Grasses, fainéantes, myopes, idiotes : les clichés du consultant

Martingilles_2
Par Gilles Martin (chroniqueur exclusif) – Président du cabinet de conseil en stratégie et management PMP

Pour un médecin, le monde a l’air d’être peuplé uniquement de gens malades.

D’ailleurs le Docteur Knock de Jules Romain ne disait-il pas qu’un homme bien portant n’est qu’un malade qui s’ignore.

Et bien, quand on pense au métier de consultant, c’est un peu la même chose.

Les entreprises qu’il va rencontrer, et qui vont incarner le modèle des entreprises dans son inconscient, et son conscient, elles ont toutes quelque chose qui ne marche pas. Et certains se laissent prendre à ces clichés.

Et ces clichés, ils ont la vie dure.

Cas répandu, diagnostic imparable : l’entreprise est trop grasse : les effectifs sont trop nombreux pour qu’elle soit performante. Outil meurtrier pour dénoncer toute cette graisse : le benchmarking. Même Nicolas Sarkozy n’arrête pas d’en parler quand il parle de l’Etat.

Le benchmarking, c’est l’outil de mesure de la graisse. Il compare n’importe quoi dans l’entreprise aux meilleurs, ceux qui ont la taille mannequin. Et il nous rend ridicule avec notre graisse en trop… et ça ne s’arrête jamais, car on trouve toujours quelque part un mannequin encore plus maigre…C’est ça le « lean manufacturing », le « lean retailing », etc…C’est sans fin.

Et puis, si l’entreprise passe le test de la graisse (il y en a quand même), alors on va trouver une autre affaire dans l’entreprise : ok, elle est lean, belle fille, mais elle est …..fainéante.

Ce nouveau créneau est également un must dans les diagnostics. Le remède, c’est de tout retourner dans tous les sens, de redéfinir l’entreprise, tout, tout, sans rien laisser en l’état. Ce sont les célèbres méthodes de « Business Process Reengeneering » qui ont fait la fortune de certains consultants, et beaucoup de dégâts, dans les années 90. Quel plaisir de tout casser les processus, de faire faire par paul ce que faisait jacques, etc.. Avec une « vision transversale ». Cette histoire de processus, pareil, elle n’est pas près de se tarir. Il existe même des clubs, des sectes, spécialisés dans l’analyse et la gestion de projet par processus. Alors, là, les fainéantes, elles y passent ou elles trépassent. Car, en clair, le reengeneering des processus, ça consiste à courir plus vite, à augmenter les cadences, à raccourcir les délais, bref à travailler mieux, faire moins d’erreurs, et bien sûr ça marche bien avec la cure d’amaigrissement des méthodes précédentes.

Bon, l’entreprise a passé le test de la graisse, elle court plus vite. On va se reposer un peu ? Vous rigolez…

Un nouveau problème va surgir, un mal encore plus grave : l’entreprise est courageuse, elle est fine, mais alors…elle fonce comme une idiote, elle voit pas plus loin que le bout de son nez. Elle est myope comme une taupe. Elle manque de…. »vision stratégique »…

Alors là, on va sortir les méthodes de « vision stratégique », de « scenario planning », de planification stratégique, les tableaux de bord, le reporting,…n’importe quoi pour donner les bonnes lunettes, voire carrément opérer les yeux…Cela peut prendre du temps.

Bon, on a fait la cure amaigrissante, on court plus vite, on a changé les lunettes, c’est bon maintenant Docteur ?

Que nenni !
Car cette belle entreprise, sans graisse superflue, qui court comme une vraie gazelle, avec des yeux de lynx…elle a un autre problème : elle est….bête !

Elle ne sait pas réfléchir, elle n’a pas d’idées nouvelles. Et là on va s’occuper d’innovation, de management, de leadership. Là encore c’est une thérapie plus longue. Il y a des « team building », des « coaching », du management de l’innovation, des méthodes de créativité, des « Idea machines », etc…
Bon, et puis, une fois qu’on est moins bête, si ça se trouve, on a pris un peu de poids…Et hop, un petit benchmarking de plus.

Cela ne s’arrête jamais.

Voilà pourquoi le métier de « consultant » semble éternel et attire tant de monde. Le Syntec, syndicat des entreprises de conseil en France, estime que le marché est de plus de 5 Milliards d’euros en 2008, avec un nombre de structures, de toutes tailles, qui font du « conseil » de plus de 11.000 entreprises ! Et nombreux sont ceux qui croient qu’il est facile de s’improviser consultant.

Et certains, un peu trop concentrés sur ces outils soi-disant magiques, font des massacres dans les entreprises en racontant n’importe quoi. Les outils et méthodologies empilés les uns sur les autres remplacent l’intelligence. Heureusement, les entreprises clientes et le marché font généralement bien le tri, les meilleurs sortent du lot, les moins bons disparaissent. Le métier de consultant est un métier de réputation et de « personnal branding ».

Car ce serait trop simple, non, s’il suffisait de sortir tous ces outils pour résoudre tous les problèmes ? Sans parler de ceux qui ne savent pas s’en servir.

Heureusement, ce métier, que j’exerce depuis longtemps, et que j’ai appris à aimer au contact de personnes qui m’ont beaucoup apporté, et avec des clients devenus parfois des amis, a aussi ses bons praticiens.
Ce métier qui me passionne, je le transmet aujourd’hui, aux consultants de l’entreprise de conseil que j’ai créée, avec mes associés consultants et entrepreneurs, il y a cinq ans : PMP.

C’est justement le sujet de cette chronique tous les premiers lundis du mois, ici, sur ce métier passionnant et mal connu de « consultant et entrepreneur ». Le but, c’est de dépasser les clichés, et d’explorer comment les entreprises se transforment en partenariat avec les consultants, et comment fonctionne une entreprise de conseil. Le secret est simple : il est d’aimer les entreprises et les gens. Ensuite, beaucoup de choses viennent toutes seules.

Merci de vos commentaires, et de me faire part des questions qui vous intéressent.

Laissez un avis

Envie d'entreprendre
Logo
Enable registration in settings - general