Interview Andrès Atenza, directeur de l’école de commerce ISC Paris : « Les grandes écoles sont de sacrées assurances-vie… Difficile de créer si l’on n’est pas en danger »

Teillet_antoine Par Antoine Teillet (chroniqueur exclusif) – Journaliste spécialisé grandes écoles

J’ai passé un long moment voici quelques semaines avec Andrès Atenza, directeur de l’école de commerce ISC Paris. De quoi faire le tour de quelques grandes problématiques qui touchent actuellement les grandes écoles. J’avais envie de vous en faire part… Ouverture des grandes écoles, coûts des études, et bien sûr création d’entreprise…

Classiquement, on entre en grande école Bac+2 après une prépa, mais aujourd’hui, la situation a beaucoup évolué…

Tout à fait. Aujourd’hui, les grandes écoles privilégient un recrutement de plus en plus varié. Face à la complexité de la sphère économique et professionnelle, il faut fournir aux entreprises des profils divers. Les grandes écoles de commerce accueillent donc un nombre croissant d’étudiants issus de BTS, de DUT et même de licence. Des profils très motivés et déjà expérimentés qui complètent et enrichissent nos promotions et suivent tout aussi bien nos enseignements.

Si certains établissements organisent leur concours de manière autonome, un grand nombre sont accessibles par les épreuves communes Passerelle et Tremplin destinées aux Bac+2/3.

Cela précisé, il faut reconnaître que la plupart des grandes écoles, à part des labels comme HEC ou l’Essec, se valent non ? Leurs programmes sont similaires…

Parce qu’elles préparent à un diplôme Bac+5, le master, qui est un standard européen et qui demande des connaissances communes en finance ou encore en gestion. Le cours d’IFRS de l’ISC Paris ne diffère pas tellement de ce que proposent HEC ou l’ESC Dijon ! Ces écoles se distinguent en revanche par leurs spécialités. Proposent des cursus en marketing du luxe, ce n’est pas pareil que de former au marketing du sport. Cela dit, certains invariants demeurent. Parce que toutes les écoles répondent au label de la République.

« Les études en université sont finalement aussi chères qu’en grande école »

Soyons clairs, intégrer une grande école coûte tout de même très cher puisque chaque année d’étude représente 8 000 à 12 000 euros d’investissement…

Mais les études en université sont finalement aussi chères qu’en grande école. La seule différence, c’est qui paye… Un BTS coûte environ 10 000 euros par an, encore plus pour un BTS scientifique, mais ce n’est pas l’étudiant qui va payer ce études, mais bien la collectivité. Voilà bien la différence avec des grandes écoles qui, moins aidées, vont forcément davantage répercuter l’investissement de leurs formations sur leurs droits d’entrée. De nombreux efforts ont cependant été déployés pour réduire cet impact financier. Collecte de la taxe professionnelle, création de fondations pour recueillir des dons. J’ai l’an dernier distribué environ 350 000 euros de bourses à plus de 200 de mes élèves, pour des sommes variant de 500 à 2000 euros par personne.

Il faut le savoir, les grandes écoles ne sont pas si riches et nous gérons notre budget de manière très rigoureuse. Notre budget : 25 millions d'euros (98 millions d'euros pour HEC – source Challenges 2010).

Andrès Atenza

Andrès Atenza

Un point noir, malgré certains efforts, la création d’entreprise demeure faible à la sortie des grandes écoles… Quelques % à peine…

On ne sort pas assez de créateurs, c’est très clair. Mais il est difficile de créer à 20 ou 25 ans. Qui va prêter à celui qui voudra se lancer dans l’industrie ou la mécanique ? Les chiffres le montrent, un grand nombre d’entrepreneurs sont des chômeurs… Parce que l’enjeu est vital. Dans tout autre cas, ils ne se lanceraient pas.

Aujourd’hui, notre responsabilité est de donner à nos élèves la fibre entrepreneuriale. Mais tenter un tour de piste financier à 25 ans sera toujours un tour de force. La piste de la reprise d’entreprise me semble en revanche plus prometteuse. Même si ce genre d’opération peut prendre des mois voire des années et restera une affaire de rapports humains, entre le bon entrepreneur et le bon repreneur.

Quelles qualités faut-il à un jeune diplômé pour se lancer dans la création d’entreprise ?

Il faut une bonne dose d’inconscience… Parce que lorsque vous entrez en grande école, vous vous offrez une véritable assurance-vie… Difficile de tout remettre en jeu par la suite. Il est plus facile de créer et de prendre des risques lorsque l’on est en danger. Et si des filières comme HEC Entrepreneurs sont réputées, les créations demeurent rares.

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