Introduction en Bourse : entrepreneurs, attention !

Vincent_colot
Par Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Cette fois, vous y êtes ! Depuis la première esquisse d’un plan
d’affaires sur un coin de table de restaurant jusqu’à vos premiers gros clients
en passant par l’obtention d’un premier financement auprès de « business
angels » ou autres « venture capitalists », vous avez réussi à
fonder puis à pérenniser votre entreprise.

Félicitations ! Mais, aujourd’hui, vous avez pour ambition
d’amener votre entreprise à un niveau de développement supérieur, par exemple
en lançant de nouveaux produits ou en conquérant des parts de marché à
l’international. Pour y arriver, vous avez besoin de fonds supplémentaires. Une
solution s’impose naturellement à vous : l’introduction en Bourse (en
anglais Initial Public Offering ou IPO). En plus de l’augmentation de capital
qu’une telle opération permet, une IPO offre aussi la possibilité aux
investisseurs de la première heure de « monnayer » en Bourse tout ou
partie de leurs actions. Ce sera typiquement le cas pour les « venture
capitalists » dont l’apport se focalise sur les premiers moments des
entreprises.

Une IPO est aussi l’étape par laquelle vous entrez de plain-pied
dans un monde financier davantage peuplé de loups que de brebis !

Ne négligez pas, pour commencer, l’énergie et l’argent que vous
allez devoir consacrer à toutes les formalités nécessaires à l’IPO : une
période délicate pendant laquelle vous ne devrez simultanément pas perdre de
vue la gestion quotidienne de votre affaire.

Ensuite, et c’est là mon point principal, cette IPO risque de se
solder pour vous par moins d’argent récolté que ce que vous pourriez
légitimement revendiquer. Les experts appellent ce phénomène « IPO underpricing »,
à savoir une sous-évaluation du prix des actions vendues au public. Il n’est
pas rare qu’une décote de 15% soit observée entre le prix auquel les actions
sont vendues et le prix « juste » auquel elles auraient pu et dû être
vendues ! Sur quoi se base cette estimation ? Tout simplement sur la
hausse du cours de l’action le premier jour de cotation : si, ce jour-là,
des investisseurs acceptent d’acheter à 115 des actions dont le cours
d’introduction était établi à 100, cela signifie que l’entreprise aurait pu
fixer le cours d’introduction à 115. La différence de 15 (115-100) est allée
non pas dans les coffres de l’entreprise mais dans la poche de ceux qui ont
acquis spéculativement les actions au cours d’introduction pour les revendre
aussitôt après.

Comment expliquer cette anomalie apparente et comment limiter ce
« désagrément » ? De façon assez convaincante, à partir de
l’étude de quelque 300 IPOs, quatre chercheurs américains (Robert E. Hoskisson,
Jonathan D. Arthurs, Lowell W. Busenitz et Richard A. Johnson) sont récemment arrivés
à une conclusion assez simple. Les parties prenantes au processus d’IPO n’ont
pas toutes les mêmes intérêts. Raisonner en ces termes est un des apports de ce
qu’en finance, on appelle la « théorie d’agence ». En fait, vous, en
tant qu’entrepreneur premier concerné par l’IPO, vous êtes un peu seul contre
tous. Ainsi, le banquier d’affaires qui s’occupera de votre dossier et qui sera
tout sourire avec vous aura surtout comme objectif de plaire aux investisseurs
institutionnels, qui sont des clients récurrents et qui se porteront
principalement acquéreurs des actions : pour que ces institutionnels
fassent une bonne affaire à court terme, mieux vaut que les actions soient
sous-évaluées lors de leur introduction. De même, les «venture
capitalists » n’ont guère de temps à perdre : ils cherchent à
récupérer leurs billes le plus rapidement possible pour les réinvestir
ailleurs de sorte qu’ils préfèrent rester dans les bonnes grâces des
banquiers d’affaires en acceptant une IPO bradée. Pour éviter de vous faire
« pigeonner », veillez à la qualité de votre conseil d’administration
qui supervisera le processus : plus vous aurez des administrateurs
expérimentés avec un réel intérêt au développement à moyen et long terme de
votre entreprise et donc à même de faire contrepoids aux banquiers d’affaires
en leur avançant des contre-arguments, moins vous laisserez de l’argent sur la
table lors de l’IPO (« money left on the table »).

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