La Bourse : tout et son contraire !

Vincent_colotPar Vincent Colot (chroniqueur exclusif) – Analyste financier

Quand il aborde la Bourse,  l’investisseur néophyte a de quoi être désarçonné. En effet, celui qui étudie un tant soit peu l’univers des actions entend dire à leur sujet tout et son contraire.

Petit florilège :

Un cours boursier incorpore, au moins en théorie, des perspectives bénéficiaires à long terme mais la Bourse est souvent présentée comme court-termiste.

La Bourse a tendance à exagérer positivement ou négativement (force centrifuge) mais, par essence, elle revient indéfectiblement à des valorisations médianes (retour vers la moyenne, force centripète).

La Bourse permet de récolter des fonds pour la croissance des entreprises mais les investisseurs feraient mieux de préférer les entreprises qui distribuent des dividendes et qui n’ont qu’une croissance bénéficiaire modeste.

La Bourse est un lieu de grande rationalité grâce à une multitude de vendeurs et d’acheteurs (efficience, sagesse du plus grand nombre) mais les foules engendrent des mouvements de panique et d’euphorie.

La Bourse exige beaucoup de réflexion à celui qui veut battre les indices mais investir avec succès est plus une affaire de sang froid que d’intelligence ou de connaissances.

Il y a les investisseurs qui ne jurent que par la qualité de leurs prévisions tandis que d’autres trouvent dans les cours passés le Graal pour juger de la direction des actions.  

En Bourse, il convient de suivre le « momentum » (acheter des actions dont le cours monte) alors que les actions délaissées sont souvent bon marché.

En Bourse, ceux qui ont raison peuvent perdre de l’argent et ceux qui ont tort en gagner.

La volatilité des cours est un danger pour l’investisseur ou, au contraire, elle permet l’émergence d’opportunités à saisir.

Etc. etc. … Je pourrais continuer ainsi encore longtemps la liste des paradoxes …

Alors ? Comment dégager le faux du vrai ? En réalité, ce sont toutes des « vérités paradoxales ». La Bourse, c’est à la fois le long et le court terme. C’est à la foi un lieu d’efficience et de réactions émotionnelles. Et l’investissement boursier est à la fois un art et une science. La variable d’ajustement, c’est le temps. Il y a des effets de mode, des contextes conjoncturels et cycliques, des horizons temporels différents selon les objectifs propres de chaque investisseur.

On ne peut se sortir de ces paradoxes que par l’expérience. Et cette expérience ne peut pas être que livresque : l’investisseur doit ressentir dans sa chair (et donc dans son portefeuille) le prix de ses erreurs. Cette expérience doit enrichir le « modèle mental » qu’il s’est forgé pour trouver les meilleures actions et qui se trouve nécessairement à l’intersection de la « science » financière et de sa propre personnalité et ses propres aptitudes.

Prenons l’exemple d’un investisseur récemment confronté à l’action britannique Crystalox, cotée en pence en Bourse de Londres.

Producteur de galettes de silicium indispensables à l’industrie de l’énergie solaire, Crystalox a longtemps bénéficié, comme tout son secteur, des faveurs de la Bourse, avec une action caracolant avant la crise financière de 2008 à près de 200 p. La crise financière puis économique, d’une part, l’effondrement des prix dans le secteur consécutif à la drastique réduction des aides publiques (crise des dettes souveraines) et aux surcapacités chinoises, d’autre part, ont été dramatiques : il y a peu le cours de l’action s’est effondré aux alentours de 4 p. Vous avez bien lu : par rapport à ses plus hauts d’il y a 3 ans, le cours a été divisé par … 50.

Sur un blog que je suis régulièrement, dont l’objectif est de trouver des valeurs très décotées, l’occasion semblait déjà belle à … 8 p vers la fin octobre. Se basant sur un examen scrupuleux des comptes de l’entreprise, de la valeur des actifs et de sa capacité historique à engendrer des bénéfices, cette équipe de blogueurs, investissant dans un portefeuille réel, se sont portés acquéreurs du titre à ce cours. Quelques semaines plus tard, vers la fin novembre, le cours s’était à nouveau effondré, passant à 4 p. Soit une baisse de 50% en moins d’un mois. Pour l’entreprise, la perspective de bénéfices est repoussée aux calendes grecques, même si Crystalox jouit d’une situation financière assez confortable et d’actifs de qualité.

Que doit faire un investisseur (expérimenté) en de telles circonstances ? S’il a confiance en son « modèle mental », il doit revérifier, en toute objectivité, ses calculs et ses hypothèses de travail, à la lumière d’éventuels nouveaux éléments. Si sa conclusion ne change pas, alors une seule « vérité » s’impose : cette valeur déjà bon marché à 8 p l’est encore plus à 4 p. Conclusion : sauf si cela perturbe l’équilibre de son portefeuille, il doit en acheter davantage. En d’autres termes, s’il a un horizon de placement suffisamment long, il peut profiter d’une période volatile pour acheter des actions à bon compte, surtout si celles-ci sont largement boudées par l’ensemble des investisseurs. Dans les jours qui ont suivi, le cours s’était redressé de quelque 40% … Personne ne peut dire aujourd’hui quels seront les contours concurrentiels de l’industrie solaire dans 3 ou 5 ans. Mais il a suffi qu’une rumeur circule d’une possible OPA sur l’entreprise aux alentours de 15 p par action pour que l’action Crystalox retrouve des couleurs …

Je ne vous invite pas ici à acheter des actions Crystalox … J’illustre seulement par cet exemple la souvent délicate lecture de l’évolution du cours d’une action, la gestion des paradoxes temporels (entre aspects à court terme et à long terme) et les difficiles décisions à prendre surtout si elles vont à l’encontre de la tendance du moment.

C’est ce maelström d’éléments, factuels et émotionnels, évoluant en sens divers et parfois paradoxaux, que l’investisseur doit affronter pour espérer sortir gagnant en fin de parcours.     

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