« Petite chronique boursière » : Gare aux corrections dans un marché bien valorisé !

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Le risque a-t-il disparu du radar des investisseurs ?

Le Brexit, le dossier nord-coréen, les fragilités de l’Eurozone, les niveaux d’endettement record un peu partout, le début de normalisation monétaire annoncé par la Federal Reserve américaine…  Beaucoup d’observateurs s’étonnent de la relative placidité des marchés financiers face aux incertitudes économiques et géopolitiques mondiales. Aux Etats-Unis, la confiance des investisseurs est même au plus haut et la volatilité de la Bourse est au plus bas ! Tant qu’il y a de la musique, il faut continuer à danser (comme avant les deux grandes crises boursières précédentes) ?

Mais ce n’est pas qu’un phénomène général. J’irai plus loin en pointant également la dangereuse complaisance des investisseurs à l’égard de certaines actions (individuelles) comme si, encore plus peut-être que les marchés où elles sont cotées, elles étaient étrangement immunisées contre tous les risques. Jusqu’au jour où …

Considérons le cas récent de l’action américaine Equifax. Agence d’évaluation de crédit (chargée de mesurer la solvabilité des consommateurs et des entreprises), le groupe américain Equifax, fondé il y a près de 120 ans, est un des 3 leaders mondiaux d’une spécialité devenue un des rouages importants de l’économie financiarisée moderne. Ses propres finances sont assez saines et la croissance bénéficiaire, consolidée par des acquisitions ciblées, au rendez-vous.  Loin de représenter une petite structure à l’avenir incertain ou une entreprise à bout de souffle en proie à des restructurations sans fin, Equifax était, jusqu’à ces dernières semaines, une valeur  sûre de la Bourse américaine. Bénéficiant, dans l’esprit des investisseurs, d’une prime de qualité, elle cotait à un niveau assez élevé, largement considéré comme mérité.

Mais, par rapport à ses plus hauts de l’année, l’action s’est retrouvée  récemment amputée de plus d’un tiers de sa valeur (en USD). Que s’est-il passé ? Le groupe a reconnu un piratage informatique de grande ampleur de ses données informatisées, touchant quelque 143 millions de consommateurs américains. Circonstance aggravante, le management du groupe a attendu plusieurs semaines avant de rendre publique cette affaire, exposant par là-même ces consommateurs au risque de fraudes de toutes sortes. Et, cerise sur la gâteau, des soupçons se portent sur certains dirigeants qui auraient profité de cette latence pour vendre leurs actions avant que le scandale éclate.

En laissant de côté la question du comportement du management, un tel événement relève de  l’impondérable de toute activité humaine, me direz-vous. Vraiment ? Tout le monde sait pourtant aujourd’hui que nos économies, aux prises à la numérisation progressive de pans entiers, sont exposées aux opérations de piratage informatique, parfois de grande ampleur. Et une entreprise comme Equifax, bien que faisant preuve apparemment de beaucoup de légèreté sur la question,  est en première ligne face à ce danger. Son « business model » repose sur la confiance qui peut lui être accordée quant au traitement d’informations privées sensibles. Regagner une bonne réputation en la matière sera un travail de longue haleine.

Dans un tel contexte, l’action, après la récente baisse, est-elle devenue bon marché ? Ce serait aller vite en besogne. L’action, qui a regagné quelques plumes, continue en grande partie de bénéficier de son aura antérieure. Etant donné l’apparente mauvaise volonté du management à reconnaître la gravité du problème, l’enquête diligentée pourrait mettre au jour des dysfonctionnements encore plus graves. Et le prix à payer de toute éventuelle « class action » pourrait s’avérer très élevé avec le spectre, certes peu probable aujourd’hui, d’une faillite en bout de course.

Il y a 20 ans, le directeur général de Intel, Andy Grove, faisait un succès de librairie avec son livre « Seuls les paranoïaques survivent ». Son message : se méfier des succès qui entraînent la complaisance et, in fine, l’échec. Avant de considérer qu’une action mérite une prime de « qualité », réfléchissez à deux fois. Parano, peut-être pas ; prudent, assurément !

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