« Petite chronique boursière  » : Gare à la bougeotte !

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Toutes les misères de l’Homme viennent de son incapacité à rester assis seul dans une pièce vide et calme.

Ainsi, s’exprimait Blaise Pascal.

Certes, aujourd’hui, la science médicale a établi que l’inactivité était préjudiciable à notre santé. Rester assis trop longtemps augmenterait ainsi sensiblement le risque de mort prématurée.

Mais quid de l’investisseur ? Est-il judicieux pour lui d’être actif, quand bien même il le serait en position assise devant son écran d’ordinateur ?

Quelles sont en fait les raisons qui incitent l’investisseur à passer des ordres de Bourse ? Je distinguerais trois grandes familles :

  1. Les flux d’argent : si l’investisseur a besoin de son argent pour faire face à une dépense imprévue ou s’il a atteint son objectif financier (et donc acheter, par exemple, la voiture ou l’appartement de ses rêves) ; ou, à l’inverse, si l’investisseur fait face à une rentrée d’argent (un héritage par exemple), cet investisseur est ramené vers la Bourse.
  2. Les modifications de la réalité initiale : les raisons qui ont amené l’investisseur à agir initialement ne sont plus présentes (par exemple, une action bon marché ne l’est plus) ou l’évolution contrastée des différents postes de son portefeuille entraîne un déséquilibre de celui-ci qu’il faut corriger.
  3. De meilleures opportunités, ou présumées telles, surgissent, nécessitant des arbitrages à opérer : vendre tel poste pour acheter tel autre, prometteur d’un rendement supérieur.

Sans surprise, c’est cette troisième raison, de nature la plus spéculative, qui est à l’origine de la majorité des opérations boursières des investisseurs particuliers. Malheureusement, assez régulièrement, l’investisseur agit de façon impulsive sur la foi d’un article lu dans la presse financière ou de l’opinion d’un analyste relayée par la télévision ou les réseaux sociaux. N’oublions pas que, pour une grande part, les nouvelles financières (les faits et leurs interprétations) constituent du « bruit » statistique, à savoir qu’elles ne contiennent aucune information pertinente à la formation de la juste valeur des actifs. Par conséquent, agir en Bourse sur la base de ce « bruit » peut s’avérer dangereux pour la santé d’un portefeuille. Et cela d’autant plus que l’investisseur (surtout le mâle d’ailleurs) a une fâcheuse tendance à surestimer ses capacités : il vend et achète donc avec une certaine légèreté. Ajoutons à cela le rôle joué par les émotions qui l’amènent souvent à conserver trop longtemps les actifs sur lesquels il perd et à vendre trop rapidement ceux sur lesquels il gagne. Etayé par plusieurs études qui vont toutes dans le même sens, le résultat ne fait guère de doute : plus l’investisseur passe des ordres (à l’image d’un trader) et plus sa performance sera médiocre. En particulier, le placement qu’il aura revendu générera un rendement en moyenne supérieur à celui qu’il aura acquis avec l’argent récolté. Ou encore, il a également été constaté que celui qui se limite à acheter et conserver (« buy and hold ») finira par réaliser une meilleure performance que celui qui achète et vend sans cesse.

Vous n’êtes pas encore convaincu que le trading compulsif est nuisible à votre performance ? Considérez donc la question sous l’angle suivant : lorsque vous achetez ou vendez une action, par exemple, il y a une contrepartie, à savoir quelqu’un d’autre qui opère de façon inverse, vendant ce que vous achetez ou achetant ce que vous vendez. La plupart du temps, cette contrepartie est un professionnel de la finance. Quelle est donc la probabilité, du moins si vous agissez avec un court horizon de placement, que vous soyez mieux informé que lui ? En réalité, elle est très faible …

Pourquoi vous alerter sur ce point aujourd’hui ? Il n’est pas impossible que les prochains mois soient marqués par une assez forte volatilité boursière : les valorisations restent élevées, les banques centrales semblent hésiter à poursuivre leur soutien des cours boursiers, la conjoncture économique reste compliquée un peu partout, ce qui détériore la qualité des fondamentaux des entreprises, …

Attention donc à ne pas sur-réagir dans l’émotion du moment.

A bon entendeur …

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