pour plusieurs raisons. D’abord par ce que je vis au sud des États-Unis et la météo y est très très favorable à la pratique sportive. Ensuite parce que tout est prévu ici pour le sport, les équipements y sont fabuleux. Enfin parce que la pratique sportive est encouragée, valorisée, facilitée, ici, jusqu’au sein des entreprises.
Courir m’a toujours aidé dans mon travail, mais, depuis que je suis entrepreneur, je crois que je perçois encore plus le parallèle entre la course à pied et la création ou le management d’une entreprise.
 
Quelles sont les valeurs que la course à pied m’a enseignées ? La première valeur, je crois, est la persévérance. Tout le monde peut courir, c’est un sport peu onéreux, facile à pratiquer. Vous pouvez partir du bas de votre immeuble, pas besoin de prendre la voiture, pas besoin d’une grosse infrastructure. Il suffit de commencer un jour et de ne pas rester au « Demain je m’y mets ». Sauf qu’il y a de fortes chances que le lendemain de votre 1ère course vous maudissiez jusqu’à la 7ème génération celui qui vous a donné ce conseil. En effet, votre organisme s’est révolté parce qu’il n’a pas l’habitude et il vous envoie un sacré signal sous forme de douleurs partout. Il y a même de fortes chances que vous soyez obligé de rouler hors du lit devant votre incapacité à contracter les muscles abdominaux et les cuisses. Mais… les courbatures, ça passe … si, si. Et si vous y retournez, disons, 3 jours après, les courbatures seront beaucoup moindres. Puis encore 3 jours… puis plus de courbatures et vous vous surprenez à y prendre du plaisir ! En course à pied, il ne faut pas se décourager au premier obstacle, il faut persévérer. Comme dans la création d’une entreprise, il y a des embuches, ce n’est pas facile, mais vous y croyez, alors vous continuez et vous allez de l’avant.
 
Ensuite, la course à pied m’a appris à progresser régulièrement, à assurer chaque prise, à ne pas bruler les étapes. En effet, les plans d’entrainement prévoient généralement une progression de 10% maxi d’une semaine sur l’autre et un palier toute les 3 semaines afin de permettre au corps, muscles, os, d’encaisser la hausse de sollicitation. Si l’on veut progresser plus vite, il faut assumer le risque d’une blessure qui remettra en cause tout le plan de progression. Je connais, je l’ai vécu.  Pour une entreprise classique (hors certaines startup dont le seul but est d’être rachetée à court terme), une progression régulière, programmée, avec des paliers pour assoir sa structure, cela me parait un programme assez sain.
 
En 2009, lors de mes voyages d’études préalables à notre arrivée aux USA, j’ai eu l’occasion de rencontrer une famille de Français vivant aux USA depuis 3 ans à cette époque et dont la structure familiale était proche de la nôtre. Le courant est très bien passé avec cette famille adorable et une sincère amitié nous a vite lié. Près de 5 ans après, nous nous voyons régulièrement. Olivier, c’est le prénom de notre ami, cadre supérieur dans une très grande entreprise Américaine,m’a vite mis dans le bain : il court, il a fait des marathons et des semi-marathons. De mon côté, j’ai couru, en compétition 20 ans plus tôt, et cours au maximum 10 km à cette époque. Il me vante les semi-marathons organisés aux USA, ambiance détendue, pas du tout un esprit de comparaison avec le voisin, certains le faisant en 4 heures (par comparaison, j’ai été horrifié de voir que pour le semi-marathon d’Annecy, le temps maxi autorisé est de 2h30 !). Et me voilà en train de lui dire de m’inscrire pour le prochain semi-marathon… dans 4 mois !
 
C’est là que 2 valeurs de la course à pied rejoignent l’entrepreneuriat à mon sens. « À deux, on est plus fort » et « La nécessité et l’intérêt d’avoir un objectif ». Dès le lendemain de cette promesse, je me suis dit que c’était de la folie et j’ai envisagé de rappeler cet ami pour lui dire que sous l’effet de l’enthousiasme et aussi de l’apéritif peut être un peu chargé, j’avais pris un engagement irréaliste. Mais, ma fierté m’en a empêché. De plus, j’admirais ce gars et sa réussite, alors, ne pas baissez les bras ! Haut les coeurs.
Bien m’en a pris, cet objectif m’a tiré de l’avant. De plus, Olivier m’a souvent relancé, se tenant au courant des mes progrès. Nous sommes allés plusieurs fois courir ensemble pour se motiver (enfin surtout pour me motiver, il l’était pour pour une équipe entière de coureurs). Au bout de 4 mois d’efforts réguliers, j’ai fini mon premier semi-marathon en 2:00:45. Content et déçu. J’avais fait la bêtise, ou peut être pas d’ailleurs, d’annoncer « 1er semi-marathon et en moins de 2 heures ». J’avais remporté la 1ère manche, pas la 2ème. On a longtemps plaisanté sur la longueur de la pause pipi… Mais, et c’est peut être encore un parallèle avec l’entreprise, je ne suis pas resté sur ce semi échec. J’ai appris, j’avais fait des erreurs de ravitaillement et eu un gros « trou » à 17 km environ. Je me suis inscrit au suivant et là … 1:57:45 !!! D’un échec, tu peux apprendre et t’améliorer.
 
Aujourd’hui, je cours régulièrement, 2 à 3 fois par semaine. J’ai dû faire une longue pause à cause d’un fracture à la jambe. Cette période a été sombre. J’étais en manque de quelque chose. Personnellement, une journée qui commence par 5 à 10 km de course à pied est 2 fois plus productive qu’une journée sans. En effet, la course à pied me permet de réfléchir, d’ordonner mes idées, de m’apaiser, de me concentrer sur les points importants (stay focused). J’ai lu quelques parts que les pensées pendant la course à pied s’approchaient de celles que l’on a pendant la méditation. Aux USA, on a un mot pour ça : les monkey minds.
 
Petit aparté ici. Je pense que la pratique du sport, y compris la course à pied, est trop élitiste en France. L’anecdote plus haut sur le semi-marathon d’Annecy est significative. Je vois courir des gens que j’admire : plus de 100 kg, serrés dans leurs tenues… mais ils courent et il ne viendrait à l’idée de personne de critiquer ou de se moquer. Le type de phrase « qu’est ce qu’il fait là celui-là ? » n’a pas lieu d’être. Ici, le sport est vraiment populaire, familial, fun. Le but d’un évènement sportif est d’être le plus inclusif possible, c’est à dire avoir le plus de participant, même si leurs « scores » ne sont pas « honorables ».De même, le sport est hyper encouragé en entreprise car avoir des collaborateurs sportifs, c’est s’assurer de leur santé, de leur volonté, de leur bien être (or, un salarié bien dans sa peau fait une meilleur travail, c’est incontestable). Lorsque je travaillais dans la banque en France, il y avait eu une mini polémique par rapport à des directeurs d’agence qui avaient fait installer des douches dans les agences pour ceux qui pratiquaient le sport pendant la pause déjeuner ou le matin. Aujourd’hui, je répondrais que ça devrait être obligatoire et que les entreprises ont tout à y gagner !
 
Certaines écoles de commerce américaines ont compris l’intérêt de la course à pied et  inscrivent la préparation, en groupe, d’un marathon au programme de leurs cursus. C’est ce qu’a initié un coureur de marathon et professeur au Red Rocks Community College, M Andrew Johnston. Pendant 21 semaines, des élèves qui n’ont jamais couru avant vont s’entrainer et préparer le Rock 'n' Roll Marathon de Phoenix ! Selon ce professeur « Créer une entreprise est un but important qui souvent requiert un business plan écrit détaillé qui décompose le projet global en petites taches hebdomadaires avec des dates de réalisation précises dans le temps. C’est pareil qu’un plan d’entrainement de marathon. La persévérance et la volonté ne s’appliquent pas qu’à la course à pied, ces valeurs doivent aussi être présentes lorsque l’on lance une entreprise, que l’on gère des équipes ou simplement lorsque l’on cherche un emploi dans cette économie difficile. » (article original dans Runners World : http://www.runnersworld.com/runners-stories/the-business-of-marathon-training?page=single#.U10ruQQjS7o.email).
 
Vous êtes entrepreneur ? Vous recherchez un peu de sérénité, vous voulez vous reconcentrer ? Alors à vos baskets et keep running !
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