« Petite chronique boursière  » – Evitez les pièges de l’information financière

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Ces derniers mois, les « fake news », à savoir ces informations sciemment biaisées, voire intégralement inventées et largement diffusées sur Internet et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, …), se sont retrouvées au cœur de tous les débats.  Elles ont principalement proliféré à l’occasion d’échéances électorales importantes (élection présidentielle  américaine, voire française, et Brexit notamment). Mais elles touchent aussi d’autres domaines dont la finance.

Ainsi, il y a quelques jours, le gendarme boursier américain (la SEC) a ciblé des « analyses » d’actions dont les auteurs, cachés derrière des pseudonymes, avaient été payés par des entreprises pour en faire la promotion.  Ces articles se retrouvaient publiés sur un site, en fait un blog collaboratif (à l’image d’Envie d’Entreprendre), pourtant réputé outre-Atlantique, à savoir Seeking Alpha qui, rendons-lui cette justice, avait largement collaboré  à démasquer les imposteurs. Ce n’est qu’un exemple.

Comment s’en prémunir ? Le consommateur de produits financiers doit en permanence garder à l’esprit deux questions face à une information qu’il récolte sur Internet ou ailleurs.

La première est : « Qui est la personne qui délivre cette information ? Est-elle objective et compétente ? ».Bien entendu, se cacher derrière un pseudo n’est pas un gage de transparence ! Des conflits d’intérêts peuvent aussi surgir. Il n’est pas rare, par exemple, qu’un banquier tente de vendre à son client un produit sans lui en présenter tous les dangers. Ainsi, en France, la banque BNP Paribas est aujourd’hui en délicatesse judiciaire au sujet d’un prêt immobilier à un taux fixe à l’époque très faible (« Helvet Immo », commercialisé en 2008), contracté en francs suisses mais remboursable en euros. La forte hausse du franc suisse par rapport à l’euro qui a suivi rend la facture  très lourde pour l’emprunteur. Un risque largement minoré par la banque  vis-à-vis de ses clients alors qu’en interne, il aurait été épinglé (d’après Le Canard Enchïné et Libération).

Ce qui amène la deuxième question qui doit être à chaque fois posée : « Les avantages liés à ce produit ne sont-ils pas trop beaux pour être vrais ? ». Bien entendu, le consommateur peut tenter de recouper l’information pour se faire une idée. Mais les sources qu’il risque de trouver, notamment sur Internet, ne sont pas nécessairement indépendantes les unes des autres. La course de vitesse à laquelle  se livrent régulièrement les sites  peuvent les amener à recopier des informations ou des analyses trouvées ailleurs, sans recul nécessaire. Selon nous, la solution réside dans une amélioration du niveau moyen, actuellement toujours trop faible, de connaissances financières de la population . Ce n’est pas inatteignable : le plus souvent, un peu de bons sens suffit.

Avec ces deux questions en permanence à l’esprit, le particulier évitera déjà pas mal de déconvenues. Mais pour éviter de se faire piéger, il doit aller plus loin encore et rechercher ce qui n'est pas dit ou ce qui n’est dit que trop sommairement. Il doit notamment ne pas s’arrêter au confort de l’information qui confirmerait ses a priori ou son intuition. Fouiller plus loin pour questionner les évidences. Par exemple, s’il s’apprête à acheter des actions individuelles en suivant les recommandations d’un hebdomadaire spécialisé, il aura peut-être l’impression qu’il agit en bon père de famille en période de taux d’intérêt peu élevés. Après tout, les actions sont le placement le plus rémunérateur pour celui qui investit à long terme, tout le monde le sait. Réellement ? Connaît-il exactement l’étendue des risques qu’il prend compte tenu du fait que, sur la durée, la majorité des actions ne performent pas mieux qu’un compte d’épargne et que la majeure partie des gains boursiers sont réalisés par une minorité d’actions ?

Un dernier mot. L’expertise a un coût. Méfiez-vous des informations ou des conseils délivrés gratuitement. Il est probable que celui qui en est à l’origine se fasse rétribuer d’une manière qui ne vous est pas favorable. Ce qui ne signifie naturellement pas que tous les conseils payants soient d’une irréprochable qualité …

 

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