Et si l’euro …

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Au cœur des nombreuses incertitudes de 2012, la perspective d’un éclatement de l’euro alimente toutes les conversations. Au Café du Commerce, bien sûr, mais aussi dans les bureaux à l’ambiance feutrée des analystes financiers de toute la planète. Réelle possibilité ou fantasme ? Un obstacle à surmonter ou une véritable catastrophe ? L’investisseur peut-il y faire face en adaptant son portefeuille à l’avance ou en préparant au mieux sa réaction en cas de survenance de cet événement ?

La fin de l’euro serait à tout le moins un événement inédit dans son ampleur. Imaginez : la première zone économique mondiale devant renoncer à sa monnaie unique … Dans un système économique mondial globalisé, cela déclencherait des événements en cascades aux conséquences sans doute désastreuses, ne serait-ce que par les désordres financiers qui seraient infligés aux banques, petites et grandes. Il s’agit d’avoir une grande souplesse d’esprit pour imaginer ce qui pourrait se passer, y compris à l’autre bout de la planète. Un exemple ? Une zone européenne économiquement dévastée réduirait ses échanges avec la Chine, ce qui pourrait engendrer un éclatement de la bulle immobilière en cours dans ce pays et des désordres sociaux. Un coup de frein brutal à l’économie chinoise aurait à son tour des répercussions au Japon qui réalise près de 20% de ses exportations en Chine : le chômage s’accroîtrait alors dans ce pays déjà fragilisé par un vieillissement accéléré de sa population. Pour refinancer l’immense dette publique japonaise (plus de 200% du PIB !), jusqu’ici dans les mains de la population nippone, les autorités du pays se verraient alors contraintes de quémander sur les marchés internationaux qui exigeraient nettement plus que le 1% qui est de mise aujourd’hui.  De quoi provoquer une crise économique et financière lourde au Japon également.

Entendons-nous bien : le raisonnement précédent est artisanal et n’a pour mérite que de montrer que la mort de l’euro aurait certainement des répercussions bien au-delà des frontières européennes. Mais les scénarios alternatifs sont légions et seuls des ordinateurs surpuissants pourraient envisager toutes les possibilités et leurs probabilités.          

Que doit en penser l’investisseur et que doit-il faire en conséquence ?

Tout d’abord, si elle survient, la fin de l’euro sera une décision politique qui sera longue à prendre. Or, à l’heure actuelle, ni la France ni l’Allemagne n’y ont intérêt. Pas de panique par anticipation, donc ! Je ne vois aucune possibilité à ce que l’investisseur se réveille un beau matin en apprenant que l’euro est mort brutalement durant la nuit. Comment Jacques Attali a-t-il pensé il y a quelques semaines que la monnaie européenne ne passerait pas Noël ?

L’investisseur peut-il dénicher à l’avance les actions qui seront les plus intéressantes à l’achat en cas d’éclatement du système, de façon à réagir le plus rapidement possible ? Cela me semble très difficile. D’une part, les conséquences d’un tel événement seront difficilement prévisibles : toutes les sphères économiques seront sans doute touchées. D’autre part, même en supposant que l’investisseur puisse déterminer deux classes d’actions (celles représentant les entreprises qui seraient le plus exposées et celles qui seraient le moins exposées), encore lui faudrait-il pouvoir préjuger des cours des actions post-événement. S’il y a une panique, les cours des actions les plus exposées pourraient se retrouver à un bas niveau tel qu’elles seraient in fine les plus intéressantes à acheter, même à court terme !

Est-ce à dire que l’investisseur ne doit rien faire ? Aujourd’hui, alors que la probabilité d’un éclatement à terme de l’euro reste faible (moins de 20% selon moi), l’investisseur peut rester serein. S’agiter sur fond de bruit médiatique ne sert à rien, si ce n’est à payer des frais. Ce qui ne veut pas dire que tout va pour le mieux : l’investisseur doit bien évidemment tenir compte de la réalité délétère du moment et notamment du fait qu’une croissance bénéficiaire robuste des entreprises n’est pas à l’ordre du jour. Loin s’en faut. Plus que jamais, il doit exiger une marge de sécurité en matière de valorisation. Et si, au cours des prochains mois, l’évolution de la situation rend plus probable la fin de l’euro, il devra alors s’adapter le plus possible AVANT l’événement de façon à se constituer un matelas de liquidités suffisant (de préférence en dollars et en francs suisses), ce qui lui permettra d’investir au cas par cas, après une analyse objective de la situation du moment, dans des actifs aux cours sacrifiés post-panique.         

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