Je triche, tu triches, il triche …

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Gordon Gekko, vous vous souvenez ? « Greed is good » ? Avec un œil fixé en permanence sur l’évolution des cours boursiers, le financier véreux qu’incarnait Michael Douglas dans le célèbre film d’Oliver Stone incitait le jeune Bud Fox (Charlie Sheen) à lui récolter LA bonne information susceptible de rapporter gros en Bourse. Au diable, les analyses ennuyeuses permettant (peut-être) de glaner quelques misérables pourcents, si l’on pouvait doubler ou tripler sa mise sans efforts  …

Eh bien, l’ami Gordon ne détonnerait sans doute pas dans le Wall Street de 2012 … (D’ailleurs Oliver Stone a tourné récemment une suite – que je n’ai pas vue – à ce film emblématique des années fric de l’époque Reagan-Thatcher).

Car chaque semaine ou presque nous amène une affaire de délit d’initiés. Tout comme dans la fiction des années 80, des analystes ou des gérants de fonds, seuls ou en bande, utilisent illégalement des informations privilégiées pour en retirer un bénéfice boursier à court terme. Depuis l’affaire ultra-médiatisée, en 2009, du fonds spéculatif américain Galleon et de son co-fondateur Raj Rajaratnam, les gros titres de la presse se succèdent régulièrement avec récemment les mises en cause du célèbre gérant de fonds David Einhorn en Grande-Bretagne ou d’une bande organisée autour du fonds Level Global Investors aux Etats-Unis.

Est-ce à dire que les délits d’initiés, qui ont toujours existé, se sont effectivement multipliés ces dernières années ?

Difficile à affirmer. Car il semble bien que les autorités financières, de part et d’autre de l’Atlantique, montrent actuellement un zèle particulier à traquer ces affaires. Pointées du doigt pour ne pas avoir réussi à prévenir la crise financière de 2008/09, ces autorités cherchent en effet à redorer leur blason en faisant mieux respecter les règles du jeu. Ramener la confiance du grand public et des investisseurs dans le système capitaliste est en effet un paramètre essentiel de la sortie de crise. Auparavant, l’enjeu n’était pas si crucial.

Mais que, bien que prévenus du durcissement des contrôles,  des investisseurs de renom prennent le risque de se faire pincer (avec potentiellement des peines d’emprisonnement à la clé, ne l’oublions pas) est sans doute révélateur d’un autre phénomène. Ces dernières années, l’évolution boursière s’est avérée particulièrement chaotique et décevante. Ce sont principalement les facteurs macro-économiques (crise immobilière et bancaire, crise des dettes souveraines, ralentissement économique, etc.), en eux-mêmes instables et donc difficilement prévisibles, qui ont présidé au destin des cours boursiers, de plus en plus volatiles. Et le large succès  des « trackers », ces fonds indicés à faibles coûts qui suivent l’évolution de catégories d’actifs (aux niveaux géographique, sectoriel, etc.) ont encore amplifié cette tendance. Dans ce contexte, il est de plus en plus délicat pour l’analyste ou le gestionnaire de fonds d’épingler telle ou telle action sur la base de ses fondamentaux. D’où leur tentation de faire usage d’informations privilégiées dont ils savent qu’elles auront un impact à court terme, même dans un climat boursier turbulent.

Certes, placer une partie de son épargne en actions individuelles est périlleux, d’autant plus dans un contexte de fortes incertitudes macro-économiques. Mais fausser les règles du jeu par des tricheries lèse encore davantage le petit investisseur. Félicitons nous donc de cette traque aux délits d’initiés. Et restons également conscients qu’une évaluation prudente des actions sur la base de leurs fondamentaux quantitatifs et qualitatifs rester la meilleure façon de procéder pour l’investisseur patient qui en accepte les risques en contrepartie de l’espoir d’un rendement satisfaisant à terme. Pour l’investisseur sérieux, l’assiduité et la cohérence finissent toujours par payer.

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