Gérer le poids de l’identité numérique dans sa reconversion professionnelle

Nadège VallaPar Nadège Valla (contributeur exclusif) – pour www.careerbuilder.fr

Oui, j'ai osé l'écrire : 'le poids' de l'identité numérique. Moi qui ne jure que par les atouts d'une visibilité maîtrisée sur le web, voilà que j'aborde, par mon travail, un tout autre aspect du personnal branding : celui de sa gestion dans le cadre d'une reconversion professionnelle façon 'grand écart' entre deux secteurs d'activité. 

Cette expérience client m'a ouvert les yeux et suscité beaucoup d'interrogations. L'identité numérique, levier de l'employabilité, pourrait-elle se retourner contre nous ? Comment parer ses lacunes et prévenir ses écueils ? Existe-t-il des solutions éprouvées ou sont-elles encore à inventer, au fil de l'expérience ? 

Le cas d'école de la reconversion professionnelle d'une cliente

Il y a quelques mois, une cliente a sollicité mes services pour l'aider à faire son CV, formuler ses mails de motivation et actualiser son identité numérique dans le cadre d'une reconversion professionnelle. Elle venait de quitter son métier de paysagiste pour se lancer dans celui d'infographiste. Sa formation achevée, elle cherchait donc un emploi salarié, voire des clients dans le cadre de prestations. Un cas d'école, me direz-vous. 

La logique de la VAE pour refondre les documents print

Je m'attèle donc à la refonte de son CV print et web, son envoi dans les CVthèques appropriées et lui propose plusieurs approches de mails de motivation. Je m'appuie sur la logique de la VAE pour mettre en exergue les compétences de ma cliente et ses motivations, en vue d'expliquer le virage emprunté dans son parcours professionnel. 

Mais les choses se sont compliquées lorsque j'ai abordé la visibilité web de ma cliente. Nous n'étions plus les seules actrices du parcours professionnel de ma cliente : l'ami Google, les réseaux sociaux et les internautes se sont invités dans la danse.

De la difficile gestion de la communication partagée sur le web…

Si les documents print (CV, lettres, etc.) se font et se 'défont' au grès de nos envies, sur le web chaque profil biographique s'inscrit dans le temps. Le web n'oublie rien ! Ainsi, la visibilité professionnelle de ma cliente reposait sur plusieurs profils nourris sur les réseaux sociaux, de nombreuses interventions dans des forums spécialisés ainsi qu'un blog alimenté de longue date et réunissant son petit groupe de fidèles lecteurs. 

Une foule de questions éthiques…

Que faire de cette identité numérique 'paysagiste' si bien installée ? Faire table rase de la paysagiste pour installer l'infographiste ? Mettre à profit ses profils bien référencés par Google et partagés dans des réseaux de niche, pour implanter la nouvelle identité ? Comment dans ce cas expliquer la reconversion de ma cliente à des niches si spécialisées et sans intérêt pour sa nouvelle carrière ? Comme positionner sérieusement ma cliente sur de nouvelles communautés d'infographiste avec ce 'lourd e-passif' de paysagiste ? 

… Et techniques !

Pire, quelle stratégie rédactionnelle serait capable de supplanter dans des délais raisonnables un personnal branding de cette importance ? La fréquence des mises à jour Google demande une certaine patience et un travail de fourmi connectée pour hisser – mois après mois – un nouveau profil à ce niveau de référencement… Or cette dernière souhaite travailler au plus vite son employabilité auprès des infographistes rompus à la googelisation des candidats et prestataires ! 

L'identité professionnelle et l'identité personnelle selon Claude Dubar

Alors que j'errais dans ce méandre d'interrogations, je suis tombée sur une analyse de Claude Dubar : selon ce dernier, le concept de l'identité professionnelle met en scène deux processus identitaires hétérogènes : celui de l'identité pour soi (biographique) et celui de l'identité pour autrui (relationnelle). En version numérique, cela revient à gérer le contenu des profils tout en attirant l'attention, l'adhésion voire les recommandations des internautes. 

C'est un fait : sur Internet, nous ne sommes plus les seuls acteurs de notre parcours professionnel. L'employabilité comprend une dimension sociale dont on ne peut s'affranchir. Ma cliente doit faire ses armes pour acquérir un savoir-faire et être reconnue par ses pairs. Mais son employabilité reste en grande partie suspendue à sa reconnaissance professionnelle par le réseau : une visibilité primordiale dans les métiers digitalisés comme celui d'infographistes. Alors qui de l'œuf ou de la poule ?…

Je détaillerai la stratégie adoptée dans une prochaine chronique, mais vous ? Avez-vous déjà eu à gérer ce 'poids' de l'identité numérique ? Quels leviers avez-vous actionnés et quels ont été les retours des internautes ?

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