La création d’entreprise par les étudiants et le statut de Jeune Entreprise Universitaire


Par Valérie Weill (chroniqueur exclusif) – Consultante et accompagnatrice en création/développement d’entreprise

Le 5ème congrès de l’Académie de l’Entrepreneuriat s’est tenu à Sherbrooke en Octobre 2007. Parmi les thématiques étudiées, Dominique Frugier et Abdelkader Bousnane ont réfléchi à la suivante : est-il raisonnable d’encourager les jeunes diplômés à créer une entreprise ? Nous en faisons donc ici un petit résumé.

Créer son entreprise à la sortie de ses études : avantages et inconvénients

Devant la responsabilité pédagogique et sociale que cela représente, on peut effectivement s’interroger sur ce phénomène. Le dernier sondage IFOP/APCE montre que 41% des jeunes de moins de 25 ans sont favorables à la création d‘entreprise, mais que seulement 4% envisagent la création pour leur premier emploi et moins de 1% des jeunes diplômés de grandes écoles passent à l’acte. Or si l’on regarde les arguments en faveur d’une création d’entreprise, il est certain que les étudiants ont généralement beaucoup de dynamisme, d’enthousiasme et des aptitudes à innover et à déceler de nouveaux marchés, issus ou non de nouvelles technologies. Ils possèdent une culture de la créativité, de l’innovation qui est précieuse. On ne doit pas occulter cependant leur manque d’expérience, légitime. Ceci est d’autant plus vrai s’ils décident de se lancer si des marchés déjà existants et fortement concurrencés, où l’expérience constitue un facteur clé de succès. C’est pourquoi la stratégie de niche est effectivement mieux adaptée pour les jeunes, car ils prendront plus facilement des parts de marché sur des marchés innovants où la concurrence est faible. Les stratégies de volume sur des marchés plus concurrencés exigent davantage de maturité et d’expérience.

Le manque d’expérience en management d’équipes et de ressources humaines est aussi un facteur à prendre en compte, d’où la nécessité de se faire accompagner et de se former. On peut également citer dans leurs faiblesses une appréciation plus aléatoire des risques, une moindre intuition et une moins bonne aptitude à la négociation, voire une naïveté, un certain irréalisme. C’est bien pourquoi finalement leur capacité d’innovation constitue à elle seule un avantage concurrentiel.

Ce qui
semble aussi être un frein à la création pour les étudiants, c’est tout
simplement leur difficulté à déterminer ce qu’ils souhaitent pour leur vie
professionnelle. Souvent, ils ne savent pas très bien ce qu’ils veulent faire
et leur avenir professionnel est à choix multiples en fin d’étude. C’est
pourquoi il est important de travailler avec eux leurs motivations profondes et
de vérifier que créer une entreprise n’est pas une solution de fuite face au
marché du travail jugé comme inquiétant.

En
tout cas, les étudiants semblent moins confrontés à la peur de l’insécurité
matérielle, puisqu’ils ont à la fois moins de contraintes financières (les
parents pouvant être encore derrière sur le plan financier) et de
responsabilités familiales. Ils acceptent facilement pendant quelques  temps un mode de vie et une rémunération
proche de celle de leur statut d’étudiant. Cette transition ne doit cependant
pas s’éterniser et il semble que 18 mois soit le seuil critique à ne pas
dépasser. Au delà, les étudiants créateurs ont envie de revenir à un niveau de
revenu plus proche de celui des anciens de leur promotion… De plus, nombre
d’étudiants savent qu’ils pourront de toute façon valoriser leur diplôme en cas
d’échec et qu’ils ont de quoi rebondir au cas où.

On
peut également s’interroger sur le fait qu’entreprendre jeune vient peut-être
plus facilement d’une origine familiale entrepreneuriale. En d’autres termes,
les étudiants issus de familles entrepreneuriales sont-ils alors plus réceptifs
à la création d‘entreprise ? Les études menées sur ce thème montrent que
l’influence familiale est prégnante, mais pas déterminante sur l’intention de
créer, car le groupe d’amis, les professionnels, les professeurs, les
responsables de stages sont tout autant des personnes susceptibles d’influencer
aussi – dans un sens comme dans l’autre –
la création d’entreprise.

Un accompagnement spécifique
pour les étudiants entrepreneurs

Au vu
de ces éléments, il semble nécessaire de prévoir un accompagnement poussé et
très personnalisé des étudiants pour répondre à leur manque de maturité et
surtout pour les aider à construire leur projet de vie.

Il est
indispensable de prendre le temps de les écouter et de travailler avec eux
autant les aspects personnels que techniques de leurs projets. Car la prise en
compte du projet de vie est essentielle dans la construction du modèle
économique.

En ce
sens, le développement d’accompagnements spécifiques pour les étudiants,
alliant période d’incubation, suivi individuel, coaching et formation continue
constitue un des facteurs clés de succès majeurs dans la création d’entreprise
par les jeunes. Il est important de ne pas réduire l’enseignement de
l’entrepreneuriat à la seule stratégie ou au management de projet. Il faut
aussi prendre en compte avant tout l’entité homme/projet.

Pour encourager la création
chez les étudiants, le statut de Jeune Entreprise Universitaire

Dernièrement,
les politiques se sont penchés sur ce phénomène de création d‘entreprise chez
les étudiants et ont proposé un nouveau statut adapté, la Jeune Entreprise
Universitaire.

Pour
encourager la création d’entreprise par les étudiants, le statut de jeune
entreprise innovante (JEI) et ses avantages (statut s’appliquant aux petites ou
moyennes entreprises de moins de huit ans, exerçant une activité nouvelle et
dont les dépenses en matière de R&D s’élèvent à 15 % au moins), a été
étendu aux jeunes entreprises universitaires. Ainsi est né le statut de JEU,
jeune entreprise universitaire.

La JEU
concerne donc les entreprises dont le dirigeant ou l’associé est un étudiant,
un jeune diplômé, un enseignant ou un chercheur d’un établissement
d’enseignement supérieur public ou privé – et qui a pour activité principale la
valorisation de travaux de recherche auxquels ce dirigeant ou cet associé a
participé, au cours de sa scolarité ou dans l’exercice de ses fonctions au sein
de l’établissement d’enseignement supérieur. Créée par un étudiant ou un membre
d’un établissement d’enseignement supérieur afin d’en valoriser les travaux de
recherche, elle doit être dirigée ou détenue directement à 25 % au moins par un
étudiant, une personne titulaire d’un master ou d’un doctorat depuis moins de
cinq ans, ou par une personne exerçant des activités d’enseignement ou de
recherche. L’entreprise et l’établissement d’enseignement supérieur signent
alors une convention prévoyant les conditions de la mise en valeur des travaux
de recherche, leur nature et les prestations attribuées à la jeune entreprise
universitaire. Les exonérations seront appliquées à la jeune entreprise universitaire
dans le cadre de l’exercice au cours duquel la convention aura été signée.

Et
bonne nouvelle, la condition tenant à la réalisation de 15 % de dépenses de
recherche ne sera pas exigée pour ces JEU.Cette mesure s’applique aux exercices
ouverts à compter du 1er janvier 2008.

La JEU
est intéressante, car elle bénéficie de nombreux allègements fiscaux :

–  l’exonération totale de l’imposition
forfaitaire annuelle ;

–  l’exonération des charges patronales sur les
salaires des personnes affectées aux projets de R&D ;

–  l’exonération totale d’impôt sur les
bénéfices pour les trois premiers exercices bénéficiaires. Cette exonération
passe à 50 % pour les deux exercices suivants ;

–  l’exonération de taxe foncière sur les
propriétés bâties et de taxe professionnelle sur délibération des collectivités
territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale ayant
une fiscalité propre.

Sensibiliser davantage les
étudiants à l’entrepreneuriat

Plus
les étudiants seront sensibilisés à l’entrepreneuriat et plus ils seront
favorables à une création éventuelle. La démarche de création d’une entreprise
peut s’apprendre sur le plan de la technique – mais par exemple la motivation,
la prise de risques, la créativité, la persévérance sont plutôt des valeurs
propres à chacun et restent diffiicles à transmettre… Cependant, les écoles qui
proposent des mises en situation avec réflexion complète sur des projets de
création d‘entreprise, impliquant les étudiants jusqu’à être proches de
l’immatriculation, – comme cela se fait par exemple à l’IFAG dans le cadre de
son concours national “Kcréa” – permettent aux étudiants d’apprendre au moins
les réflexes clés de la méthodologie de création d’une entreprise. Ils devront
ensuite bien étudier leurs motivations et leur projet de vie pour passer à
l’acte si leur modèle économique est vraiment viable et pérenne. Il est en tout
cas fort à parier que ce nouveau statut de JEU donnera un sérieux coup de pouce
à certains et certaines pour se lancer !

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